Biennale des Antiquaires: art et mondanités

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Mercredi soir, la verrière du Grand Palais brillait de mille feux pour le vernissage de la XXVI e Biennale des Antiquaires. La veille, un dîner de gala accueillait dans une ambiance feutrée la crème des grands collectionneurs venus du monde entier.

Mais revenons au vernissage. Il est souvent le reflet de l’état de santé du marché de l’art. Or, la cohue était proprement indescriptible, les invités, pour des raisons de sécurité et de filtrage des entrées, attendant parfois plus d’une heure pour entrer dans le Saint de Saints. Il est vrai que l’annonce d’une mise en scène réalisée par le Kaiser lui-même, Karl Lagerfeld, avait de quoi attirer. Le résultat est d’un équilibre parfait, d’un classicisme raffiné mettant en valeur les œuvres d’art, une montgolfière apportant l’esprit des Lumières à cet évènement.

La foule des grands jours piétinait avec élégance dans les allées, picorant les petits fours, s’abreuvant de bulles de champagne tout en découvrant les stands des antiquaires et galeristes d’une richesse époustouflante avant d’acheter avec une certaine frénésie. Parmi les invités croisés Jean-Louis Debré le président du Conseil constitutionnel, Jean-Victor Meyers, le désormais très médiatisé petit-fils de Liliane Bettencourt, plusieurs Rothschild, la princesse Laure de Beauvau-Craon, des membres de la famille royale d’Orléans, de nombreuses grandes fortunes américaines et sud-américaines, des oligarques russes entourés d’une nuée de créatures de rêve aux yeux bleu des mers du Sud, des chinoises au teint de porcelaine et au port d’impératrice sortie du Palais d’Eté n’hésitant pas à exhiber de somptueux  bijoux …

Au milieu de cet élégant brouhaha, il fallait bien de l’obstination pour se concentrer sur les merveilles exposées. Mais cette obstination était payante car les merveilles pullulent.

Statue du pharaon Sesostris Ier – Phoenix Ancien Art

Cette Biennale présente notamment un ensemble de pièces d’archéologie absolument époustouflant. Phoenix Ancient Art expose ainsi dans un décor de mastaba un buste monumental en quartzite du pharaon Sésostris Ier. Cette pièce du Moyen Empire mêlant à la fois puissance de ce Dieu vivant et fragilité des traits d’un souverain vieillissant est exceptionnelle. Son prix aussi : 10 millions d’euros. A l’entrée du stand de la galerie Deydier, placée comme en vigie, trône une dame de cour, d’époque Tang à la glaçure bleue, une couleur rarissime pour ces céramiques d’époque Tang . Son prix : plus de 2 millions d’euros. Par contraste, la galerie Gheselbash présente de petits objets dont un rarissime coquillage (un tridacne) sculpté représentant un hibou les ailes déployées. Ce travail phénicien du VIIIe siècle av J-C est d’une merveilleuse délicatesse. Mais la galerie propose également de belles et petites idôles aux yeux de l’Euphrate, d’une modernité étonnante quand on sait qu’elles ont 4 à 5 000 ans. Leur prix varie entre 2 200 et 5 500 euros.

Mais la réputation de la Biennale tient beaucoup au mobilier. Et cette année il faut se pincer pour y croire. La galerie Kraemer consacre la totalité de son stand à l’un des plus grands ébénistes du XVIIIe siècle, Jean-Henri Riesener. En vedette : une console de la comtesse d’Artois, l’épouse du futur Charles X provenant du pavillon de Saint-Cloud et livrée en 1788. Les prix sont confidentiels.

Cabinet néo-renaissance Edouard Lièvre – Marc Maison

Le mobilier du XIXe siècle fait une percée remarquée à la Biennale. Chez Marc Maison, on célèbre le Second Empire avec notamment une exceptionnelle crédence de Fourdinois ou un meuble de milieu de Lièvre. Chadelaud a sélectionné un bahut de Linke aux marqueteries d’acajou et aux bronzes rutilants sur le thème de la marine. Il vaut environ 7 millions d’euros. Mais on trouve aussi un merveilleux et somptueux cabinet japonisant de Lièvre. Artiste qu’on retrouve également chez Steinitz. Quant aux Arts Déco, le stand des Vallois approche de la perfection absolue : meubles de Ruhlmann, mobilier en bronze de Rateau et ravissants pots couverts en céramique, ébène, corail ou ivoire d’Henri Simmen et Eugénie O’Kin. La galerie Mathivet reconstitue une loge d’actrice réalisée par Jeanne Lanvin par Rateau. Une pure merveille. Enfin signalons la galerie Downtown et son mobilier de Charlotte Perriand créé pour une seule maison.

Si le mobilier est au top ce n’est pas en revanche le cas de la peinture. Ce secteur du marché n’a jamais été le point fort de la Biennale, les plus belles pièces étant réservées pour la Tefaf et le salon Paris Tableau qui se tiendra à la bourse en novembre. Signalons tout de même les délicats tableaux de la Renaissance italienne de la galerie Moretti, notamment un « festin d’Hérode » d’Angelo et Bartolomeo degli Erri, les peintures italiennes de la galerie Sarti ou encore pour l’art contemporain l’exposition de la Marlbourough Gallery entièrement consacrée à l’espagnol Manolo Valdés.

Mais le plus tableau de la Biennale est sans contestation possible « le mariage mystique de Sainte Catherine d’Alexandrie de Zurbaran. Retrouvé chez un particulier ce tableau a été réalisé à Madrid vers 1660 dans les dernières années de l’artiste. Sa fluidité, sa délicatesse, ses couleurs délicates, la finesse des visages en font une œuvre muséale. Il sera d’ailleurs exposé au musée Thyssen. Le prix demandé par la galerie Charly Bailly : 2,8 millions d’euros. Une somme mais un prix qui n’est pas si élevé pour un pareil chef d’œuvre !

Collier Art Déco (émeraudes, saphirs et diamants), Cartier 1925, Siegelson

Terminons par la joaillerie. C’est un éblouissement, un  feu d’artifices. La richissime clientèle chinoise, russe, sud-américain et arabe frémissait d’aise et de plaisir à la seule vue de ces pièces uniques spécialement conçues par la Biennale. Excitation souvent suivie d’un achat compulsif et passionné.

Les créateurs des grandes maisons (Dior, Cartier, Van Cleef, Chanel, Bulgari, Boucheron, Harry Winston ou le chinois Wallace Chan) se sont déchaînés faisant preuve d’une folle imagination mélangeant avec originalité toutes les sources d’inspiration et les pierres dans des montages délirants de virtuosité et de technicité parfaitement maîtrisée par les ateliers. Il suffisait d’écouter les bruissements d’extase des élégantes pour mesurer leurs  succès.

Quant aux ventes, dans tous les secteurs, elles ont démarré sur des chapeaux de roue. L’art comme la joaillerie sont des valeurs refuge dans ce monde agité, vite oublié sous la bulle de perfection du Grand Palais.

 

 

 

 

Infos pratiques

Biennale des Antiquaires du 14 au 23 septembre

Grand Palais 75008 Paris

Tous les jours de 11h à20h

Jusqu’à 23h les 18,20 et 22 septembre

Fermeture à 16 h le 23 septembre

Prix d’entrée : 30 euros.

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2 commentaires

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Pelletier

Bonjour,

J’ai également vu le tridacne. Apparemment il a été vendu. Avez-vous une idée de prix?

Cordialement,
François Pelletier


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    Avatar de marche-de-l-art

    marche-de-l-art

    Le tridacne était à vendre pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Les antiquaires ne communiquent jamais le prix auquel un objet a été vendu. Il existe toujours une marge de négociation qui peut être de l’ordre de 20 % pour des pièces rares et coûteuses. Vous avez ainsi une idée approximative de son prix de vente.
    Bien cordialement.


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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