Paris Photo: une édition 2012 enthousiasmante

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Sharon Core, « 1695, de la série Flowers 2012″; Yancey Richardson Gallery


Mercredi dernier, l’inauguration sous la verrière du Grand Palais du salon Paris Photo, un incontournable pour tout amateur d’art, se passait dans une ambiance polaire. Il y régnait un froid à ne pas sortir un ours blanc. Pour ne rien arranger, le système d’aération faisait un bruit de moteur d’avion et envoyait des courants d’air frais glaçant tous les invités. Mais bon, le public était fidèle au rendez-vous. Paris Photo a un public plus sage, plus averti que la Fiac. On y croise moins de créatures flamboyantes mais des élégantes plus discrètes en cachemire et fourrures préférant arborer un Kelly ou Birkin en veau grainé plutôt que sa version en crocodile. La présence masculine est prédominante. A croire que la photo intéresse surtout les hommes. Looks étudiés, chaussures de marques, barbe de trois jours, corps minces une brochette de beaux gosses arborait les allées pour le plus grand plaisir des dames. Quant aux nationalités, comme chaque année, les Américains sont très nombreux même plus nombreux que les Français. En revanche, la présence asiatique est beaucoup plus limitée qu’à la Fiac ou à la Biennale des Antiquaires.
Quant aux galeries et artistes présentés, c’était un véritable bonheur. Son commissaire général Julien Frydman déclarait dans les colonnes du « Quotidien de l’Art » que « Paris Photo a gagné en prestance, en qualité et en diversité ». C’est vrai, plus que vrai. Ce salon, par sa sélection, la variété des styles, son large éventail de prix , ses expositions ( SFR jeunes talents, Acqua 2 de Giorgio Armani…) est l’un des meilleurs au monde. En un mot, on y fait de merveilleuses découvertes et l’on revoit avec plaisir les grands noms de la photographie. Il faut y courir malgré un prix d’entrée prohibitif de 28 euros.
Bien évidemment, vous y trouverez tous les grands noms de la photo et si vous en avez les moyens vous pourrez acheter de magnifiques épreuves. Ainsi chez Plantureux, vous vous arrêterez devant des daguerréotypes de Gustave Le Gray. Il s’agit d’une série de portraits de personnalités du XIXe siècle tel le sculpteur Clesinger. Ils sont proposés à 50 000 euros pièce. Sur le stand de la galerie Baudoin-Lebon, plusieurs portraits de la comtesse de Castiglione qui séduisit Napoléon III sont proposés à des prix variant entre 6 000 et 35 000 euros. Mais vous y verrez également un très délicat « Pierrot » de Nadar présenté à 50 000 euros.

Rudolf Koppitz « Movement Study 1925″; Galerie Johannes Faber


La galerie viennoise Faber est toujours exceptionnelle. Elles présentent plusieurs œuvres du pictorialiste Heinrich Kühn à des prix compris entre 10 000 et 18 000 euros, des épreuves d’un esprit Art Déco de Frantisek Drtikol de 8 500 à 18 000 euros et surtout une œuvre emblématique de Rudolf Koppitz pour le prix de 145 000 euros. Cette épreuve vintage est dans un état parfait, plus belle que celle passée en vente aux enchères il y a des années pour un prix similaire.
Bien entendu les photographes de mode sont très présents. Notamment Irving Penn et Norman Parkinson. Chez Bernheimer de Munich, vous verrez de ce dernier « Deux femmes sous la colonnade de la National Gallery » pour un prix abordable pour cet artiste de 10 000 euros. Les Irving Penn de la galerie Robert Klein sont beaucoup plus onéreux : il faut compter entre 40 000 et 92 600 euros.

Une oeuvre de Giacomelli présentée par la galerie Robert Klein


La même galerie présente un travail bien différent celui de Giacomelli qui représente l’Italie profonde. Il est surtout connu pour ses photos de séminaristes dans la neige. Une belle épreuve représentant des femmes en noir est proposée 13 500 euros.
Autre style, autre époque. Camera Obscura expose comme toujours les photos poétiques et floues de Sarah Moon. Cette artiste reconnue est devenue assez chère et ses grands tirages sont affichés 26 000 euros. Heureusement, la galerie a la bonne idée de présenter des petits formats au prix plus accessible de 8 000 euros.
Parmi les grands artistes exposés citons également Ilse Bing, Man Ray, Brassaï, Martin Parr. Evidemment pour ces artistes, les prix demandés sont souvent à six chiffres. Un focus sur Mimmo Jodice dont les photos de bords de mer, marquées d’un esprit années 60-70 sont accessibles pour 12 000 à 14 000 euros.
Venons-en maintenant aux découvertes, nos coups de cœur de cette édition 2012 de Paris Photo.
Chez Yancey Richardson les portraits de fleurs de Sharon Core sont d’une perfection envoutante. Cette artiste américaine d’une quarantaine d’années s’est plongée dans une étude approfondie des peintres de nature. Elle s’est inspirée des grands artistes flamands comme Breughel, des pastels d’Odilon Redon ou des fleurs en pots de Fantin-Latour. Elle fait pousser des fleurs dans son jardin, les coupe et les arrange à sa manière dans une harmonie de couleurs flamboyantes qu’elle immortalise sur des fonds sombres. Le rendu est saisissant. Ses œuvres sont abordables. Il faut compter entre 2 000 et 5 000 euros.

Une oeuvre de Feng Fangyu de la série wonderland, Galerie Magda Danysz


La galerie Magda Danysz s’est spécialisée dans les artistes chinois. Elle présente sur son stand un jeune artiste Feng Fangyu. Il s’inspire de l’histoire du sac du Palais d’Eté. Les forces franco-anglaises pillèrent sans vergogne ce délicat ensemble, reflet d’une civilisation de cinq mille ans. Une fontaine aux signes du zodiaque a ainsi été saccagée. Deux de ces têtes figuraient dans la vente Saint-Laurent, l’acheteur chinois refusant de les payer. Feng Fangyu a recrée un univers grisé comme en suspension, inspiré par les dessins anciens de la Chine. Sur chaque photo figure un personnage enveloppé d’un tissu, sa tête étant celle d’un des signes du zodiaque de cette fontaine. Ces grandes photos de 150 x 70cm dégagent une poésie mélancolique, un regret d’un monde passé dont l’équilibre fragile a été anéanti par la bêtise de l’homme. Ces œuvres d’une grâce aérienne sont proposées au prix de 2 800 euros.
La Yossi Milo gallery de New York expose Chris Mac Caw. Ses photos, en noir et blanc, sont toutes des exemplaires uniques. Chaque photo est en partie brûlée par la lumière du soleil créant ainsi des trous, des stries parsemant des paysages dénudés et presque fantomatiques. C’est magnifique, très inspiré par l’Arte Povera et l’œuvre de l’artiste italien Lucio Fontana. Il faut compter 4 à 6 000 euros selon la taille pour l’une de ces photos.

Une oeuvre de Trine Sondergaard, Martin Asbaek Gallery


La galerie danoise Martin Asbaek expose les œuvres de Trine Sondergaard. Elle fait poser des jeunes femmes de dos vêtues de façon moderne et la nuque découverte. Elles portent toutes une coiffe brodée de fils d’or, couramment utilisées dans les campagnes danoises au XIXe siècle. Ses épreuves ont cette luminosité propre aux écoles du Nord, aux peintres de Skagen. Il en résulte une impression de sérénité, de plénitude. Pour les tirages de 60x 60cm, il faut compter 4 200 euros et pour ceux de 150 x 150 cm, le prix affiché est de 12 500 euros.
Ces artistes scandinaves ont un style marqué d’une grande élégance, toute en retenue avec des coloris splendides. La Taik Gallery d’Helsinki expose ainsi un autre artiste danois Joakim Eskildsen. Ce quadragénaire a parcouru le monde entier et se consacre aujourd’hui sur la représentation des siens, de sa famille. Les photos de ses enfants sont teintées de tendresse tout en préservant leur univers secret. Là encore les prix sont abordables. Il faut compter 1 300 euros pour les petits formats, 3 700 euros pour ceux de taille moyenne et 6 500 euros pour les plus grands. Autre artiste présentée mais cette fois par SFR Jeunes talents et malheureusement pas à vendre dans le cadre de cette exposition la finlandaise Erika Kovanen. Ses photos de groupes dans des teintes bleutées propres à la Baltique ont une fraîcheur enthousiasmante teintée d’empathie profonde pour les autres. Elle mérite amplement d’être lauréate de Paris Photo 2012.

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Robin Massonnaud

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