Raphaël dans un château anglais

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Le Château de Chatsworth, propriété du duc de Devonshire, dans lequel se trouvait le dessin de Raphaël mis en vente le 5 décembre dernier.

Quel est le Français, pétri de traditions républicaines et laïques qui n’a pas un jour ou l’autre rêvé de la vie de l’aristocratie britannique ? Campagne apaisée, vastes domaines, châteaux Tudor ou néo-classiques, quotidien rythmé par des obligations sociales aussi importantes que le thé, la lecture du journal au club, les bals de la saison ou les courses d’Ascott…Un mode d’existence loin des trépidations modernes qui garde tout son attrait. D’où le succès mondial et national de la série télévisée « Downton Abbey ».
Le visiteur de ces vastes demeures reste pantois devant la richesse des intérieurs. Dans les plus grandes familles de la noblesse, les collections de tableaux, de sculptures et de mobiliers sont d’une richesse inouïe. On trouve sur les cimaises portraits de Holbein, Van Dyck ou Gainsborough, allégories de Rubens, vues de Turner, vedute de Canaletto, Guardi ou Bellotto… Le mobilier Boulle, les commodes Louis XV ou Louis XVI en provenance directe de Versailles, achetées par les ancêtres des propriétaires actuels lors des ventes révolutionnaires, ornent toujours les salons. Les bronzes de Suzini décorent les bibliothèques…
Cette débauche d’œuvres d’art exceptionnelles dont on ne se lasse jamais s’explique par le droit anglais. Chez nous, les successions se partagent par parts égales entre tous les enfants. Les grandes collections sont donc divisées et s’effilochent au fur et à mesure des transmissions. Rien de tel en Angleterre. Le droit de primogéniture règne en maître. Seul le fils aîné ou le descendant mâle le plus proche hérite du titre, des domaines et des collections. Ainsi, au fil des siècles, ces familles aristocratiques ont pu accumuler des trésors que le Louvre pourrait leur envier.
De temps en temps, afin de financer des travaux dans son immense demeure un lord met en vente une pièce de son immense trésor artistique. C’était le cas le 5 décembre dans les locaux de Sotheby’s à Londres. Le duc de Devonshire, propriétaire du splendide château de Chastworth, offrait à la vente un dessin représentant une « tête de jeune apôtre ». Son auteur : Raphaël. Autant dire qu’il s’agit d’une rareté, seuls deux dessins de Raphaël d’une telle importance étant apparus sur le marché en 50 ans.

« Tête de jeune apôtre », Raffaello Sanzio, dit Raphaël, vers 1519-1520, adjugé 36 607 765 euros le 5 décembre 2012. Sotheby’s Londres.


Ce dessin à la pierre noire est un des six cartons réalisés par l’artiste vers 1519-1520 pour préparer son ultime chef d’œuvre « La Transfiguration » commandé par le cardinal Giulio de Medici vers 1516. Ce tableau, normalement destiné à l’autel de la cathédrale de Narbonne demeure aujourd’hui à la Pinacothèque Vaticane. Cette œuvre est considérée comme l’une des plus importantes de la Renaissance italienne, reflet d’une rivalité entre Raphaël et Michel-Ange.
Le dessin de la collection Devonshire mis en vente a été acquis par le deuxième duc William (1672-1729), collectionneur passionné. L’actuel duc ne sera pas pour autant dépourvu d’œuvres de Raphaël puisqu’il en conserve quatorze !
Notre jeune apôtre était estimé 10 à 15 millions de livres. Pour une œuvre aussi exceptionnelle, une estimation est difficile à fixer. La luminosité du dessin, la théâtralité maîtrisée du visage légèrement penché, la douceur des yeux baissés de l’apôtre, les reflets de la chevelure frisée en font un chef d’œuvre absolu.
Il a fallu dix sept minutes d’une totale intensité dramatique, quatre enchérisseurs se disputant l’œuvre pour qu’il change de main. Le marteau est tombé et une salve d’applaudissement a enflammé la salle. L’enchérisseur au téléphone, qui a décidé prudemment de rester anonyme, devra s’acquitter d’une facture de 29 721 250 livres (36 607 765 euros) pour emporter ce précieux dessin chez lui.
C’est un record mondial pour l’artiste. Et la démonstration une fois de plus que les œuvres anciennes d’exception sont devenues une valeur refuge. Elles rassurent par leur pérennité et leur perfection symbole d’éternité éloignées de tout soubresaut politique, économique ou financier.
Si vous n’avez pas les moyens d’envisager un tel achat, et nous sommes nombreux dans ce cas, consolez-vous. Vous pouvez vous rendre au Louvre pour l’exposition consacrée à Raphaël. Vous serez alors visuellement et pour un court instant propriétaire des œuvres de cet artiste majeur de la Renaissance.

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1 commentaire

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KRAEMER

merci monsieur Robin des arts, vos articles sont toujours intéressants


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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