L’Art Nouveau a rendez-vous Faubourg Saint-Honoré

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Louis Majorelle (1859-1926), Bureau aux orchidées, vers 1903; acajou, bois de fruitiers, verre et bronze doré; estimation:250 000 à 350 000 euros; Crédit: Sotheby’s/art digital


Connaissez-vous l’Art Nouveau, ce mouvement artistique à la créativité foisonnante qui a animé les créateurs Français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle ? A l’instar des autres pays qui, à la même époque, ont connu une effervescence créatrice aussi riche (le Jugendstil en Allemagne, la Sécession en Autriche, le Liberty en Italie…), la France s’est plongée avec délices dans la courbe, l’ornementation exaltant la nature, les arbres, les fleurs, les insectes et les animaux. Qu’il s’agisse de la verrerie, de la céramique ou du mobilier, tout est volupté, le but recherché étant de proposer à l’homme moderne un cadre de vie en harmonie avec la beauté du monde. Ses détracteurs qualifient l’Art Nouveau de style nouille, une façon pour eux d’ironiser sur cette avalanche de courbes qui leur donnait le tournis.
C’est au musée d’Orsay qu’on peut admirer les plus belles réalisations des designers français de l’époque. Leurs noms sont connus : Emile Gallé( 1846-1904) pour ses vases, Hector Guimard ( 1867-1942) pour les célébrissimes bouches d’entrée du métro parisien , Louis Majorelle et son mobilier floral, René Lalique (1860-1945) pour ses verreries et ses incroyables bijoux.
Les ventes d’Art Nouveau sont assez fréquentes. L’étude Millon notamment en organise plusieurs chaque année à l’hôtel Drouot. Pourquoi alors parler exclusivement de celle qui se tiendra chez Sotheby’s le 16 février prochain ? En raison de sa provenance et de la cohérence des 130 pièces proposées aux amateurs.
L’ensemble mis en vente provient en effet de l’ancienne collection du Garden Museum à Nagoya, au Japon. Il avait été patiemment réuni par un magnat japonais de l’immobilier Takeo Horiuchi qui souhaitait ainsi illustrer les liens et les influences entre l’art occidental du début du XXe siècle et les traditions artistiques millénaires de l’Empire du Soleil Levant. Connections entre deux mondes qui donnèrent lieu à l’apparition en Occident d’un mouvement artistique baptisé Japonisme.
A la suite de la catastrophe de Fukushima, Takeo Horiuchi a vendu l’intégralité de sa collection à un collectionneur américain qui a confié à Sotheby’s France la dispersion d’une partie de cet ensemble.
On y trouve évidemment de merveilleuses verreries de Gallé dont un rare vase parlant sur lequel est gravé le prologue d’un poème de Paul Verlaine « Jadis et naguère ». Une rareté qui justifie son estimation de 80 000 à 120 000 euros.
Mais c’est le mobilier qui mérite toute l’attention de l’amateur. On y découvre des pièces exceptionnelles nécessitant d’importants moyens financiers mais également des meubles bien plus accessibles car fabriqués à plus grande échelle sans pour autant que la qualité soit négligée.

Emile Gallé (1846-1904)
Buffet Les Chemins d’Automne, vers 1891-1893
en noyer et marqueterie de bois variés
Hauteur : 310 cm ; Largeur : 213 cm ; Profondeur : 65 cm
Estimation: 500,000 -700,000€
Crédit: Sotheby’s/ArtDigital Studio


Parmi les œuvres de qualité muséale, il faut s’arrêter sur un impressionnant dressoir, haut de plus de trois mètres d’Emile Gallé. Il faisait partie de la salle à manger que lui avait commandé Henry Vasnier, directeur des établissements Pommery à Reims. En orme sculpté et marqueterie de bois fruitier, sa structure prend la forme de ceps de vigne et d’escargots. Le décor des portes représente la flore et la faune des vignobles : grive grisée emportant des grains de raisin, hirondelles, euphorbes et clématites, chauve-souris et araignées… On y trouve également une citation de Victor Hugo. Pour ce meuble représentatif de la virtuosité de Gallé, il faut compter 500 000 à 700 000 euros. Les dix chaises de cette salle à manger ornés de pommes de pin, de houx, de bleuets, d’érables et de papillons sont estimées 80 000 à 120 000 euros alors que la table aux herbes potagères devrait trouver preneur entre 220 000 et 280 000 euros.

Louis Majorelle (1859-1926), Fauteuil de bureau aux nénuphars, vers 1900-1903, acajout sculpté, bronze doré et cuir, estimation: 25 000 à 35 000 euros; Crédit: Sotheby’s/Art digital studio

Les meubles de Majorelle proposés aux enchères sont également exceptionnels. C’est le cas du fameux bureau aux orchidées. Exposé en 1903 à la Société des Artistes Français, il s’inspire des réalisations des grands ébénistes du XVIIIe siècle et s’en libère totalement tant Majorelle a fait preuve d’imagination dans sa réalisation. Sa forme sinueuse d’acajou sculpté surmontée de deux bras de lumière en bronze et verre de Daum au motif d’orchidées en font un meuble sensuel qui aurait certainement ravi les belles aristocrates alanguies peintes par Helleu. Pour emporter ce meuble rare, il faudra investir 250 000 à 350 000 euros.
Pour créer un ensemble presque parfait, l’amateur fortuné aura tout intérêt à enchérir sur le fauteuil de bureau aux nénuphars, lui aussi en acajou dont les pieds son soulignés de tiges de bronze dorés terminées par des nénuphars stylisés. Il pourra l’obtenir pour 25 000 à 35 000 euros.
Dans cette catégorie des meubles aux nénuphars, il pourra également acquérir un guéridon (50 000 à 80 000 euros), un grand miroir (15 000 à 20 000 euros), une table à écrire (40 000- 60 000 euros) ou un impressionnant meuble d’angle dont la porte est décorée d’un oiseau de paradis (50 000- 60 000 euros).

Louis Majorelle (1859-1926) et Victor Prouvé (1858-1943), Piano La mort du cygne, 1903 en acajou sculpté et mouluré et palcage de bois fruitiers; signé V Prouvé; estimation: 500 000 à 700 000 euros; Crédit: Sotheby’s/Art digital studio


Tout aussi impressionnant, et en parfait état de marche, un riche musicien installera chez lui un piano demi-queue conçu par Louis Majorelle et Victor Prouvé (1858-1943). Couvert de fleurs stylisées, son côté droit est orné d’un cygne agonisant dans un paysage lacustre. Il est estimé 500 000 à 700 000 euros.

Louis Majorelle (1859-1926), Table à thé, vers 1900, noyer et bois fruitiers; estimation: 4 000 à 6 000 euros; crédit Sotheby’s/Art digital studio


Heureusement, les amateurs moins argentés pourront se rabattre sur des meubles de Majorelle moins chers. De ravissantes tables à thé sont estimées 3 000 à 6 000 euros, des guéridons entre 6 000 et 10 000 euros, une paire de fauteuils entre 5 000 et 7 000 euros, un important mobilier de salon en bois doré (deux fauteuils et un canapé) au décor de pommes de pins entre 15 000 et 18 000 euros, une paire de chaises « feuille de marronniers », assez proche dans sa conception des créations Biedermeier, 5 000 à 7 000 euros.

Louis Majorelle (1859-1926), paire de chaises « feuilles de marronnier », vers 1895, noyer tapissé de tissu jaune; estimation: 5 000 à 7 000 euros; Crédit: Sotheby’s/Art digital studio


Changeons de créateur et penchons nous sur Hector Guimard. Mondialement connu comme le créateur des bouches de métro parisien et du Castel Béranger devant lequel défilent des cohortes de touristes japonais, son mobilier est souvent d’une délicatesse rare et les formes d’une sobriété étonnante.

Hector Guimard (1867-1942), table ovale, vers 1900-1910, poirier sculpté et mouluré; estimation: 35 000 à 50 000 euros; Crédit: Sotheby’s/Art digital studio


Deux lots de la vente, à la structure aérienne, en apportent la preuve. Une table de salon en poirier sculpté de forme ovale aux pieds moulurés sculptés, sans aucune ornementation de bronze est estimée 35 000 à 50 000 euros. C’est le même ordre de prix (30 000 à 50 000 euros) qu’il faut compter pour deux chaises, elles aussi en poirier, de forme sinueuse avec un motif en virgule au centre.

Hector Guimard (1867-1942), paire de chaises, vers 1900-1910, poirier sculpté et mouluré; estimation: 30 000 à 50 000 euros; Crédit: Sotheby’s/Art digital studio


Il faudrait également parler des bijoux de Lalique, de sa ravissante lampe de table aux pavots, de la coiffeuse et de la chaise d’Eugenio Quarti (1867-1929), des meubles de Charles Rennie Mackintosh ((1868-1928), Otto Wagner (1841-1918), Josef Hoffmann (1870-1956), Jacques Gruber (1870-1936)… Mieux vaut vous conseiller de courir à l’exposition de Sotheby’s, Faubourg Saint-Honoré. Vous aurez l’impression de visiter un musée de l’Art Nouveau.

Vente Sotheby’s 16 février 2013, 14h30
Expositions mercredi 13, jeudi 14 et vendredi 15 de 10 h à 18h
76 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
www.sothebys.com

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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