Maastricht ou les splendeurs de la TEFAF

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La reine Béatrix des Pays-Bas inaugurant la TEFAF de Maastricht. Photo: Harry Heuts


Gare du Nord, peu avant huit heures du matin. Jusqu’au 24 mars, le Thalys de 7h58 à destination de Liège sera noir de monde. Un ballet inhabituel de riches collectionneurs, d’amateurs éclairés, de conservateurs embarquent dans des rames pleines à craquer. Une fois arrivé à Liège tout ce petit monde s éparpille : taxis, bus, voitures de maîtres ou plus simplement train pour une seule destination finale : Maastricht. Pourquoi Maastricht ?

« La nymphe du Printemps », Lucas Cranach le Jeune (1515-1586), Galerie Weiss


Cette charmante et tranquille cité du Limbourg, surtout connue pour son fameux Traité, n’est pourtant pas un grand centre touristique des Pays-Bas. Mais, au mois de mars de chaque année, elle attire, du monde entier, de bien curieux vacanciers. Fortunés, et même pour nombre d’entre eux richissimes à peine débarqués de leurs jets privés, ils se précipitent tous dans la banlieue banale de cette commune . Ils envahissent le centre des congrès, un bâtiment moderne sans charme ressemblant à s’y méprendre à ceux qu’on trouve à Paris, porte de Versailles.

« Femme assise », 1953, Pablo Picasso (1881-1973), Landau Fine Art gallery


Ils n’ont qu’un but : accéder à la prestigieuse TEFAF (The European Fine Art Fair). La TEFAF c’est la plus grande et la plus magnifique manifestation d’art au monde. Chaque année sont réunis sous cette bannière dont l’emblème est un faucon ( un rappel aux Falcon qui encombrent l’aéroport de la ville) , prés de 270 marchands de 19 pays occupant trois hectares et présentant à 55 000 visiteurs plus de 30 000 objets, tableaux, meubles, sculptures, bijoux de la plus haute antiquité aux créations contemporaines… Une caverne d’Ali Baba dans laquelle tout est beau, magnifique, rare et précieux. Un véritable cabinet des merveilles à la puissance cent, un musée à vendre !

« Le baiser », Auguste Rodin (1840-1917), fonderie Barbedienne, vers 1898-1918, Bowman Sculpture gallery


Le jour du vernissage, cette année le 14 mars, un monde élégant et raffiné parcoure les stands avec effervescence et gourmandise. On a l’impression de se trouver dans une tour de Babel à entendre le public s’ébahir devant les œuvres en hollandais, français, anglais, allemand, italien, russe, japonais, chinois, espagnol…

Canapé « ours polaire », vers 1950, Jean Royère (1902-1981), galerie Downtown


Le choix est considérable. Tous les domaines de l’art sont présents de la plus haute antiquité aux créations contemporaines. A tel point que pour aider les visiteurs, la foire est divisée en plusieurs sections. Mais on se perd facilement dans les allées malgré les plans affichés un peu partout.

« Portrait de gentilhomme » Diego Velasquez (1596-1660); Otto Naumann Ltd


La réputation de la TEFAF s’est surtout faite grâce à la peinture ancienne et moderne. Il est vrai que d’années en années, les galeristes présentent de véritables trésors : portraits de Rembrandt, Christ du Greco, Saint Sébastien de Van Dyck ayant appartenu au roi Philippe II d’Espagne, débauche d’artistes des écoles du Nord (Brueghel, Van Goyen, Saenredam, Cranach, Holbein…), portraits de Nattier, putti de Boucher, paysages de Van Gogh, portraits de Renoir occupant tout un stand, Sisley, Monet… Cette année, la tradition sera respectée : Vélasquez, Guardi, Tiepolo, Cranach…

« Homme nu », 1910, Egon Schiele (1890-1918), W and K gallery


La peinture du XIX e siècle, l’art moderne et contemporain confirment leur importance. Les exposants présentent des Picasso d’exception, des Max Ernst, Miro, Dali, Warhol, Bacon, Koons, Hirst, Soulages, Louise Bourgeois, Rauschenberg, Rothko, Warhol, Lucio Fontana ou de Kooning …

Bodhisattva, Pakistan, Gandhara, IVème- Vème siècle, Marcel Nies Oriental Art


Bien entendu, l’amateur doit impérativement parcourir les allées consacrées à l’archéologie. Il y découvrira des pièces égyptiennes du Bas ou du Moyen-Empire, des bronzes archaïques grecs, des statues de Kouros ou de Korê d’une perfection absolue, des Bouddhas Gandhara, des Ming Ki chinois frôlant la perfection…

table de salon, Adolf Loos et Friedrich Otto Schmidt, Vienne 1905; galerie Bel Etage


La section consacrée au mobilier et objets d’art est considérable. Les meubles du XVIIe siècle hollandais cohabitent avec les plus belles pièces des ébénistes français du XVIII e siècle mais aussi avec le mobilier russe néo-classique en bois de Carélie. L’orfèvrerie et les pièces montées (nautiles ou coraux) flamandes rivalisent avec la vaisselle d’argent des princes allemands ou les créations Art Déco. Si vous aimez les hanaps, aquamaniles, nefs montés sur or, argent ou bronze vous serez gâté.

« La caravane surprise par la tempête », vers 1825, Eugène Isabey ( 1804-1886) et Eugène Delacroix (1798-1863), Richard L Feigen and Co.


En 2009, un espace était, pour la première fois, réservé aux arts du XIXème et du XXème siècle. Sans atteindre le niveau de la Biennale qui dans ce seul domaine domine la TEFAF, c’est l’occasion de découvrir des antiquaires n’exposant pas en France. C’est le cas de la galerie viennoise Bel Etage, spécialiste de la Sécession, qui expose un ensemble d’œuvres de Joseph Hoffmann, Adolf Loos, Koloman Moser…. De nombreuses autres galeries, spécialistes incontestés de cette époque, séduiront les amateurs notamment la galerie Eric Philippe ou la galerie Down Town et son canapé ours polaire de Royère.

 » Les Frères », 1928, Rudolf Koppitz (1884-1936); galerie Johannes Faber


Depuis 2010, une section Tefaf on Paper est proposée. Elle présente une vingtaine d’exposants proposant des dessins, des estampes, des livres, des aquarelles et de la photographie. C’est l’occasion de revoir la galerie Johannes Faber de Vienne spécialiste du mouvement pictorialiste.

« Annette Venice », vers 1960, n°6/6, bronze, Alberto Giacometti (1901-1966), galerie Dickinson


Cette invraisemblable diversité a de quoi donner le tournis. Vous sortirez de ce marathon heureux mais épuisé. Vous l’avez bien compris : dans ce musée à vendre qu’est la Tefaf tout est d’une qualité absolument exceptionnelle. Les plus grands experts du monde sont là pour sécuriser vos achats et conforter vos choix.

« Pont de Westminster dans le brouillard »; Giuseppe de Nittis (1846-1884), galerie Daxer et Marschall Kunsthandel


A ce niveau général d’excellence, les prix affichés sont conséquents, voir même astronomiques. Vous pouvez tout acheter… A condition d’en avoir les moyens, vous réaliserez un investissement en or.

Livre d’heures, Maître des prélats bourguignon, France, Dijon, vers 1475;galerie Les Enluminures.


Le marché de l’art, et la TEFAF en est la plus éblouissante illustration, est élitiste. Seules les pièces de qualité se vendent et se revendent bien. En craquant pour un objet dans les allées feutrées et élégantes de ce salon, vous achetez du solide « estampillé TEFAF ». Tenté, il ne vous reste plus qu’à prendre le Thalys pour une journée au « paradis des arts ».

« Vierge à l’enfant avec Saint Jean Baptiste », Maître de la lamentation de Scandicci, galerie Moretti

Tefaf 2013, Maastricht, du 15 au 24 mars de 11h à19h, le 24 mars jusqu’à18h
Entrée : 55 euros, catalogue compris.
MECC-Forum 100 6229 GV Maastricht, Pays-Bas
www.tefaf.com

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2 commentaires

Avatar de mister k

mister k

Ceci donne le souhait d’y aller même pour le plaisir des yeux


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MasterArt

Si vous n’avez pas eu la chance de vister la TEFAF, MasterArt à mis en place une visite virtuelle du salon disponible à partir de cette adresse: http://www.masterart.com/media/tefafmedia/tefaf_virtual_2013/tefaf2013.html

Bonne visite!

MasterArt


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