Paris et l’art du design: un mariage réussi

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Emile André (1871-1933), architecte et artisan d’art de l’école de Nancy,
selette, un exemplaire similaire se trouve dans les collections du musée de l’école de Nancy; galerie Didier Luttenbacher.


Pour les non initiés, c’est du chinois. Que peut bien signifier PAD, ce logo qui occupe le jardin des Tuileries, le long de la rue de Rivoli ? Les happy few, peoples et créatures de rêve qui fréquentent chaque printemps son vernissage vous répondrez avec condescendance : mais voyons, c’est Paris Art + Design. Il est vrai que cette manifestation est devenue un must culturo-mondain à ne manquer sous aucun prétexte. Du coup la foule branchée, top tendance ou bling bling se répand dans les allées, contente de se retrouver pressée comme dans une boîte de sardines.
Mais au-delà des mondanités, ce salon a une réelle originalité. Il met en valeur les Arts Décoratifs du XXe siècle et de notre début de siècle et permet à l’amateur de découvrir des designers et des créateurs originaux et d’une folle inventivité.
Autant le dire tout de suite, on ne va pas au PAD pour les tableaux et les dessins. Cette année encore la sélection des galeries est souvent décevante, parfois franchement consternante. Il y a cependant des exceptions. La galerie Hopkins consacre ainsi tout son espace à Dubuffet. La sélection d’œuvres est assez impressionnante. La sélection de la galerie Paul Lansberg est également de grande qualité : vous y admirerez des œuvres de Soulages et Vasarely, un très beau Hartung ainsi qu’une grande « Ménine » en bois de l’espagnol Manolo Valdés. La galerie Livinec consacre tout son stand à Loïc Le Groumellec, un artiste contemporain un peu oublié dont les tableaux gris de menhirs et de monolithes sentent bon les racines bretonnes. La Manuel Barbié, une galerie espagnole, présente, quant à elle, une belle sélection d’œuvres sur papier de Salvador Dali.
Les objets décoratifs ont en revanche de quoi servir par leur diversité. Quant au mobilier c’est le top des créateurs.
Remontons le temps pour la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle.
L’atelier Didier Luttenbacher, des environs d’Avignon, mérite qu’on s’y arrête. On y trouve de belles sellettes de Gabriel Viardot, l’un des plus caractéristiques représentant du mouvement japoniste, un trépied d’Emile André, architecte de l’école de Nancy, qui ne produisit du mobilier que de 1900 à 1903, un samovar de Christopher Dresser, créateur anglais du XIXe, réalisé en 1879 et pourtant digne des plus belles pièces de la Sécession autrichienne…

Yrjö Blomstedt (1871-1912) architecte et ethnologue finlandais,
Bureau en bouleau au décor géométrique, sculpé en bas-relief dans le style carélianiste, vers 1898.
Galerie Franck Laigneau


Il ne faut pas manquer non plus la galerie Franck Laigneau. Ce dernier est certainement le meilleur spécialiste du mobilier scandinave de la fin du XIXème et du début du XXème. Les meubles présentés expriment cette année le retour aux racines, aux créations anciennes de Carélie teintées d’un élégant symbolisme. Vous y verrez un étonnant fauteuil tournant et un bureau de Yrjö Blomstedt, un architecte et ethnlogue finlandais, des meubles Jugendstil de Siegfried Pätz, inspirés de l’anthroposophie et des principes de Rudolf Steiner, une sorte de Feng shui avant l’heure.
Prospectons maintenant les années 20, 30 et 40.
La galerie Mathivet, présente à la Biennale et à la Brafa de Bruxelles, expose pour la première fois au Pad. Elle présente un bel ensemble de mobilier : fauteuil de Rateau, mobilier de Groult… Les pièces les plus originales sont des petits canapés d’Arbus conçus pour un phare. A la fois rustiques et singuliers on y retrouve dans la structure des piétements le style néo-classique du créateur/
Comme à son habitude la galerie Marcelpoil consacre la totalité de son espace au créateur lyonnais Sornay. Son mobilier clouté en pin d’Orégon, aux formes angulaires et viriles, est d’une grande modernité.
Ne manquez pas la galerie suédoise Modernity. Elle confronte des pièces très design au mobilier des années 30 connu sous le nom de « swedish grace ». Il s’agit d’un certain néo-classicisme suédois , de meubles, buffets ou coffres de marqueterie d’une élégance rare. Rien d’artificiel, aucune esbroufe mais des pièces équilibrées dont Carl Malmsten est l’un des représentants les plus accomplis. La galerie présente de cet artiste un très beau meuble buffet-commode pour 12 000 euros.
Evidemment le mobilier années 50-70 est très présent. Jacques Lacoste grand spécialiste de Royère expose ainsi deux beaux fauteuils de ce créateur. Pour le mobilier scandinave de cette époque rendez-vous sur les stands de Dansk Mobelkunst. Pour les créateurs italiens, allez chez Pegaso et pour découvrir les créations de Joaquim Tenreiro, fondateur du mouvement moderniste brésilien, ne manquez pas la galerie James.
Quant au mobilier contemporain, vous en trouverez partout : mobilier baroque des célèbres frères Campana chez 88-Gallery, créations de Mattia Bonetti à la galerie italienne, prototypes d’Ingo Maurer à la galerie Downtown-Laffanour, designers américains chez Chahan Gallery, mobilier sculptures à la Carpenters Workshop….
Quant aux objets décoratifs, il y a le choix. Ne manquez surtout pas les sculptures du belge Pieter van den Daele. Petits ou immenses, ses bronzes de poisson sont merveilleux et magiques et d’un prix encore accessibles (à partir de 3 000 euros). Craquez également pour les bulles de verre soufflé aériennes, délicates et colorées de Xavier Lenormand chez Clara Scremini. Evitez en revanche les sempiternels miroirs en talosel de Line Vautrin dont la galerie Jean-David Bottela s’est fait une spécialité. Cette artiste, somme toute assez mineure et à l’œuvre assez répétitive, est devenue hors de prix et ne mérite pas sa réputation.
Enfin, si vous cherchez à mettre de l’ancien dans votre intérieur Design, arrêtez-vous devant les masques préhispaniques de la galerie Mermoz ou devant les pièces d’armures japonaises de l’époque Edo à la galerie Charbonnier. Leur modernité est surprenante.

PAD, Jardin des Tuileries, espace des feuillants, face au 234 rue de Rivoli, 75 001 Paris, du 27 mars au 1er avril 2013, de 11h à 20 h, prix d’entrée : 20 euros.

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2 commentaires

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Mystère

encore un article donnant l’envie d’aller voir cette manifestation qui semble de grand intérêt


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Mystère

encore un article donnant l’envie d’aller voir cette manifestation parisienne qui semble de grand intérêt


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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