La duchesse d’Albe, reine des ventes parisiennes d’Art Déco

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Armand Albert Rateau (1882-1938), Canapé aux « cols de cygne », bois sculpté et doré, 1921-1925, collection duchesse d’Albe, estimation: 200 000 -300 000 euros, vente Christie’s Paris 23 mai, Christie’s images limited 2013


Connaissez-vous Cayetana Fitz-James Stuart y Silva, dix-huitième duchesse d’Albe ? Si vous n’êtes pas un spécialiste du Bottin Mondain et de l’aristocratie européenne, certainement pas. Pourtant Cayetana, née en 1926, est l’aristocrate la plus titrée au monde : cinq fois duchesse, dix-huit fois marquise, vingt fois comtesse, quatorze fois Grand d’Espagne. De plus, elle a fait l’objet d’un véritable battage médiatique puisqu’en 2011 elle est devenue la plus noble des femmes Cougar en épousant, au grand dam de ses six enfants, un « jeune homme » de 24 ans son cadet.
Son patrimoine est énorme et estimé, selon différentes sources, entre 600 millions et 3,5 milliards d’euros. Elle en a récemment fait le partage entre ses descendants, son fils recevant le palais de Liria à Madrid.

Armand Albert Rateau (1882-1938), table basse « aux oiseaux », en marbre noir et bronze à patine vert sombre,1924, collection duchesse d’Albe, estimation: 1 500 000 -2 000 000 euros, vente Christie’s Paris 23 mai, Christie’s images limited 2013


C’est dans ce palais que le père de Cayetana fit installer pour sa jeune épouse, dona Maria, une salle de bains et un boudoir somptueux, dont le mobilier a été commandé en 1921 à Armand Albert Rateau (1882-1938), l’un des plus créatifs designer du début du XXème siècle. Connu en France pour avoir décoré l’hôtel particulier de Jeanne Lanvin, dont une partie du mobilier est exposé au Musée des Arts Décoratifs, ses créations en bronze sont uniques. Inspiré par l’Antiquité, il redessine dans ses meubles un monde imaginaire peuplé d’animaux et d’entrelacs. Le résultat est poétique et fou et pourtant d’un équilibre parfait. Ses meubles sont parmi les plus chers au monde.
La duchesse d’Albe a décidé de se séparer de cette salle de bains, conçue pour sa mère afin « de faciliter l’entretien de ses différentes propriétés à travers l’Espagne et d’accompagner les nouveaux projets de la famille ». Pour la maison d’Albe « ces meubles sont les seules pièces existantes d’un ensemble détruit pour le reste », le palais de Liria ayant été incendié pendant la guerre civile espagnole et reconstruit en 1945.

Armand Albert Rateau (1882-1938), Coiffeuse, piétement en bronze vert sombre, plateau en marbre gris, 1923, collection duchesse d’Albe, estimation: 600 000 -800 000 euros, vente Christie’s Paris 23 mai, Christie’s images limited 2013


Sept pièces sont proposées aux enchères par Christie’s à Paris. Cet ensemble exceptionnel et unique est estimé entre 5 850 000 euros et 7 900 000 euros. On y trouve deux magnifiques lampadaires aux oiseaux en bronze (entre 1,5 et 2 millions chacun), une table basse aux oiseaux dans la même gamme de prix, une coiffeuse estimée entre 600 000 et 800 000 euros. Un lit de repos en bois sculpté et doré est estimé 400 000 à 600 000 euros, un canapé aux cols de cygne entre 200 000 et 300 000 euros et une baignoire en marbre blanc de carrare entre 150 000 et 200 000 euros.

Gustave Miklos (1888-1967), « Tête avec écran », créée avant 1940 et réalisée en 1948, pièce unique, bronze à patine noire, estimation: 250 000-350 000 euros; vente Christie’s 23 mai; Christie’s images limited, 2013


La vente Christie’s compte aussi 67 lots provenant de la collection d’Alain Braunstein, grand marchand niçois. On y trouve tous les grands noms du XXème siècle comme Miklos, Linossier, Printz, Daum, Martel. La plus belle pièce est ,sans contestation possible, une « Tête avec écran » du sculpteur Gustave Miklos (1888-1967). Elle dégage une sérénité absolue, le visage semblant habité par une paix intérieure. Elle est estimée 250 000 à 350 000 euros.

Emile-Jacques Ruhlmann (1879-1933), bureau « Damovale », 1922, en amarante et ivoir, estampillé, estimation 80 000- 120 000 euros, vente Christie’s 23 mai, Christie’s iamges limited 2013


Le mobilier ne pourra que séduire les amateurs. Un élégant fauteuil bridge en bois laqué de Jean Dunand (1877-1942) est attendu autour de 100 000-180 000 euros. Une petite banquette en sycomore gainé de galuchat de Jean-Michel Frank (1895-1941) pourrait atteindre 80 000 à 120 000 euros.

Jean Dunand (1877-1942), fauteuil bridge, modèle créé en 1924, en bois laqué;a ccotoir droit aménagé d’un cendrier, estampillé, estimation100 000- 180 000 euros; vente Christie’s 23 mai, Christie’s Images limited 2013


Un délicat et aérien bureau « Damovale » d’Emile-Jacques Ruhlmann (1879-1933) en amarante et ivoire séduira certainement un acheteur prêt à investir 80 000 à 120 000 euros.

Jean-Michel Frank (1895-1941), banquette, vers 1925, en sycomore gainé de galuchat; Estimation: 80 000-120 000 euros, vente Christie’s 23 mai, Christie’s images limited 2013


Dans un esprit tout à fait différent, il sera possible d’acheter un salon « Banane » de Jean Royère (1902-1981). Ce modèle est moins connu que les «so tendance » canapés et fauteuils « ours polaire » mais ils ont eux aussi ce côté ludique et joyeux du mobilier de Royère. En chêne canné, ce canapé et ses deux fauteuils sont attendus autour de 150 000 à 300 000 euros.

Jean Royère (1902-1981), mobilier de salon « Banane' », 1957, en chêne teinté canné; estimation: 150 000- 300 000 euros; vente Christie’s 23 mai, Christie’s images limited 2013


Signalons également un bel ensemble de sculptures animalières de François Pompon (1855-1933). Canard, oie, hippopotame et girafe s’échangeront entre 5 000 euros et 30 000 euros.
Sotheby’s organise la veille une belle vente d’Arts décoratifs du XXème siècle. Moins spectaculaire, elle ne manque pourtant pas d’atouts. On y trouve un intéressant ensemble de meubles de Jacques Adnet ( 1900-1984) dont une commode gainée de parchemin estimée 20 000 à 30 000 euros.

Attribué à Antoni Gaudi (1852-1926), banc en pierre reconstituée moulée, vers 1906-1914, vente Sotheby’s 22 mai.


Parmi les pièces rares, il faut signaler un banc de la maison Larrard en pierre reconstituée attribué à Antoni Gaudi (1852-1926), le célébrissime architecte catalan. Il provient de la résidence du comte Guell à Barcelone. Il présente toutes les caractéristiques des créations de l’artiste : fluidité, courbes et arabesques. Une véritable rareté sur le marché estimée 100 000 à 150 000 euros.


Demeter Chiparus (1886-1947),Tango, vers 1921, sculpture chryséléphantine en bronze; les visages, les bras de la femme et les mains de l’homme en ivoire ; pose sur une base en onyx à gradins, Signée Chiparus sur la base, Estimation : 80.000 € – 120.000 €; Vente Sotheby’s Paris, 22 mai


Dans un genre tout à fait différent, Sotheby’s propose plusieurs œuvres de Demeter Chiparus (1886-1947). Cet artiste d’origine roumaine est le spécialiste des sculptures chryséléphantines (ivoire et bronze).Adoré des russes, ses œuvres font toujours des prix élevés. Ce sera certainement le cas pour « Tango », représentant un couple sensuellement enlacé. La maison de ventes en attend 80 000 à 120 000 euros.

ALBERTO GIACOMETTI (1901 – 1966)
PAIRE DE LAMPADAIRES FEUILLE, LE MODÈLE VERS 1936
Alberto Giacometti (1901-1966), paire de lampadaire « feuille », le modèle vers 1936, bronze à patine brune, le fût central orné de deux feuilles dans sa partie haute, se terminant par trois pieds; Estimation : 180.000 € – 220.000 €; vente Sotheby’s Paris, 22 mai


Devenus des classiques, les lampadaires d’Alberto Giacometti (1901-1966) séduisent par leur modernité fragile et délicate. C’est le cas de cette paire « feuilles », réalisées vers 1936. Elles rejoindront certainement un élégant intérieur moyennant un prix situé entre 180 000 et 220 000 euros.


Gio Ponti (1891-1979), vase « Le triomphe de l’Amazone », 1928, en faïence verte de forme circulaire à col droit, à décor d’amazones et de chevaux,
Signés Ginori et Gio Ponti; Estimation : 15.000 €- 25.000 €; vente Sotheby’s Paris 22 mai.


Enfin, plusieurs céramiques de Gio Ponti (1891-1979) sont proposées. C’est un architecte et designer majeur de l’Italie du XXème siècle. Directeur artistique de 1923 à 1930 du fabricant de céramiques Richard Ginori, il adapte l’ensemble des créations de l’entreprise à la production en série et conçoit des pièces néoclassiques qui furent couronnées d’un grand prix à l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925. Dix-sept vases et coupes sont estimés entre 5 000 et 70 000 euros, cette dernière estimation concernant un ensemble de quatre vases en porcelaine blanche à décor de figures allégoriques dorées. Ses vases les plus séduisants ont cependant des couleurs éclatantes, rouges ou vertes et présentent des scènes antiques. Comme ce vase aux Amazones de 33 centimètres de haut estimé 15 000 à 25 000 euros.
A Paris, la semaine prochaine s’annonce très Art Déco. En dehors de ces deux grandes ventes, profitez-en aussi pour vous précipiter sans tarder au Centre Pompidou qui expose Eileen Grey (1878-1976), designer irlandaise. Son mobilier ne frise pas la perfection. Il est sublime !

Vente Sotheby’s 22 mai 2013 www.sotheby’s.com
Ventes Christie’s, 23 mai 2013, www.christies.com

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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