Petit bilan des ventes de mai-juin

marche-de-l-art, publié le

« Saint Dominique en prière » du Greco vendu par Sotheby’s Londre 10 780 375 euros le 3 juillet 2013

Ce premier semestre de ventes aux enchères confirme une tendance lourde du marché : la qualité se vend bien. Qu’il s’agisse d’art moderne ou contemporain, de tableaux anciens, d’archéologie, d’argenterie… les amateurs sont toujours présents lorsque des pièces rares, uniques ou exceptionnelles se présentent. Ce constat on peut le faire à Paris comme à Londres ou à New-York.
Les ventes se sont internationalisées et avec les outils de communication actuels, les collectionneurs du monde entier se mobilisent. Sans aucun souci d’exhaustivité, voilà une sélection des grands moments de ce printemps à la météo déprimante mais aux ventes enthousiasmantes.
Commençons par l’archéologie. La palme des découvertes revient à l’Hôtel Drouot. La plus belle pièce était certainement ce torse acéphale égyptien de la XXX dynastie, Ive siècle av J-C ; Vêtu d’un pagne court lisse et serré par une fine ceinture, cette œuvre caractéristique des canons esthétiques égyptiens (minceur, finesse de la taille, largeur des épaules) était estimée entre 400 et0 600 000 euros. Il s’est vendu 2 264 055 euros. Signalons aussi un magnifique portrait de femme du Fayoum (Egypte, 1er siècle, règne de Néron, 54-68 de notre ère) aux couleurs préservées adjugé 1 467 324 euros. Terminons avec un torse en marbre d’Apollon (art romain, IIe siècle) vendu 375 000 euros.
L’argenterie ne provoque pas chez moi beaucoup d’enthousiasme. On peut pourtant rêver devant le service de banquet en argent du maharajah de Patiala. Commandé en 1922 par le maharajah à l’occasion de la visite du prince de Galles (le futur Edouard VIII et duc de Windsor), il comprend 1400 pièces. Le maharajah était connu comme le premier propriétaire d’un avion privé et aurait détenu 20 Rolls Royce. Ce témoignage des splendeurs d’une époque disparue s’est vendu 2,3 millions d’euros chez Christie’s Londres. Pendant ce temps, Sotheby’s Paris organisait une belle vente d’orfèvrerie européenne, de boîtes en or et d’objets de vitrine pour un montant total adjugé de 2,2 millions d’euros.

« Nature morte aux pêches dans une coupe de porcelaine bleu blanc sur un entablement » de Louise Moillon, vendue 1 033 500 euros par Sotheby’s Paris le 27 juin 2013


La peinture ancienne ne démérite pas. Si les prix atteints ne sont pas ceux de l’art contemporain, ils sont néanmoins élevés pour les grandes signatures.
Si l’on s’en tient à la France, trois tableaux méritent l’attention. Tout d’abord une œuvre intimiste de Jacobus Vrel (actif à Delft et Haarlem de 1634 à 1662). Ce panneau de bois représente une « femme à sa lecture » dans un intérieur quasi monacal. Intense et délicat, ce chef d’œuvre a atteint à Drouot le record mondial de 2 232 000 euros. Autre merveille d’équilibre et de sensibilité, une « nature morte aux pêches sur un entablement », première œuvre signée et datée (1629) de l’artiste Louise Moillon (1610-1696) alors âgée de 19 ans. Ce panneau conservé dans une collection privée française depuis soixante-dix ans a atteint 1 033 500 euros chez Sotheby’s pour une estimation de 250 000 à 350 000 euros. Enfin Christie’s vendait au Metropolitan Museum de New-York une œuvre de Charles Le Brun (1619-1690) peinte en 1647 « Le sacrifice de Polyxène » pour 1 441 500 euros pour une estimation de base de 300 000 euros.

« Le Môle à Venise du bassin de San Marco » de Canaletto vendu 27,7 millions d’euros chez Christie’s Londres le 2 juillet 2013


A Londres, les ventes de tableaux anciens de début juillet ont permis de découvrir des pépites. Chez Christie’s, un Canaletto (1697-1768) de superbe facture « Le Môle, Venise, du bassin de San Marco » s’est envolé à 9 841 161 euros sur une estimation de cinq à six millions. Un Christ en Croix de Cranach le Vieux (1472-1553) a séduit un collectionneur prêt à y investir 1 322 418 euros alors qu’une « tête d’homme barbu de profil tenant un bronze » a atteint 2 025 801 euros. Pendant ce temps, Sotheby’s adjugeait sans problème les deux Greco (1541-1614) qu’elle proposait. Le « Saint-Dominique en prière » s’envolait à 10 780 375 euros un record en vente pour un maître ancien espagnol. Son « Christ en croix » de grande dimension atteignait 4 053 902 euros. La maison de ventes présentait deux autres merveilles.

‘Vue d’Avignon, de la rive droite du Rhône » de Claude-Joseph Vernet, vendue 6,3 millions d’euros chez Sotheby’s Londres le 3 juillet 2013


Tout d’abord, un tableau de Claude-Joseph Vernet (1714-1789) « Vue d’Avignon, de la rive droite du Rhône » réalisait 6 296 059 euros, un record mondial pour l’artiste. Six tableaux de Giandomenico Tiepolo (1727-1804) ( des fresques détachées et transférées sur toiles) provenant du décor d’un palais de Vicence obtenaient 3 790 118 euros.
Quant à l’art moderne et contemporain, les ventes ont été un véritable festival. Et Paris n’a pas démérité. Sotheby’s a ainsi vendu, faubourg Saint-Honoré un très puissant Basquiat (1960-1988) « Crown Hotel (Mona Lisa background) » pour la somme de 5 6997 500 euros ainsi qu’un Picasso (1881-1973) provenant de la collection de Marina Picasso « femme assise en robe grise » pour 3 793 500 euros. Une très belle figurine de Giacometti (1901-1966) , un rare bronze peint, a obtenu 2 673 500 euros. Chez Christie’s, avenue Matignon, un Joan Mitchell (1925- 1992) « Before, Again III » trouvait preneur à 2 169 500 euros et un Soulages (né en 1919) à 2 001 500 euros.

« Untitled » de Jean-Michel Basquiat, vendu 22 millions d’euros chez Christie’s Londres le 25 juin 2013


A Londres, les prix étaient encore plus élevés. Il fallait compter chez Christie’s 22 031 137 euros pour un autre Basquiat « Untitled » moins sombre et puissant que celui vendu à Paris chez Sotheby’s, 8 619 361 euros pour « Jetty » une œuvre phare de Peter Doig (né en 1959) , 3 622 817 euros pour « Marseille » de Nicolas de Staël (1914-1955) (1 081 500 euros chez Sotheby’s Paris pour un tableau de l’artiste sur le même thème). Enfin, Roy Lichtenstein(1923-1997), actuellement exposé au Centre Pompidou, réalisait 3 294 097 euros pour « Cup of coffee ».
Chez Sotheby’s Londres un tryptique de Francis Bacon (1909-1992) « trois études d’Isabelle Rawsthorne » était emporté pour 13 302 097 euros, « Head III » du même artiste pour 12 311 734 euros et un Soulages (né en 1919) de 1959 pour 5 115 103 euros. Un « Concetto Spaziale » de Lucio Fontana (1899-1968) partait à 5 115 103 euros et un David Hockney (né en 1937) « Double East Yorkshire » pour 4 058 716 euros.

« Double East Yorkshire » de David Hockney (sur la gauche), tableau vendu un peu plus de 4 millions d’euros chez Sotheby’s Londres le 26 juin 2013


Ces résultats millionnaires démontrent à nouveau que pour les « rich and famous » de la planète Terre » l’art est devenu un placement refuge, un investissement sûr, voir sécurisé, dès lors qu’il s’agit, pour la peinture, d’artistes connus ou de pièces rares. Comme le soulignait récemment le Conseil des Ventes, le marché est plus influencé par l’augmentation du nombre de riches dans le monde que par la situation économique réelle des Etats. Le nombre de riches ne cessant de grimper on peut penser que le placement art a encore de beaux jours devant lui.
Avant de partir en vacances, je vous assommerai d’un dernier prix : celui obtenu par un tableau iconique de Claude Monet (1840-1926) vendu chez Sotheby’s Londres : le « Palais Contarini » peint en 1908 s’est vendu la bagatelle de 23 millions d’euros. Si vous n’avez pas les moyens de vous acheter une telle œuvre une seule solution : vous laisser impressionner par la Normandie. Cette belle région propose pendant tout l’été une série de belles expositions : « un été au bord de l’eau, loisirs et impressionnisme » au Musée des Beaux-Arts de Caen, « Pissarro dans les ports » au MuMa du Havre et enfin « Eblouissants reflets, 100 chefs-d’eouvre impressionnistes » au musée des Beaux-arts de Rouen. C’est dans ce musée que vous pourrez contempler une autre vue du palais Contarini.
Bonnes vacances !

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

Aucun commentaire

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Porte de Paris #paris #jaimeparis #illoveparis #parisiloveyou #parisjetaime #portedeparis #parisdoors #architecturedeparis #parisarchitecture #stylehaussmannien

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page