L’ère victorienne ou l’art en volupté

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« Love among the ruins », Edward Burne-Jones(1833-1898), prix :17 117 294 euros, record mondial pour une oeuvre préraphaélite, vente Christie’s Londres, 11 juillet 2013.


Au mois de septembre, le musée Jacquemart-André consacre une exposition aux peintres anglais de l’époque victorienne sous le thème o combien séduisant de « Désirs et voluptés ». Tout un programme ! Il est vrai que la peinture anglaise de l’époque est sensuelle et capiteuse comme le parfum d’une rose. Comme le souligne Véronique Gerard-Powell, commissaire de l’exposition, « la quête esthétique est le maître-mot de ces artistes qui ont fait de la beauté un absolu et un art de vivre ». Les anglais parlent d’ « Aesthetic Movement ». Dans cette volonté d’exaltation de la beauté féminine, on trouve pêle-mêle les interprétations de l’Antiquité grecque ou romaine de John William Godward(1861-1922), d’Albert Moore (1841-1893) ou de Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), qui servirent certainement d’inspiration au péplum cher à Cecil B de Mille et les représentations gothiques et médiévales des préraphaélites comme John Everett Millais(1829-1896), Edward Burne-Jones (1833-1898), Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), John William Waterhouse (1849-1917), Simeon Solomon (1840-1905).
Il faut également mentionner Frederic Leighton (1830-1896) et sa vision idéalisée du monde antique ou les représentations plus tourmentées d’Edward John Poynter (1836-1919). Pour tous ces artistes, la femme est fantasmée, idéalisée, désirée, mise en exergue dans un contexte historique imaginé ou dans la représentation d’épopées ou de légendes.
L’intérêt de cette exposition tient au fait que toutes les oeuvres présentées (une cinquantaine) proviennent des collections de Juan Antonio Pérez Simón, richissime homme d’affaires mexicain d’origine espagnole. Sa fondation, l’une des mieux dotées d’Amérique Latine compte plus de 1 000 peintures, sculptures, dessins, objets d’art. On y trouve des Van Dyck, Goya, Rubens, Breughel mais également un impressionnant ensemble de peintres anglais de l’époque victorienne. C’est une sélection de cet ensemble qu’a faite le musée Jacquemart-André.
Elle reflète le dynamisme de ce secteur bien particulier du marché de l’art assez peu connu des amateurs français qui on tendance à négliger ces mouvements artistiques anglais pourtant majeurs.

« Les roses d’Héliogabale », 1888, Lawrence Alma-Tadema (1836-1912); collection Pérez Simón, Mexico, exposition « Désirs et voluptés », Musée Jacquemart-André (13 sept 2013-20 janv 2014), copyright; studion Sébert.


Les prix y sont larges et peuvent parfois atteindre des sommets. « Les roses d’Héliogabale », le tableau le plus emblématique d’Alma-Tadema et présent dans la collection Pérez Simón et à Jacquemart-André s’était vendu en 1993 à un prix record. Le sujet paraît léger et vaporeux une pluie de rose tombant sur les convives d’un banquet. En fait, il n’en est rien. L’empereur Héliogabale et ses favoris assistent, depuis leur table, à l’étouffement de leurs invités sous cette pluie de pétales, un supplice « raffiné » de la décadence romaine. Plus récemment en 2010, chez Sotheby’s New-York, « la découverte de Moïse » du même artiste avait atteint 25,4 millions d’euros alors que plus récemment, le 29 octobre 2012 chez Christie’s « Ask me no more » du même artiste a obtenu 2,2 millions d’euros. On retrouve également des prix élevés chez les préraphaélites. La vente de Christie’s Londres du 11 juillet dernier en apporte la preuve. Un portrait de trois sœurs par John Everett Millais a atteint le record mondial de 2 650 000 euros. Une sculpture d’athlète luttant contre un python de Frederic Leighton a également atteint le record mondial de 569 000 euros. Et que dire du superbe tableau d’Edward Burne-Jones « Love among the ruins » représentatif de la subtilité chromatique de l’artiste qui a obtenu 17 117 294 euros, le record absolu pour une œuvre préraphaélite.

« 80 ans et 18 ans », John William Godward (1861-1922).prix: 268 700 euros; Vente Dorotheum Vienne, 16 avril 2013


Mais cette pluie de record concerne principalement les plus grands artistes de cette période. Ainsi une œuvre remarquable de John William Godward, moins réputé, « 80 ans et 18 ans » a été adjugé au Dorotheum de Vienne en avril dernier 268 700 euros. Et même pour les plus connus, on trouve des pépites. A la Tefaf de Maastricht, une galerie anglaise proposait un ravissant portrait de petite fille de John Everett Millais pour un prix négociable de 300 000 euros.
Et si le collectionneur accepte de délaisser les tableaux pour les dessins, on peut facilement trouver de belles œuvres, même des plus grands artistes, pour des prix compris entre 10 000 et 50 000 euros. C’est une somme certes mais il faut savoir ce qu’on veut. D’autant plus que la demande des collectionneurs augmentant, ces prix devraient grimper. Avis aux amateurs !

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Robin Massonnaud

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