L’art sur Amazon: le meilleur moyen de se faire plumer?

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Une oeuvre de Norman Rockwell « Willie Gillis, Package from home » datée 1941 proposée 4 850 000 dollars sur Amazon

Comme tout bon géant de la vente en ligne qui se respecte Amazon vient de lancer une grande campagne de presse (Le Parisien, l’Expansion) vantant son nouveau département « œuvres d’art » avec un slogan ronflant « Des cimaises de la galerie aux murs de votre domicile ». Les chiffres sont impressionnants. En se connectant sur www.amazon.com/art le site annonce 40 000 pièces de 4 500 artistes vendues par 150 galeries et marchands d’art à des prix compris entre 10 dollars (environ 7,5 euros) et 4 850 000 dollars (3,65 millions d’euros) pour une œuvre de l’américain Norman Rockwell. On y trouve de tout : dessins, estampes, tableaux, gouaches. Et même des grands noms mondialement connus : Monet, Renoir, Dali, Miro, Warhol, Matisse. Cependant les artistes proposés sont essentiellement des inconnus le plus souvent anglo-saxons dont les qualités laissent l’amateur que je suis pantois. En passant d’une page à l’autre, le résultat est souvent consternant de médiocrité alors que bien des prix annoncés sont assez soutenus.
Mais bon, il y a tout de même des artistes de renom. Faut-il alors se réjouir de l’apparition d’Amazon sur le marché de l’art ? Franchement non.

Une oeuvre de Dali « corridor of Katmandu » vendue 18 600 dollars sur Amazon

La présentation des œuvres est assez folklorique. Le descriptif fourni par le vendeur est parfois très détaillé mais il est aussi souvent imprécis et trompeur. Un exemple : une œuvre de Mary Cassatt est présentée comme un dessin unique alors qu’à regarder la reproduction sur le site, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une gravure certainement éditée à de nombreux exemplaires. Aucun rapport de condition (état de l’œuvre, restaurations effectuées) n’est proposé. Aucune information n’est fournie sur la provenance de l’œuvre et les garanties d’authenticité. C’est plus que gênant, le site présentant par exemple de très nombreuses lithographies de Dali dont on sait que les faux sur le marché sont légions. Il faut donc s’adresser au vendeur pour obtenir plus d’informations. Ce vendeur, il faut arriver à le dénicher sur le site. Il est impossible de le joindre directement. Seule solution pour l’amateur : rechercher sur Google son site et le contacter. Mais là encore, vous ne serez pas au bout de vos peines. Si certaines des 150 galeries annoncées par Amazon ont pignon sur rue et bénéficient d’une certaine réputation, nombre d’entre elles sont de parfaites inconnues dont il est bien difficile de vérifier le pedigree.

Une oeuvre d’Andy Warhol  » marylin » mise en vente 115 900 dollars sur Amazon

Quant le marchand est relativement connu, il ne propose pas toujours le meilleur des artistes, cherchant ainsi par le biais d’Internet à vendre des tableaux difficiles à négocier en galerie ou dans un salon. C’est notamment le cas de « L’enfant à la tasse, portrait de Jean Monet » peint par son père le célèbre Claude Monet en 1868. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne s’agit pas d’un chef-d’oeuvre. Il est pourtant vendu 1 450 000 dollars (environ 1 083 000 euros).
Quant à trouver la cote de la cohorte d’artistes inconnus pour vérifier si le prix demandé par le marchand n’est pas prohibitif, autant rechercher une aiguille dans une botte de foin ! Artprice a bien annoncé son association avec Amazon pour permettre aux potentiels acquéreurs de chercher sur son énorme base de données de ventes aux enchères les prix d’artistes. Mais il ne faut pas en attendre monts et merveilles. Si l’artiste n’est jamais passé en vente publique, l’amateur ne sera pas plus avancé!
De plus Amazon, comme pour les ventes d’objets ordinaires du quotidien intervient comme un simple intermédiaire entre acheteurs et vendeurs. Le site ne s’estime pas responsable des éventuelles duperies dont pourrait être victime l’acheteur candide. Et dans ce domaine, elles pullulent. Enfin, pour un Français, acheter sur un site américain ne lui permettra pas d’invoquer les dispositions assez protectrices de notre droit national. Il sera soumis aux lois américaines en cas de litige. Et dans ce cas, autant s’accrocher au bastingage pour obtenir gain de cause.
En un mot, ne vous laissez pas tenter. Même averti, vous risquez fort d’être, un jour ou l’autre, le dindon de la farce. Et l’on sait que les américains, pour fêter Thanksgiving, adorent dévorer la version femelle de ce gallinacé !

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3 commentaires

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Mystère

merci cher Monsieur Robin des arts d’attirer notre attention sur ce site. Rien ne vaut que l’achat directement chez un marchand.


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Nemo

Lorsqu’il s’agit d’art (livre , disque, ou œuvres graphique) je préfère de loin aller là où je peux physiquement appréhender l’objet, avoir un conseil etc… Plutôt que participer à l’expansion d’un site à la déontologie douteuse. Et là, je en fais pas que parler des méthodes de vente …


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Nemo

Désolée pour l’orthographe et les fôtes de frappe mais le lecteur aura rectifié de lui-même !!!


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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