Parcours des Mondes 2013: les Arts Premiers en Seine

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Masque Yup’ik, région du fleuve Kuskokwin, Alaska, vers 1890-1910.
Bois, plumes, peau, fibres végétales, pigments blancs et rouges.
Donald Ellis Gallery


C’est devenu le rendez-vous traditionnel de la rentrée. Tout amateur se doit, mi-septembre, de déambuler parmi les galeries de la Rive gauche situées entre l’Odéon et l’Institut de France. Pourquoi cette promenade obligatoire ? Il s’agit tout simplement de parcourir le monde ou plutôt les mondes des Arts Premiers. Du 10 au 15 septembre, le « Parcours des Mondes » vous invite en effet à pousser les portes d’une soixantaine de galeries spécialistes incontestés de ces Arts, dont plus de la moitié, étrangères, sont accueillies par leurs homologues français.
Paris est sans conteste possible la place majeure du marché des Arts Premiers. Toutes les grandes maisons de vente, notamment Sotheby’s ou Christie’s, y organisent des vacations importantes attirant les collectionneurs du monde entier. Et les records mondiaux à six ou sept chiffres pleuvent.
Quant au Parcours des Mondes, son directeur Pierre Moos n’est pas peu fier de constater qu’il s’agit désormais de la manifestation la plus importante dans ce secteur du marché de l’art. Reprenons les propos qu’il tenait l’an dernier et qui restent d’actualité : « Il s’agit plus d’un marché de collectionneurs que de spéculateurs, la belle santé du marché s’expliquant par la modestie des montants à partir desquels il est possible d’acquérir des chefs-d’œuvre du genre ». Et d’ajouter « On peut acheter l’équivalent d’un Matisse fauve pour un prix cinquante fois moins élevé ». Le profil des acheteurs confirme ses déclarations. Selon une enquête publiée l’an dernier par Tribal Art Magazine auprès de 5 000 amateurs il apparaît que la moitié d’entre eux consacre à leur collection d’Arts Premiers un budget annuel de moins de 10 000 euros. Seuls 7,75 % investissent plus de 100 000 euros chaque année. On est loin des montants astronomiques dépensés par les nouvelles fortunes dans l’art contemporain.

Masquette Zoomorphe, korèdougaso, Bamana, Mali.
Début du XXe siècle, Bois mi-lourd, ancienne patine d’usage.
Galerie Jacques Germain.


Bien entendu, il ne faut pas rêver. L’art étant devenu une valeur refuge en ces temps de crise, les prix montent comme partout ailleurs. Toutefois Hélène Leloup, présidente d’honneur de ce Parcours, ancienne galeriste et commissaire de l’exposition Dogon au musée Branly en 2011, précise qu’on peut encore trouver de petits objets à partir de 3 000 euros. Mais pour une grande pièce, il faut compter beaucoup plus. Sinon, vous aurez acheté une copie.
Les prix devraient continuer à grimper régulièrement sans être impactés par la crise. La raison en est simple. De nombreux musées ou fondations, publics ou privés, récents comme le quai Branly ou anciens comme Barbier-Muller, montent ou complètent leurs fonds. Ils donnent ainsi une légitimité à des objets jusqu’alors considérés comme usuels et désormais reconnus comme des œuvres d’art. Il est donc temps d’acheter.
Pour le néophyte se pose alors le problème de l’authenticité. Hélène Leloup insiste beaucoup sur la traçabilité des oeuvres, sur leur pedigree. Pour les objets et les sculptures en bois, la science vient au secours du galeriste. L’examen au carbone 14 détermine l’âge du bois et par conséquent l’ancienneté de la statue puisque le sculpteur travaille sur du bois vert et encore jeune. Pour les bronzes, la datation est plus complexe, le galeriste jouant alors un rôle majeur grâce à sa connaissance approfondie des styles et des techniques. Pierre Moos, afin de rassurer les éventuels acheteurs, insiste sur l’importance du vetting, c’est-à-dire du comité d’experts qui analyse toutes les œuvres présentées. Cette année, deux sessions d’expertises ont eu lieu et sur les 5 000 objets présentés pendant 6 jours, seules sept pièces sont retirées. Un gage de qualité !

Récipient pour graisse, Haida Gwaii, Colombie Britannique.
Vers 1820, Bois.
Donald Ellis Gallery.

Alors que pourrez-vous dénicher dans ce Parcours des Mondes 2013 sachant qu’antiquaires et galeriste ont un stock digne des musées et que la gamme des prix varie entre 2- 3 000 euros et 850 000 euros.
Cette année, si l’Afrique est toujours bien présente, l’art océanien et l’art primitif d’Amérique du Nord montent en puissance. Il est vrai que pour la première fois le Parcours des Mondes accueille Donald Ellis, un galeriste américain exposé chez Marcel Strouk, 23 rue de Seine, spécialiste de la Colombie Britannique. Il présente 50 chefs d’œuvres
Parmi eux, signalons un remarquable ensemble de masques de danse Yup’ik (Alaska, XIXème siècle) d’un style quasi surréaliste qui ne pouvait que séduire André Breton. Autre rarissime merveille, une petite figurine en ivoire de mammifère marin datant de 200 A J-C, 100 AP J-C.
Thomas Murray, exposé chez ISC Gallery présente les arts primitifs d’Asie. Vous y verrez une grande figure de gardien de Bornéo du VIIIe-XIe siècle mais aussi des tissus rituels de la même provenance destinés à emballer les têtes coupées ou des couvertures censées attirer les dieux.

Effigie commémorative d’un fon Bamileke, Cameroun.
Bois érodé à patine de terre rouge.
Galerie Bernard Dulon


Dans un style totalement différent, ne manquez pas à la galerie Moisan-Perdriolle les peintures sur bouse de vache de la tribu Warli (Inde). Poétiques et raffinées, les êtres humains et les animaux y sont représentés à l’aide de deux triangles inversés, le triangle supérieur figurant le torse, le triangle inférieur le bas du corps.
La galerie Maine Durieu se consacre au « salon de beauté ». Elle expose des colliers en bronze, des boucles d’oreilles et surtout un magnifique pendentif en or (Baoulé Côte d’Ivoire) du XIXe siècle en forme de silure.
Et l’on pourrait continuer ainsi à l’infini à égrener les merveilles à découvrir. Un conseil : délaissez votre ordinateur et partez plutôt à la découverte des Arts primitifs. Vous serez forcément séduit !

Parcours des Mondes, du 10 septembre au 15 septembre
Points info : 54 et 72 rue Mazarine, 75006 Paris
www.parcours-des-mondes.com

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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