Deux pleurants du tombeau du duc de Berry en vente à Paris ou les merveilles de la statuaire gothique

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Deux figures de Pleurants en albâtre du tombeau du duc de Berry. Etienne Bobillet (actif entre 1416 et 1453) et Paul Mosselmann (actif entre 1441 et 1467),
Bourges vers 1450. Estilmation: 500 000 à 800 000 euros. Vente Christie’s Paris 8 novembre 2013


Au printemps, le musée de Cluny accueillait une procession de pleurants dans une mise en scène remarquable soulignant le raffinement de chacune des sculptures ainsi que l’intensité religieuse de ces êtres de chair et de pierre soutenant le monument funéraire de l’un des plus grands seigneurs du Moyen-Age finissant. Il s’agissait, après une tournée mondiale, de présenter au public parisien les pleurants qui ornent le tombeau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419). Sculptés au XVe siècle par Jean de la Huerta et Antoine le Moiturier, ces chefs d’œuvre de l’art gothique se trouvaient sans domicile en raison de la restauration du musée des beaux-arts de Dijon. Avec sa récente réouverture, ils ont tous retrouvé leur place au pied du gisant du duc.
En novembre, l’amateur découvrira deux nouveaux pleurants, cette fois pas dans un musée, mais dans une prestigieuse maison de ventes. Christie’s propose en effet aux enchères deux figures de pleurants en albâtre provenant d’un autre grand et fastueux seigneur, Jean de France (1340-1416) duc de Berry et frère du roi Charles V (1338-1380). Ce personnage royal était certainement le plus prestigieux et généreux mécène de son temps. Il est surtout connu du grand public pour un livre enluminé figurant dans les collections du duc d’Aumale et aujourd’hui propriété du musée Condé à Chantilly « Les très riches heures du duc de Berry ». Les enluminures de cet ouvrage illustrent notamment la vie brillante et somptueuse de la cour du duc qui devait certainement s’adonner aux délices raffinés de l’amour courtois et aux joutes littéraires chères à Christine de Pisan.

Pleurant du tombeau du duc de Berry, vente Christie’s, 8 novembre 2013


Mais revenons aux pleurants. De son vivant, comme il était alors de tradition, le duc commande la construction de son tombeau et en confie l’exécution au sculpteur Jean de Cambrai. Mais c’est après la mort du duc que l’exécution de l’essentiel des quarante pleurants ornant le soubassement du gisant fut confiée à Etienne Bobillet et Paul Mosselmann. Sculptés en ronde-bosse, leurs sculptures sont dotées de visages expressifs et de drapés souples, loin de la rigidité initiale des premiers modèles. A la Révolution Française, la sépulture du duc subit des mutilations irréparables. Plusieurs pleurants ont été détruits. Aujourd’hui, 27 d’entre eux sont répertoriés : 18 sont conservés dans les collections publiques, un a été perdu et 8 se trouvent dans les collections privés dont deux seront mis en vente en novembre.
Ils appartiennent à la même famille depuis 1807 et figuraient dans la chapelle privée de leur propriétaire.
Ces deux pleurants sont d’une insigne rareté et témoignent de la virtuosité stylistique des sculpteurs de cette fin du Moyen-Age. On y sent une certaine rigueur gothique dans l’allure digne des personnages mais la Renaissance n’est pas loin. On la pressent dans les plis raffinés de leurs vêtements religieux, dans leur visage tourné vers l’au-delà, dans leur regard paisible tourné vers les promesses de l’éternité. Ces deux pleurants sont l’aboutissement de plusieurs siècles de statuaire gothique, la réalisation ultime et parfaite d’un art arrivé à une perfection totale exaltant la grandeur du Christianisme. Comme le soulignait Valérie Montalbetti dans un commentaire sur les gisants du duc de Berry détenus par le Louvre « ces statuettes, expressives et animées, témoignent de l’évolution de l’art funéraire au XVe siècle vers une sculpture plus souple et éloquente, sous l’influence de l’art bourguignon ».

Pleurant du tombeau du duc de Berry, vente Christie’s, 8 novembre 2013


Pour ces chefs d’œuvre, Christie’s donne une estimation de 500 000 à 800 000 euros. Espérons que ce témoignage du goût français demeurera sur notre territoire.

Christie’s : vente du vendredi 8 novembre 2013
Exposition du lundi 4 au jeudi 7 novembre, 9 avenue Matignon 75 008 Paris
www.christies.com

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