Elizabeth Eyre de Lanux: la dernière étoile de l’Art Déco

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Portrait d’Elizabeth Eyre de Lanux par Man Ray; copyright:manraytrust adagp.


Lignes épurées, presque monastiques, équilibre parfait des formes, beauté et raffinement des matières, tels sont les qualificatifs qui viennent à l’esprit lorsqu’on découvre le mobilier créé entre 1927 et 1935 par Elizabeth Eyre de Lanux. Née en 1894 aux Etats-Unis dans une famille fortunée, cette créatrice qui vécut 102 ans est vite tombée dans l’oubli.
Elizabeth Eyre fréquentait pourtant cette Café Society qui, entre 1920 et l’après-guerre, mêle aristocrates de grande lignée, princes russes, milliardaires américaines, gens du spectacle, écrivains et artistes renommés qui n’hésitent pas à créer les décors et costumes de bals d’anthologie. Mariée à un diplomate français Pierre de Lanux, elle devient la maîtresse de Drieu la Rochelle puis d’Aragon, travaille dans l’atelier de Brancusi, fréquente Picasso, Brassai, Max Ernst et entretient une liaison amoureuse avec la sulfureuse poétesse Natalie Clifford Barney.

Meuble gainé de parchemin, de forme rectangulaire, prise centrale en ambre, intérieur laqué noir. Vers 1930. Galerie Willy Huybrechts


En 1926, elle rencontre Evelyn Wild qui travaille avec Eileen Gray. Elle s’associe avec Evelyn et créée une entreprise de décoration. A la différence des grands créateurs de l’époque comme Ruhlmann elle ne s’intéresse pas à la mise en scène d’immenses appartements d’apparat mais s’attache à décorer des espaces plus petits, des pieds à terre de 50 à 150 mètres carrés. Pour personnaliser ces espaces, elle fait preuve d’une inventivité étonnante. Elle utilise ainsi du papier patiné et doré à la cuve pour orner un meuble d’appui, recouvre de linoleum noir des consoles, se sert d’ambre pour les prises de tiroirs, plaque un lampadaire de lecture avec du liège, travaille les veines du bois à l’acide, recouvre de gypse le plateau d’une console ou invente des décors cubistes de marqueteries de paille… Cette créativité foisonnante lui ouvre les portes du Salon des artistes Décorateurs ou du Salon d’Automne.

Petit curule en bois laqué crème à pieds coniques. Galerie Willy Huybrechts.


Mais la crise de 1929 va interrompre son parcours et dès 1935, elle renonce à sa vocation de décoratrice. A carrière brève, production rare. Elizabeth Eyre de Lanux créait des objets uniques ou à édition très limitée, pas plus de deux ou trois exemplaires. Willy Huybrechts et Louis-Géraud Castor, les deux galeristes à qui nous devons la sortie du purgatoire de cette grande artiste oubliée, ont répertorié une cinquantaine de créations. Ils présentent dans leur espace de la rue Bonaparte une trentaine de pièces. Cette sélection est le fruit d’une belle histoire, celle de deux passionnés qui ont méticuleusement remonté le temps afin de reconstituer une carrière artistique aussi brève et brillante que celle d’une étoile filante.

Guéridon d’inspiration Africaniste en bois sculpté, laqué rouge et noir et blanc d’Espagne. Galerie Willy Huybrechts.


C’est un achat à Drouot qui a tout déclenché. Nos deux galeristes se sont alors lancés dans une véritable enquête retrouvant avec l’aide d’un généalogiste les descendants d’Elizabeth, fouillant dans les archives afin de reconstituer le parcours de l’artiste et de retrouver ses créations dans son entourage ou chez les héritiers de ses riches clients.
L’ensemble présenté dans l’écrin blanc de la rue Bonaparte est d’une modernité absolue avec cette pointe de raffinement extrême propre à l’Art Déco. Vous y découvrirez un bureau gainé de parchemin qui ornait le domicile d’Yves Saint Laurent, rue de Babylone, des guéridons en bois laqué crème , rouge, noir et blanc, des fauteuils en acajou dont raffoleraient les designers scandinaves, des tables basses, des chauffeuses et des meubles d’appui presque cubistes dans leur conception, un tapis ovale en laine beige à motif amérindien de « capteurs de rêve », des sièges tambour en noyer, une boîte ronde gainée de parchemin, à l’intérieur en chêne la prise en ambre que ne renieraient pas les ateliers Hermès.

Meuble d’appui en bois laqué noir recouvert toutes faces de papier doré à décor de taches brunes, intérieur en chène agence d’étagères et de deux tiroirs en laque noire. Galerie Willy Huybrechts.


Face à de telles merveilles, on pourrait craindre des prix stratosphériques. Heureusement Willy Huybrechts et Louis-Géraud Castor ont un but : assurer la transmission de ce patrimoine auprès de propriétaires qui auront avec ce mobilier une histoire, un parcours. Il ne s’agit pas de le muséifier mais de lui donner une nouvelle vie, un nouvel élan. Les prix demandés varient entre 20 000 euros et 150 000 euros pour les pièces les plus prestigieuses. Des prix réfléchis et raisonnables pour un mobilier exceptionnel et rare, témoignage d’une période de créativité foisonnante. Assurément la cote de cette artiste auprès d’un public d’amateurs ne pourra que grandir.

Boîte ronde entièrement gainée de parchemin,intérieur en chêne et prise en ambre. galerie Willy Huybrechts.


Galerie Willy Huybrechts
11 rue Bonaparte, 75 006 Paris
Exposition Elizabeth Eyre de Lanux jusqu’au 19 octobre 2013.

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