L’art du portrait en majesté

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Portrait de François-Henri d’Harcourt par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), vente Bonhams Londres, 5 décembre 2013


Hasard du calendrier des ventes ou stratégie commerciale bien orchestrée ? Peu importe. Début décembre, les ventes de tableaux feront la part belle au portrait. Pas le portrait d’apparat tel qu’on le concevait aux XVIIème ou au XVIIIème siècle exaltant la munificence et la grandeur du modèle. Non plutôt des portraits qui chacun dans un style et une époque différente reflètent le désir de l’artiste de capturer la personnalité ou l’âme du personnage.
Commençons par Fragonard (1732-1806), Jean-Honoré de son prénom. C’est certainement le plus brillant des artistes français du XVIIIème siècle. Célèbre pour ses scènes délicieusement coquines, on pense au « Verrou » du musée du Louvre, son activité de portraitiste est moins connue si ce n’est sa série des quinze figures de fantaisie. Il y peint des amis ou des connaissances, le plus souvent non identifiés avec cette touche rapide, légère, presque brouillonne, quasiment impressionniste dans des costumes imaginaires d’esprit Renaissance. C’est l’un de ces magnifiques portraits, celui du cinquième duc d’Harcourt, que Bonhams mettra en vente le 5 décembre prochain à Londres. Le tableau appartenait au docteur Rau, l’un des plus grands collectionneurs au monde dans la lignée du baron Thyssen. Ce portrait de François-Henri d’Harcourt (1726-1802) était considéré comme la toile préférée du collectionneur. Il est exceptionnel à plus d’un titre. C’est l’un des rares portraits de fantaisie dont l’identité est connue. Il s’agit de surcroît de l’un de ces grands représentants de la noblesse française du XVIIIème siècle. Chevalier du Saint-Esprit, gouverneur de Normandie, gouverneur du Dauphin de France fils de Louis XVI, élu membre de l’Académie française, cet auguste personnage est représenté dans un costume de parade, propre aux fantaisies du carnaval. Son port de tête est noble, le visage tourné vers le côté donnant une impression de familiarité, de joie de vivre. Pour tout dire, c’est un bon vivant, ses pommettes rubicondes accentuées par la blancheur laiteuse de la fraise entourant son cou, un homme de cour certes mais aussi le digne représentant de cette fin de siècle ouvert au monde et à l’esprit des Lumières. Maintes fois exposé, ce portrait exceptionnel devrait trouver preneur pour plusieurs millions de livres.

Portrait de Louise de Guéhéneuc, duchesse de Montebello par Pierre-Paul Prud’hon (1782-1856), estimation:820 000 à 1 200 000 euros; Vente Bonhams Londres, 5 décembre 2013


Tout autre est le portrait réalisé par Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823). Il s’agit de la duchesse de Montebello (1782-1856). Là encore le personnage est célèbre. Louise de Guéhéneuc n’est autre que la maréchale Lannes. Première dame d’honneur de l’impératrice Marie-Louise, modèle que l’empereur Napoléon Ier voudrait voir imiter par toutes les jeunes femmes, elle était considérée comme l’une des plus belles femmes de Paris.
Son portrait par Prud’hon représente la quintessence de l’art français au début du XIXème siècle. On y sent une certaine retenue accentuée par le fond sombre du tableau, une distanciation avec le modèle mais aussi une volonté d’aller au-delà de sa simple représentation afin de mieux en connaître la personnalité. Cette femme élégante, à la coiffe de dentelle et de roses blanches, au châle de cashmere a un regard doux, presque mélancolique et romantique. Pour ce délicat portrait de celle qu’on nommait « la meilleure des mères et des épouses », la maison Bonhams attend 700 000 à 1 million de livres (820 000 à 1 200 000 euros).

Portrait du collectionneur Roger Dutilleul par Amedeo Modigliani (1884-1920); estimation: 7à 9 millions d’euros; Vente Sotheby’s Paris, 4 décembre 2013.


Venons en maintenant au début du XXème siècle. Sotheby’s Paris proposera le 4 décembre prochain dans ses locaux du faubourg Saint-Honoré un portrait du collectionneur Roger Dutilleul datant de 1919. Roger Dutilleul (1873-1956) fut l’un des premiers amateurs à s’intéresser au fauvisme et au cubisme. Client de la galerie Kahnweiler, il se lie d’amitié avec de nombreux artistes. Il achète des œuvres de Derain, Vlaminck, Van Dongen, Picasso, Braque. C’est surtout l’œuvre d’Amedeo Modigliani (1884-1920) qui le séduit au point d’acquérir jusqu’à 55 de ses tableaux. Ce portrait est un hommage amical et respectueux du peintre à l’un de ses plus fervents admirateurs. En trois séances, Modigliani brosse le collectionneur dans une palette de vert, gris, beige, blanc et noir. Sobre, le visage penché, une pipe à la main, Roger Dutilleul apparaît comme un homme posé, plein d’humanité et de bienveillance à l’égard de celui qui vient de le portraiturer. Pour ce portrait qualifié de chef d’œuvre par le grand galeriste Léonce Rosenberg, il faut compter 7 à 9 millions d’euros.
Petit aparté : ce Modigliani majeur dans l’œuvre de l’artiste est vendu à Paris. C’est une bonne nouvelle pour le marché français qui depuis maintenant deux ou trois ans voit à nouveau passer dans ses maisons de ventes aux enchères des tableaux de grande valeur artistique dignes des plus beaux musées.

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