FIAC 2013: éblouissement garanti

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Ai Wei Wei, « Iron Tree », 2013; galerie Neugerriemschneider, Fiac 2013.

Le show va commencer. Jennifer Flay, directrice de la FIAC, chevelure noire de jais, tailleur noir, paire de Louboutin noire pose pour les photographes devant le Grand Palais. Hier soir, la verrière du Grand Palais s’est transformée en une incroyable fourmilière humaine. Le premier grand raout culturel de cet automne ouvrait ses portes : le vernissage de la Fiac. Une cohue mondaine indescriptible envahissait les allées : jeunes financiers américains au bronzage uniforme, impeccablement sanglés dans leur costume sur mesure mettant en valeur leur silhouette formée par les haltères ; hipsters en jeans, baskets, chemises de faux bûcherons et barbes d’inspiration ZZ top ; blondes peroxydées adeptes du bistouri sous toutes ses formes perchées sur leurs stiletto et moulées dans leurs robes coutures, excentriques assumés à la sauce british, galeristes stars faisant leur show, collectionneurs au look passe-muraille mais aux moyens démesurés.

Jean Dubuffet « Logologie », 1967, Galerie Zlotowski, Fiac 2013

Tout ce beau monde se croisait, s’interpellait, se côtoyait, papotait, se bousculait, s’entrechoquait dans un seul but : communier au Saint-Graal, autrement dit l’art contemporain. Sans compter les personnalités : le prince Michel de Grèce, le baron Albert Frère, Olivier Poivre d’Arvor, petits acteurs dont j’ai oublié le nom et la carrière en recherche de notoriété, Nathalie Kosciusko-Morizet, crinière blonde au vent, sourire Ultra Bright présidentiel, suivie par une meute de journalistes en folie…
La Verrière s’est transformée en une incroyable tour de Babel avec son lot d’Américains ripolinés dont les épouses affichaient leur Birkin Hermès, de Russes en grappe accompagnés de leur conférencier-interprète, de Brésiliens flamboyants, d’Allemands sérieux et concentrés, de Français cultivés et papillonnants.

Tony Cragg, « Early forms », 1998, Galerie Tucci Russo, Fiac 2013

Bref l’ambiance il y en avait mais pas seulement. Comme l’an dernier et pour sa 40ème édition, les 184 galeries présentes ont joué le jeu. Le choix est étourdissant, la qualité et l’originalité réelles. L’amateur trouvera aussi bien les grandes valeurs du marché que des artistes émergents d’où une gamme de prix très large. Il est possible d’acheter de superbes dessins de jeunes artistes pour 2 000 euros comme des œuvres de stars internationales de l’art pour plusieurs millions d’euros.

Kaws, « Better Knowing », 2013; galerie Perrotin, Fiac 2013

Dès le soir du vernissage, cette sélection rigoureuse avait déjà produit son effet. Le nombre de pastilles rouges sur les stands attestant de la vente des œuvres était incroyable. Ainsi, chez Applicat-Prazan dont l’espace est entièrement consacré à Poliakoff, deux tiers des tableaux étaient déjà vendus ou réservés.
Mais venons-en aux artistes. Dès l’entrée on est happé par l’arbre d’Ai Wei Wei, le célèbre artiste chinois. En fer et d’une hauteur de plus de six mètres, il impressionne par son assemblage basé sur des techniques ancestrales. Ses branches sont le reflet des complexités de la société contemporaine chinoise.
Chez Lelong, on est tout autant séduit par les sculptures en bois de David Nash, construites et structurées, nerveuses. Sur le stand de la Pace gallery l’œil est se porte sur les bronzes peints de Kiki Smith, d’un onirisme proche de Lewis Carroll.
Dans un style totalement différent, il faut s’arrêter sur les dessins au crayon de Jean-Luc Blanc chez Art Concept. Les visages des modèles sont inquiets et pourtant sereins, calmes, apaisés. Leur regard recherche le nôtre et nous fascine. Les œuvres de cet artiste sont abordables (2 600 euros). Les dessins de Fabien Merelle, encre et aquarelle sur papier, chez Praz Delavallade, sont d’un style bien différent, quasiment photographique, tel ce berger de dos et son troupeau. Il faut compter 4 000 à 10 000 euros pour ses œuvres sensibles qui appellent au silence.
In Situ/Fabienne Leclerc présente Martin Dammann, un artiste allemand virtuose de l’aquarelle grand format. Il se sert souvent de photos anciennes, notamment de soldats des deux Guerres mondiales qu’il retravaille et dont il s’inspire. Le résultat est parfaitement équilibré, la maîtrise des couleurs exceptionnelles. Il faut compter 16 000 euros pour ces grands formats mais il retravaille également des photos sur lesquelles il pose son empreinte créatrice. Elles valent de 3 500 à 7 000 euros.

Michaël Borremans, « The Angel », 2013, Zeno X gallery, fiac 2013

Zeno X, une galerie anversoise présente un artiste belge peu connu du public hexagonal : Michaël Borremans. Formé à la photographie, c’est un peintre autodidacte. Il vit et travaille à Gand et ses œuvres se trouvent déjà dans des grands musées comme le MOMA de New-York ou le musée d’art contemporain de Bâle. En février prochain, il fera l’objet d’une grande rétrospective au Bozar de Bruxelles. Son œuvre est fortement inspirée de la tradition flamande mais également de l’école espagnole du XVIIème siècle. Il peint des aquarelles, des visages et des silhouettes sur bois dans une scénographie dépouillée, presque monacale. C’est d’une beauté sévère et absolue. Pour aboutir à ce résultat, il photographie d’abord la scène qu’il envisage de peindre puis reproduit ensuite la photo. Cet artiste est mon coup de cœur de la Fiac 2013. Malheureusement il est déjà fort cher. Il faut compter de 85 000 à 150 000 euros pour ses grands formats. Mais sa cote devrait poursuivre son ascension tant son œuvre est personnelle et habitée.

Yves Klein, « Carte de Mars par l’eau et le feu », 1961, galerie Natalie Seroussi, Fiac 2013

Sur le stand de la Lisson gallery, vous découvrirez des œuvres d’Anish Kapoor mais également du sculpteur Tony Cragg. Ce dernier est également présent sur d’autres stands notamment chez Tornabuoni qui présente une sculpture assez inhabituelle composée de dés.
Chez Perrotin on retrouve ses artistes fétiches : Othoniel, Murakami ainsi qu’une immense statue en bois de Kaws. On craque pour les fameux cochons tapissiers de Wim Delvoye vendus 242 000 euros et exposés dans les salons d’apparat Napoléon III du Louvre.
A la White Cube gallery, l’œuvre de Tracey Emin séduit. Elle brode des toiles. Elle s’inspire de portraits de Marie-Thérèse Walter par Picasso. Son œuvre est presque antique par son esprit comme si telle Pénélope, elle tissait sa toile dans l’attente d’Ulysse. Il faut compter 55 000 à 150 000 livres pour ses œuvres. La même galerie propose une sélection d’insectes sur structure de verre de Damien Hirst pour 385 000 livres.

Serge Poliakoff, « Composition abstraite », 1959, galerie Applicat-Prazan, Fiac 2013

Chez Skarstedt, la sélection aux prix millionnaires est impressionnante : Warhol, Keith Haring, Georg Condo…De même chez Van de Weghe on a le tournis : Fontana, Picasso, Cy Twombly, Richter ainsi que Calder dont on trouve de nombreux mobiles sur d’autres stands.
Même sélection de poids lourds du marché chez Waddington : sculptures de Flanagan, tableaux de Dubuffet, de Soulages…
Chez Seroussi deux beaux Martial Raysse sont exposés ainsi qu’un Yves Klein de feu. Thaddaeus Ropac expose Bazelitz et Yan Mei Ping, la galerie Templon Garouste, Chiharu Shiota et Jan Fabre et ses si caractéristiques élytres de coléoptères sur bois. Vallois présente une immense Nana de Niki de Saint Phalle et une œuvre de Tinguely.
Et l’on pourrait continuer ainsi à l’infini. Malgré un prix d’entrée prohibitif (35 euros), un seul conseil : précipitez vous à la Fiac. Vous en sortirez étourdi et ravi !

Niki de Saint-Phalle, « Nana »,1970, galerie Natalie Seroussi , Fiac 2013

En quittant le Grand Palais, n’oubliez pas les autres manifestations : Cutlog, Show off, Outsider Art Fair, Yia Art Fair, Slock, Art Elysées.

Golnaz Fathi, « Untitled 2″, 2012, The Third Line, Fiac 2013

Et pensez verdure. La Fiac expose aux jardins des Tuileries, sur les berges de la Seine, au jardin des Plantes et place Vendôme.

FIAC, Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75 008 Paris, du 24 au 27 octobre de12h à 20h, nocturne le 25 jusqu’à 21h

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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