François-André Vincent, un artiste entre deux siècles

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François-André Vincent, « Alcibiade recevant les leçons de Socrate », 1777,Musée Fabre de Montpellier, exposition Musée des Beaux-Arts de Tours.


Fragonard et « Le verrou » vous connaissez. David et le « Sacre de Napoléon » également. En revanche pour Vincent, vous faites une moue dubitative avant de reconnaître que vous ignorez totalement de qui il s’agit. C’est bien dommage car vous passez à côté d’un artiste multiple qui, à cheval entre le XVIIIème siècle et le XIXème, a su intégrer l’évolution des styles, des goûts et des techniques.
Amiénois d’origine, j’ai découvert il y a bien longtemps cet artiste en me promenant dans les salles du musée de la ville. J’avais été attiré par un tableau de facture néo-classique à la mise en scène dramatique « Arria et Poetus » peint par François-André Vincent (1746-1816) dont je découvrais ainsi l’existence. Il représente une romaine qui vient de se poignarder afin de montrer à son époux, condamné suite à un complot, que se donner la mort est chose facile. Bien des années plus tard, en 2007 pour être précis, je tombe sur un tableau de l’artiste à Drouot traitant une variante du même sujet car Arria montre le poignard à Poetus avant de se tuer. Le tableau a été adjugé 115 000 euros. En mars 2008, à la Tefaf de Maastricht, je retrouve ce tableau, légèrement restauré, sur le stand de la galerie new-yorkaise Richard L Feigen. Vendu avec la galerie Aaron, ils en demandent la coquette somme de 575 000 euros. En 2009, toujours dans la même galerie, je m’informe sur le sort de ce tableau et la galeriste me précise qu’il a été vendu à une institution américaine.

François-André Vincent, « Arria et Poetus », 1787 ou peu après, collection particulière, exposition Musée des Beaux-Arts de Tours.


Il y a maintenant une dizaine de jours, je vais à Tours, assez joyeux à l’idée de découvrir l’œuvre de Vincent enfin exposée à l’occasion de la publication d’un ouvrage de référence réalisé par Jean-Pierre Cuzin, grand spécialiste de l’artiste. Et j’ai la chance de contempler à nouveau une version de mon tableau « Arria et Poetus » appartenant à une collection privée. Le tableau de « l’institution américaine » (en fait le musée de Saint Louis) que j’avais vu à Maastricht sera présenté à Montpellier. Fin de l’histoire personnelle et retour à l’exposition du musée des Beaux-Arts de Tours.
On y découvre un artiste multiforme : dessinateur virtuose notamment dans ses caricatures, portraitiste sensible et attentif à son modèle, peintre de l’intimité dans ses scènes d’intérieur à l’atmosphère chaleureuse et ouatée, artiste au pinceau solennel dans les représentations antiquisantes ou historiques François-André Vincent adapte sa technique et sa palette à son sujet.
Comme le titre l’exposition, il passe de Fragonard à David en gardant un sens inné de la mise en scène et des couleurs. Seuls ses tableaux d’histoire, notamment « Molé et les factieux », sont peu convaincants.

François-André Vincent, « Portrait de madame Boyer-Fonfrède et de son fils », 1796, musée du Louvre, exposition du musée des Beaux-Arts de Tours.


En revanche, on craque volontiers sur la délicatesse voluptueuse et amoureuse de « La leçon de dessin ». On s’étonne de la facilité avec laquelle au fil du temps ses tableaux mythologiques passent de l’élégance précieuse et raffinée du XVIIIème siècle à la raideur majestueuse du néo-classique si chère à David. « Alcibiade recevant des leçons de Socrate » appartient au XVIIIème siècle finissant alors qu’ « Arria et Poetus » ou « La mélancolie » incarnent à la perfection la recherche de l’Antique. Quant aux portraits, ils sont superbes. La plupart de ceux présentés datent de la période révolutionnaire. Ils montrent une bourgeoisie aisée ou une aristocratie apaisée après les horreurs de la Terreur. Tout est calme et tranquille, la vie reprend son cours. Les scènes de genre vous plongent dans un univers assez proche des romans de Jane Austen, exaltant l’existence organisée d’une élite toujours attachée à la vie rurale. C’est le cas de « La leçon de labourage ». Cet hommage à l’agriculture montre un fils de famille, vêtu avec élégance, ses chausses blanches risquant à tout moment les souillures de la terre, suivant dans un champ les instructions d’un paysan sous le regard attentif et confiant de ses parents. Il s’en dégage une impression d’harmonie et de bonheur paisible.
Cette harmonie, vous la ressentirez encore en sortant de l’exposition !
Exposition « François-André Vincent, un artiste entre Fragonard et David », musée des Beaux-Arts de Tours jusqu’au 19 janvier puis musée Fabre de Montpellier du 8 février au 11 mai.

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