Tableaux anciens: Paris est une fête

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« Le jeune Gaston, dit l’Ange de Foix », 1838 de Claudius Jacquand (1804-1878), donné aux musées nationaux avec réserve d’usufruit. Galerie Michel Descours

Les salons sont comme les bons vins. Certains d’entre eux arrivent assez vite à maturation et donnent rapidement le meilleur d’eux. C’est le cas de Paris Tableau qui se tient au Palais Brongniart pour la troisième année consécutive. Cette manifestation regroupe 22 marchands de peinture ancienne du XVIème au XIXème siècle ainsi que deux galeries de cadres. Il y a trois ans le pari n’était pas gagné. Une telle réunion pouvait-elle trouver sa place entre la Biennale des Antiquaires de Paris, la Brafa de Bruxelles et la Tefaf de Maastricht ?

« Christ moqué », Giacomo Cavedone (1577-1660), présenté par la galerie Canesso/


Eh bien oui ! En vous y rendant, vous aurez l’impression, dans une atmosphère feutrée loin de l’effervescence des foires d’art contemporain, d’évoluer dans un musée car les œuvres présentées sont souvent d’une qualité remarquable. Tout pourtant est à vendre à des prix allant de 10 000 euros à 3 500 000 euros. Des sommes qui semblent importantes mais pourtant bien loin des sommets de l’art contemporain.

« L’éruption du Vésuve du 15 juin 1794″ Pierre Jacques Volaire (1729-1799); galerie Charles Beddington.


L’intérêt de cette manifestation n’est pas seulement mercantile. Des conférences sont proposées et une exposition est organisée. Cette année elle a pour thème « Sous réserve d’usufruit ». Il s’agit de démontrer l’importance pour l’enrichissement des collections nationales des donations réalisées par les collectionneurs. Or la donation sous réserve d’usufruit est peu connue. Elle permet à un particulier de donner de son vivant un tableau à un musée tout en en gardant la jouissance sa vie durant. Tout le monde y trouve son intérêt. Le musée pourra un jour accrocher l’œuvre sur ses cimaises et le collectionneur en profiter tout en ayant droit à un avantage fiscal.

« Jésus chassant les marchands du temple », Le Guerchin (1591-1666), galerie Coll et Cortés


Sa générosité lui ouvre le bénéfice de la réduction d’impôt pour don. Elle est égale à 66 % de la valeur en nue-propriété déterminée en fonction de votre âge au moment de la donation sans pouvoir dépasser 20% de votre revenu imposable. Mais si dépassement il y a, les montants non utilisés peuvent encore vous donner droit à réduction pendant cinq ans. C’est ainsi que « Le jeune Gaston, dit l’Ange de Foix », œuvre d’esprit Troubadour peinte en 1838 par Claudius Jacquand (1804-1878) entrera grâce aux conseils de la galerie Michel Descours dans les collections nationales.

« Etude d’un vieil homme », Peter Paul Rubens (1577-1640), galerie Weiss


Mais revenons aux galeries et aux œuvres qu’il vous sera susceptible d’acheter. Ma sélection est purement subjective car en la matière, je ne crois absolument pas à la stratégie d’investissement dans des œuvres supposées « bankable » à court, moyen ou long terme. Un tableau c’est avant tout une rencontre avec un artiste, une émotion ressentie, une attirance les yeux perdus dans la contemplation. Après vient le temps de la réflexion, de la discussion et de la négociation autour du prix demandé. La meilleure des plus-values sera ensuite de contempler votre achat chez vous. Mais vous réaliserez certainement, sans y avoir même pensé, une belle affaire, car les œuvres anciennes sont de plus en plus recherchées même si certains thèmes nécessitent un minimum de culture classique.

« Riche et pauvre », Alfred de Dreux (1810-1860), galerie Jean-François Heim


Les représentations bibliques sont nombreuses et parfois d’un abord difficile. Mais elles provoquent toujours une profonde émotion et nous obligent à une interrogation sur le sens de la vie. C’est le cas du magnifique tableau proposé par la galerie Canesso, « Christ moqué » de Giaocomo Cavedone (1577-1660). D’un style caravagesque avec des effets saisissants de contrastes et de lumière, cette œuvre rare est proposée à 380 000 euros. Tout aussi merveilleux est le « Saint-Jean l’Evagéliste à Patmos » proposé par la galerie Habolt. Oeuvre du Français Nicolas Régnier (1590-1667), lui aussi très influencé par Caravage, il a été réalisé pendant sa période romaine. Le visage tourné vers le ciel, le corps entouré d’une tunique pourpre, le paysage sombre et orageux dramatisent la scène et hypnotisent le spectateur. Ce tableau virtuose est proposé à 225 000 euros.

« Sir Thomas Wyatt le Jeune (1521-1554) », Hans Holbein le Jeune (1497/8-1543), galerie Weiss


On reste également stupéfait devant la délicatesse douloureuse de cette Pietà d’Agostino Melissi (1615-1683) de la galerie Sarti. Le Christ mort paraît alangui soutenu par un disciple alors que la Vierge, les bras écartés, contemple ce corps meurtri comme impuissante, paralysée de douleur et pourtant sereine face au sacrifice consenti. Le prix est confidentiel.

« Caprice avec ruines, pont et lagon », Francesco Guardi (1712-1793), galerie Cesare Lampronti.


L’amateur qui préfère des scènes plus joyeuses trouvera son bonheur. La galerie de Jonckheere, spécialiste des peintres flamands propose toujours des œuvres réjouissantes exaltant un art de vivre joyeux et ripailleur. C’est le cas de cette « Auberge Saint-Michel » de Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638). Mais je préfère de beaucoup les scènes d’hiver. Elles ont un côté irréel et pourtant festif. C’est le cas de cette « scène de patinage sur un lac gelé » d’Adam Van Breen (1590-1645). On y distingue de riches bourgeois s’adonnant aux joies de l’hiver. Le contraste des costumes noirs et rouges sur le blanc de la glace est diablement séduisant. Il faut compter 580 000 euros pour emporter ce tableau.

« Portrait d’une jeune fille de treize ans », Ecole du Nord, Pays-Bas, vers 1620, galerie David Koetser.


La peinture du XVIIIe siècle offre également de magnifiques paysages. Les caprices de Francesco Guardi (1721-1793), paysages imaginaires de lagune avec ruines vous transportent immédiatement à Venise et vous plonge ave délice dans les mémoires de Casanova. La galerie Cesare Lampronti en propose ainsi plusieurs.

« L’auberge Saint-Michel », Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638), galerie de Jonckheere.


Pierre-Jacques Volaire (1729-1799) est connu pour ses paysages de volcans en éruptions. Charles Beddington propose ainsi « L’éruption de Vésuve du 15 juin 1794 ». Les nuages et la mer rougis par les crachements de lave contrastent avec un ciel de nuit et une lune presque oubliée dans son coin. Sur le devant du tableau, des napolitains contemplent le spectacle comme s’ils assistaient à un feu d’artifices. Une merveille au prix de 200 000 euros.

« Portrait d’une dame de qualité », François Clouet (1510-1572); galerie Leegenhoek


On peut également s’intéresser aux scènes de genre. La plus amusante est certainement ce tableau d’Alfred de Dreux (1810-1860) présenté par Jean-François Heim. Elle représente deux toutous, la levrette couverte d’un manteau livrée étant le riche, l’épagneul assis à l’air renfrogné le pauvre. On se croirait dans « Belle et le Clochard ». Un tableau qui vous met de bonne humeur.

« jeune dame noble espagnole », Sofonisba Anguissola (1532-1625), galerie Weiss


L’une des caractéristiques ce troisième Paris-Tableau, c’est le retour en force des portraits. Ce genre, considéré pendant longtemps comme le plus noble, retrouve grâce auprès des collectionneurs. La peinture ancienne bénéficie peut-être ici de l’enthousiasme suscité dans les salles de ventes par les portraits des maîtres de l’art moderne et contemporain qu’on pense à Picasso, Bacon ou Freud. Toujours est-il que l’amateur aura l’embarras du choix.

« Le chapeau de paille « , Alfred Stevens (1823-1906), galerie Talabordon et Gautier


Dans ce domaine, la galerie Weiss est exceptionnelle. Spécialiste des portraits Tudor, elle présente une sélection époustouflante. On reste pantois devant le profil de « Sir Thomas Wyatt le Jeune par Hans Holbein (1497/8-1543). Peintre de la cour d’Henri VIII, c’est l’un des plus grands portraitistes de la Renaissance. Ce tondo est remarquable car l’artiste y délaisse les canons des portraits d’apparat pour représenter un homme jeune regardant au loin vers l’avenir. Le prix de cette pure merveille déjà présentée à la Tefaf est d’environ 4,2 millions d’euros.

« Pietà », Agostino Melissi (1615/16-1683), galerie Sarti


Autre découverte proposée par la galerie Weiss : une étude d’homme âgé par Rubens (1577-1640). La barbe touffue, le nez épais, les rides marquées, le visage tourné vers la gauche ce visage est d’un grand réalisme. Il pourrait s’agir d’une étude pour la représentation d’un saint ou d’un apôtre. Il est présenté pour un prix d’1,8 million d’euros.

« Saint-Jean l’Evangéliste à Patmos », Nicolas Régnier (1590-1667), galerie Habolt


On trouve aussi sur le stand de Mark Weiss un Frans Pourbus le Jeune (1569-1622) représentant Louis XIII en pourpoint blanc et cordon rouge de l’ordre du Saint-Esprit, la solennité du portrait étant adoucie par la moustache naissante du jeune souverain. Il est affiché à 780 000 euros.

« Paysage hivernal avec patineurs sur un lac gelé », Adam Van Breen (1590-1645), galerie de Jonckheere.


Quant aux dames, elles sont nombreuses et souvent délicieuses à croquer. On peut ainsi passer du « chapeau de paille » charmante élégante d’Alfred Stevens au portrait en pied d’une jeune noble espagnole par Sofonisba Anguissola dont la robe blanche empesée et la fraise lui donne cet aspect glacé et rigide qu’on s’imagine trouver à l’Escorial sous le règne de Philippe II de Habsbourg. Elle est proposée à 420 000 euros environ.
Enfin, il faut absolument contempler ce portrait de noble dame de François Clouet (1510-1572), portraitiste de la cour des Valois. Sereine, douce et calme dans sa tenue noire, elle inspire la tendresse et a tous les atouts pour avoir séduit François Ier ou Henri II dont le goût des jolies femmes est bien connu.Sans oublier ce délicat portrait de jeune fille au visage rond et serein, une école du Nord proposée à 45 000 euros.

Paris Tableau, du 13 au 17 novembre au Palais Brongniart, place de la Bourse de 11h à 22h, nocturne le 15 jusqu’à 22h, fermeture à 17h le 17 novembre

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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