Splendeurs de l’art Qadjar: un portrait de Fath Ali Shah à Londres

marche-de-l-art, publié le

« Portrait de Fath Ali Shah et d’un prince », huile sur toile attribuée à Mihr Ali, Perse, vers 1820, (222,5 sur 162,5cm), adjugé 2 994 500 livres à Londres, vente Sotheby’s, 9 avril.


Je dois l’avouer. Je ne connais pas grand-chose aux arts de la Perse. Comme tout à chacun, j’ai pu admirer dans les magazines les joyaux des souverains, contempler le trône du Paon incrusté de pierres précieuses et, enfant, rester ébahi devant mon poste de télévision par le faste de Persépolis fêtant les 2500 ans de la monarchie perse.
Et puis, à force de fréquenter les salles de ventes et les musées, j’ai découvert l’art Qadjar. Il s’est développé sous la dynastie du même nom qui régna sur la Perse de 1786 à 1925. Cet art de cour me fascine et plus particulièrement les portraits. De couleurs vives et franches, ils sont à la fois solennels et naïfs, guindés ou familiers, somptueux ou dépouillés. Les visages sont pâles, montrant ainsi l’appartenance à l’aristocratie, les yeux sombres en amandes sont soulignés par de noirs et longs sourcils. Les poses sont figées mais le regard serein. Les costumes sont somptueux, brodés d’or, surchargés de pierreries. Les personnages sont posés dans des décors de draperies, de tapis, entourés parfois d’objets précieux. On est plongé dans « Les Mille et une nuits ».
Le 9 avril dernier, Sotheby’s Londres, dans le cadre de sa vente d’art islamique, proposait un de ces portraits de cour, une œuvre exceptionnelle de grande taille. Il s’agit du portrait du deuxième souverain de cette dynastie Fath Ali Shah (1772-1834) dont le règne a duré près de quarante ans (1797-1834). Pendant son règne, les arts renaissent, s’épanouissent pour créer ce mode d’expression presque joyeuse assez caractéristique des créations Qadjar. On y voit le Shah, à la longue barbe (la plus longue du royaume selon la tradition) assis, vêtu d’une tunique rouge sertie de pierreries, la tête surmontée d’une tiare. A ses côtés, figure un jeune homme à l’attitude réservée, dont la tenue sombre, plus « modeste » est de conception plus européenne. Il s’agirait du prince Muhammad Mirza qui devait succéder à Fath Ali Shah en 1834.
Ce double portrait réalisé vers 1820 est attribué à Mihr Ali (1795- après 1830). Cet artiste était l’un des peintres officiels de la cour durant le règne de Fath Ali Shah. En Iran, il est réputé comme l’un des plus grands portraitistes de cette époque. Il peignit plusieurs fois le souverain à la longue barbe dont de nombreux portraits se trouvent dans des grands musées (L’Ermitage de Saint-Pétersbourg, la British Library à Londres ou le château de Versailles). L’œuvre proposée par Sotheby’s impose la grandeur et la puissance du souverain tout en donnant une image presque romantique et idéalisée de l’homme réputé séducteur. Il avait en effet un harem de plus de 100 femmes et pas moins de 200 enfants !
Ce portrait royal, une pure merveille, était estimé 1 500 000 à 2 500 000 livres. Il a trouvé preneur pour 2 994 500 livres. Le prix à payer pour cet insigne témoignage des splendeurs de la cour du Shahinshah.

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1 commentaire

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myster k

Merci cher monsieur des arts pour ce remarquable cours d’histoire.


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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