Pierre-Antoine Demachy: un peintre urbain

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« Vue du Palais Bourbon » Pierre-Antoine Demachy, Assemblée Nationale, Musée Lambinet, Versailles.


N’ayons pas peur de le dire. Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) n’a pas laissé une trace marquante dans l’histoire de l’art du XVIIIe siècle. Si Fragonard et Boucher sont connus pour leurs scènes élégantes et voluptueuses, si Hubert Robert séduit par ses paysages de ruines antiques posées au milieu de campagnes ressemblant à des jardins anglais, les tableaux de Demachy illustrent plus couramment les livres d’histoire consacrés à l’urbanisme que ceux présentant les plus beaux tableaux du siècle des Lumières. Il est vrai que Demachy est un peintre d’architecture, de paysages urbains. Pendant toute sa carrière, il multiplie les vues de ruines fantaisistes dans le style de Panini, d’intérieurs d’églises réelles ou inventées. Ces images sont belles mais manquent de virtuosité. On y sent une certaine sagesse dans la conception, un manque d’audace qui ne permet pas de comparer Demachy aux artistes italiens de la même époque ou à Hubert Robert qui reste le maître français incontesté de ces caprices architecturaux. Peut-être faut-il y voir l’influence de son activité de concepteur de décors de théâtres et d’opéras s’effaçant devant l’œuvre musicale afin de créer des décors de fantaisie répondant à des critères scéniques bien précis ? Leur découverte est cependant fort intéressante car dans ces tableaux on trouve souvent trace d’œuvres réelles. C’est le cas de ces « ruines animées » où l’on découvre le célèbre Hercule Farnèse mais aussi la « Vénus Médicis » de Praxitèle, le « Discobole » de Myron ou le « Doryphore » de Polyclète

« Caprice architectural avec le château de Clagny à Versailles », Pierre-Antoine Demachy, musée Lambinet Versailles.


Mais Demachy est aussi et surtout à nos yeux le témoin attentif de la vie parisienne. Pendant toute sa carrière, vivant comme beaucoup d’artistes dans l’enceinte du Louvre, il « photographie » l’évolution de la capitale. Et l’on découvre que bien avant les aménagements du baron Haussmann, on détruit beaucoup à Paris. Plusieurs tableaux et dessins en témoignent : démolition de l’ancien vestibule du Palais-Royal, de l’église des Saints-Innocents ou du couvent des Cordeliers, dégagement de la colonnade du Louvre… Ses tableaux sont précis, descriptifs et montrent les embarras qui en résultent, la curiosité des passants, la vie qui continue… Encore plus intéressantes sont les vues de Paris, surtout celles de la Seine ou de la place de La Concorde. Non seulement on y voit des monuments disparus ou toujours existants comme l’Hôtel de la Marine, mais l’œil est attiré par la vie foisonnante de Paris. Le long du fleuve on aperçoit les lavandières, le linge étendu sur les quais, les chevaux ou les vaches se rafraichissant dans l’eau, les bateliers en pleine opération de débardage. On assiste à des manifestations publiques d’importance comme la fête de l’Unité sous la révolution avec un autodafé des titres féodaux ou l’envol en 1784 des Tuileries de l’aérostat de Robert et Hullin, attirant la foule et créant un encombrement de carrosses digne de nos embouteillages… L’artiste y apporte une touche intimiste : on y voit des chiens vaquant à leurs occupations, des badauds contemplant le fleuve, une foule de curieux guettant l’arrivée du carrosse royal à Paris pour fêter la naissance du Dauphin. Sous nos yeux la capitale s’anime, vit, travaille, s’abandonne aux loisirs, se révolte…
Et c’est dans l’illustration de cette urbanité, par bien des côtés pas si éloignée de notre univers contemporain, que Demachy séduit.

« Le choeur d’une église animée de personnages »,Pierre-Antoine Demachy, courtesy galerie Erric Coatalem, Musée Lambinet, Versailles.


Alors rendez-vous à Versailles au ravissant musée Lambinet qui expose jusqu’au 18 mai une cinquantaine d’œuvres de l’artiste. Et si en sortant du musée, vous souhaitez éviter les foules touristiques qui envahissent le château, rendez vous dans le quartier Saint-Louis à la découverte olfactive de la cour des senteurs. Poursuivez par la salle du Jeu de Paume connue pour son fameux serment et terminez par un havre de paix et d’équilibre horticole, le Potager du Roi tracé à la demande de Louis XIV. Après la visite commentée par de savants et passionnés jardiniers, vous pourrez y acheter la production de fruits et légumes. En somme, vous deviendrez en tant que consommateurs, les successeurs des rois et courtisans. Un merveilleux programme gustatif !

« Le témoin méconnu, Pierre Antoine Demachy », musée Lambinet, 54 boulevard de la Reine, Versailles, tous les jours de 14h à 18h sauf le vendredi et les jours fériés.

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