François Gérard, portraitiste des empereurs et des rois

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Juliette Récamier(1777-1849), 1802-1805, Paris musée Carnavalet.


Quand on évoque les grands peintres de l’époque napoléonienne, on pense immédiatement à David, génial metteur en scène du couronnement de l’empereur. Pour les portraits, on évoque Girodet et encore plus Ingres. Mais on oublie François Gérard (1770-1837). Pourtant, de son vivant, cet artiste était adulé des familles régnantes, de la noblesse et de l’intelligentsia. Alexandre von Humboldt, grand géographe allemand, ne lui écrivait-il pas « Lorsqu’il s’agit de votre nom, l’intérêt a des échos du Rhin jusqu’au Tibre, et du Tibre jusqu’à la Neva ». Heureusement, à l’occasion du bicentenaire des adieux de Napoléon I, le château de Fontainebleau lui consacre une très belle exposition.
Elève de Pajou et David, Gérard connut ses premiers grands succès dans l’art du portrait. Ceux de Mlle Brongniart et du peintre Isabey et de sa fille assurèrent sa réputation. Il devint vite le « chouchou » de tout ce qui comptait à Paris. Deux portraits connus en attestent. Le premier représente la délicieuse Juliette Récamier, son visage mutin, sa peau de porcelaine, dans une pose alanguie mettant en valeur sa beauté. Plus dynamique est celui de Madame Tallien debout, en mouvement, les plis de sa robe laiteuse suggérant ses formes, son visage rond surmonté d’une couronne de fleurs délicates… Toute la féminité du Consulat et de l’Empire est ici présente.

Joachim Murat(1767-1815) en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la garde des consuls », 1801. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.


Très vite, le Premier Consul et ses proches lui passèrent commande. Il devint ainsi l’un des portraitistes les plus sollicités de la famille impériale. L’exposition présente une série de grands portraits de cour. Qu’il s’agisse des impératrices Joséphine ou Marie-Louise, de la reine Hortense, de Julie Clary reine d’Espagne ou des frères de l’empereur on est subjugué par le faste de ces portraits. Les visages ne sont pas figés dans une apparence officielle. On y perçoit le caractère de ces importants personnages, teinté parfois d’une certaine fragilité dans le regard. La mise en scène est somptueuse, la soierie des robes et des uniformes brodés d’or, la lourdeur des tentures, les insignes de la puissance et parfois même la beauté sage des enfants, tout concourt à la magnificence de ces splendides portraits d’apparat.

Caroline Murat (1782-1839), reine de Naples et ses enfants, 1808 ou 1809-1810; musée national du château de Fontainebleau.


Cette virtuosité, on la retrouve également dans les portraits de la Restauration. L’élégance de la duchesse de Berry et de ses enfants, la solennité de Charles X en uniforme de colonel établissent une distance tenant à la fonction tout en créant une certaine intimité avec le sujet.
Parfois l’artiste n’hésite pas à faire preuve de plus d’audace. A cet égard, le portrait de Joachim Murat est remarquable. L’artiste ne représente pas seulement le beau-frère de Napoléon Ier, le futur roi de Naples mais le « beau gosse » aux boucles brunes, à l’uniforme rutilant, aux culottes rouges moulantes mettant en valeur ses jambes et ses fessiers athlétiques, le dolman vert, la fourrure grise exaltant la vigueur de ce corps d’officier. Si la grande-duchesse de Gérolstein sortie de l’imagination d’Offenbach avait existé à l’époque elle chanterait certainement « Ah que j’aime les militaires ! Leur air vainqueur, leurs manières… ».

Marie-Julie Clary (1771-1845), reine d’Espagne et ses deux filles, 1808-1810; musée national du château de Fontainebleau.


Ce succès auprès de la Cour impériale se répandit comme une trainée de poudre en Europe. Un épisode en atteste. En une seule journée en 1814, Gérard reçut dans son atelier le roi de France Louis XVIII, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III et le tsar de Russie Alexandre Ier. De petites huiles présentées à l’exposition en témoignent notamment celle du tsar dont le grand portrait se trouve au château de la Malmaison. Cette présence de trois souverains dans l’atelier du peintre donne également l’image d’une Europe apaisée après les guerres napoléoniennes, un équilibre qu’on voudrait voir aujourd’hui rétabli alors que nos dirigeants s’agitent en tous sens en raison de la crise ukrainienne. Cette exposition est l’occasion rêvée d’espérer une telle réconciliation. D’ailleurs, les visiteurs russes auront le plaisir de lire des cartouches explicatifs dans leur langue.

Alexandre Ier (1777-1825), tsar de Russie, 1814-1817, musée national de châteaux de Versailles et de Trianon.


Mais revenons à l’exposition. En dehors des portraits d’apparat et des commandes officielles, Gérard est également un portraitiste de l’intime. La psychologie de ses modèles est alors étonnante. Il saisit un regard, une expression, la force, la mélancolie ou la douceur d’un caractère, la joie de vivre… Ces impressions diverses, on les ressent en contemplant les délicats portraits des ravissantes comtesse Walewska, duchesse de Vicence et princesse Grassalkovich de Gyarak, en s’attardant sur la belle Mlle Mars, actrice célèbre ou sur le jeune et fringuant général Colbert de Chabanais…

Marie Leopoldina, princesse Grassalkovich de Gyarak née Ezterhazy de Galantha (1776-1864), musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.


L’exposition est superbe. Une journée à Fontainebleau s’impose.
François Gérard (1770-1837) portraitiste « peintre des rois, roi des peintres », exposition jusqu’au 30 juin 2014 au château de Fontainebleau.

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