Portraits néo-impressionnistes, images de l’âme

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Georges Lemmen (1865-1916), « Les deux soeurs ou les soeurs Serruys »,1894, Indianapolis Museum of Art, The Holliday Collection. Exposition Espace culturel ING.


Profitez des vacances de Pâques et des ponts du mois de mai pour une escapade à Bruxelles. Après la visite du musée Magritte, prenez le temps de traverser la place royale pour vous rendre juste en face à l’espace culturel ING. La célèbre banque au livret orange y parraine une merveilleuse exposition : « Le portrait néo-impressionniste 1886-1904 ». En partenariat avec l’ Indianapolis Museum of Art, elle propose un dialogue d’une extraordinaire richesse entre artistes français et belges, tous, à des degrés divers, liés au mouvement néo-impressionniste. Pour les commissaires de l’exposition tout commence en 1886 avec le célébrissime tableau de Seurat « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte ». Et se termine en 1903 avec une autre œuvre de Théo Van Rysselberghe « Une lecture » montrant le poète Emile Verhaeren déclamant ses vers à une assemblée attentive d’amis écrivains et peintres. On y reconnait en effet André Gide, Maurice Maeterlinck ou Henri-Edmond Cross. Ces deux tableaux ne sont pas exposés mais entre ces deux dates, une période féconde d’échanges créatifs sur le thème de la couleur et de la lumière donnera naissance au pointillisme et au divisionnisme.

Théo Van Rysselberghe (1862-1926) « Maria Sèthe à l’harmonium », 1891, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers. Exposition Espace culturel ING.


L’originalité de l’exposition est de se concentrer sur le seul art du portrait alors que les grands artistes de cette époque sont surtout connus pour leurs paysages. L’œuvre peint de Signac ne compte en effet que quatre portraits et celle de Seurat un tableau et plusieurs dessins. Pourtant dès l’entrée de l’exposition, l’œil peut comparer « Le portrait de ma mère » de Signac et un « portrait de Signac » par Seurat. On y voit immédiatement « la touche française » du portrait néo-impressionniste : une certaine distanciation par rapport au modèle, un éloignement voulu, des attitudes retenues, une certaine froideur élégante… Cette impression se confirme dans les portraits un peu guindés d’Albert Dubois-Pillet. Les personnages, sur un fonds de tapisseries fleuries, ne vous regardent pas. Ils sont perdus et figés dans leurs pensées. L’impression est la même chez Achille Laugé. La lumière vient du paysage, d’une fenêtre ouverte sur l’extérieur. Les visages sont sereins, calmes, les silhouettes presque sculpturales et massives. Le portrait en pied de madame Astre est à cet égard exceptionnel. Le sourire est à peine esquissé. La blancheur et la raideur de la robe rendent le modèle presque solennel dans un décor lui aussi laiteux. On dirait le portrait de cour d’une infante d’Espagne rigidifiée dans son vertugadin. Seule exception: « Le groom ou le cireur de bottes » d’Henri Delavallée, le jeune homme distrait de son travail, vérifiant que personne ne le voit lisant « Gil Blas » un périodique parisien d’esprit léger.

Georges Lemmen (1865-1916), « Autoportrait », 1890; collection privée; exposition Espace culturel ING.


Puis on passe aux artistes belges et cette réserve française disparaît pour un humanisme profond à la recherche de l’âme du modèle. Je n’évoquerai pas la naissance du néo-impressionnisme en Belgique, son essor et son succès. Les cartouches explicatifs de l’exposition sont à cet égard particulièrement clairs. Non je m’arrêterai aux seules œuvres de ces artistes belges un peu ignorés des Français qui ont tendance à considérer que tout ce qui touche à l’impressionisme et à ses différentes déclinaisons ne peut être qu’hexagonal.

Georges Morren (1868-1941), « Dimanche après-midi », 1892, Indianapolis Museum of Art, Collection Holliday; Exposition Espace culturel ING.


Les portraits d’Henry van de Velde, surtout connu comme architecte, dégagent une douce mélancolie. Son frère lisant devant la plage de Blankenberghe et cette femme à la fenêtre scrutant la rue d’un village sont l’image d’une tranquillité paisible mais aussi inquiète. On retrouve cette atmosphère dans « Dimanche après-midi » de Georges Morren, représentant une femme âgée de profil dans son intérieur propre et rangé, tournée vers la lumière de sa fenêtre.
Les portraits de Georges Lemmen sont exceptionnels. Il arrive à pénétrer l’âme de ses modèles, peut-être parce qu’il s’agit le plus souvent de proches. Ses tableaux sont à la croisée du pointillisme, du préraphaélisme et du symbolisme. Les différentes représentations de son épouse sont bouleversantes de délicatesse. Le tableau des sœurs Serruys est certainement l’un des plus beaux portraits de petites filles qui puisse exister. Quant à son autoportrait, on sent l’homme ombrageux, pessimiste et d’une sensibilité exacerbée.

Théo van Rysselberghe (1862-1926), « Emile Verhaeren dans son cabinet de travail, rue du Moulin, Bruxelles », 1892; Bibliothèque royale de Belgique, Archives et Musée de la littérature, Bruxelles. Exposition Espace culturel ING.


L’impression est toute différente avec Théo Van Rysselberghe. Il réinvente le portrait de famille dans un mode intimiste. On entre dans une atmosphère bourgeoise et heureuse, dans des intérieurs raffinés et précieux. Les enfants sont sages et bien habillés, les maîtresses de maison élégantes et raffinées. Les portraits reflètent la personnalité des modèles : bonhomie du docteur Weber, jeunesse triomphante et irradiante des trois portraits des trois sœurs Sèthe pour la première fois réunis dans une exposition, regard curieux de tout d’Emile Verhaeren…
Cette exposition est un vrai bonheur !

Henri Delavallée (1862-1943 ), « Le groom ou le cireur de bottes », 1890, Roberto Polo gallery Bruxelles, Exposition Espace culturel ING.


« Le portrait néo-impressionniste 1886-1904 », Espace culturel ING, 6 Place Royale, Bruxelles, jusqu’au 18 mai

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