A Bruxelles, l’oeuvre mystique de Zurbaran et Borremans

marche-de-l-art, publié le

Francisco de Zurbaran, » Sainte Casilda », 1635, Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza, Bozar exposition Zurbaran.


La capitale belge, on l’oublie souvent, propose des expositions de haute tenue. Cette année Bozar expose deux artistes qui a priori n’ont rien de commun. D’un côté l’austère Francisco de Zurbaran, peintre de la Contre-Réforme. De l’autre Michaël Borremans, l’une des stars belges du moment dont certaines œuvres ornent déjà les cimaises de la fondation Pinault.
Malgré les siècles qui les séparent, ces deux immenses artistes ont une inspiration commune. Leurs œuvres sont habitées par un mysticisme teinté de sensualité, par une retenue et une sobriété profondément attirante. C’est une peinture intellectualisée et pourtant incarnée.

Michaël Borremans « The Angel », courtesy Zeno X gallery, Anvers (photo Dirk Pauwels), Bozar exposition Borremans.


Présentés dans une pénombre sépulcrale et des envolées de musique sacrée digne d’un monastère , les tableaux de Zurbaran exaltent la puissance de la foi, une foi qui déplace les montagnes et habite le cœur de l’homme. Zurbaran se révèle l’interprète le plus fidèle des préceptes de la Contre-Réforme qui pour séduire les croyants préconise de faire simple, direct et exaltant. Ses tableaux, qu’il s’agisse de la représentation de saints ou de saintes, de corbeilles de fruits, de l’Agneau Pascal dégagent une impression de dépouillement qui paradoxalement, par les étoffes, l’harmonie des couleurs, la simplicité de la composition, la somptuosité des étoffes établit un sentiment d’intense ferveur.

Francisco de Zurbaran « Agnus Dei », 1635-1640, The San Diego Museum of Art, don de Anne R et Amy Putnam, Bozar exposition Zurbaran.


Dans ses derniers tableaux la palette s’adoucit mais les visages gardent cette sérénité qu’apporte la pratique simple de la religion. Son œuvre se veut réelle, directement lisible par le croyant. Mais cette simplicité conduit justement à l’intemporel et à la désincarnation. On approche alors du sublime !
Quittant cette obscurité propice à la réflexion, on entre dans un espace blanc, lumineux mais lui aussi monacal et l’on découvre alors les œuvres de Michaël Borremans. On y trouve cette même simplicité de moyens et d’expression, cette volonté de dépouillement total.

Michaël Borremanns, »10 et 11″ collection privée courtesy Zeno X gallery (photo Peter cox,Bozar exposition Borremans.


A la différence de Zurbaran, les visages sont souvent masqués, les personnages de dos. Ils sont inertes, muets, inquiets, perdus vers un ailleurs inconnu de nous. La touche est sensuelle, là aussi attirante. Pourtant, elle laisse percer un mal-être, un malaise, une solitude totale et désespérante qu’on retrouve chez les surréalistes belges. Une phrase de l’artiste résume l’esprit de son œuvre : « Je peins tout comme étant mort, mais la peinture est vivante, en tant que peinture ».

Francisco de Zurbaran « Saint François d’Assise au tombeau, vers 1635, Milwaukee Art Museum, Bozar exposition Zurbaran


En somme la peinture est un acte de vie, de résurrection, une activité mystique propre à réincarner l’homme. Zurbaran et Borremans sont des artistes inspirés par l’homme et la probable existence d’une puissance suprême qui dirige nos vies. Leurs œuvres sont magnifiques.

Michaël Borremans « Sleeper », 2007-2008, collection privée, courtesy Zeno X gallery Anvers (photo Peter Cox), Bozar exposition Borremans.


Bozar, palais des Beaux-Arts, 23 rue Ravenstein, Bruxelles.
Exposition Zurbaran, jusqu’au 25 mai. Exposition Borremans jusqu’au 3 août.
www.bozar.be

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