François Linke, le Monsieur « toujours plus » du mobilier

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François Linke (1855-1946). Lit en bois de violette, bronze et soie brochée, réalisé en 1920 probablement pour Albina Rodriguez Patino. Estimation: 300 000 à 500 000 dollars. Vente Sotheby’s New-York 6 juin.


Enfant puis adolescent et jeune adulte à l’époque des trois chaînes de télévision nationales, j’aimais regarder les spots publicitaires car ils ne trustaient pas l’écran. J’appréciais beaucoup Monsieur Bahlsen, et ses belles bacchantes. Surnommé Monsieur Plus, il ajoutait toujours plus de produits dans la fabrication des biscuits. Au risque de paraître aux yeux des historiens d’art comme un dangereux hérétique, l’ébéniste François Linke (1855-1946) me semble être le Monsieur Plus du mobilier. Cet ébéniste d’origine tchèque a passé toute sa carrière à réinterpréter le mobilier du XVIIIe siècle. Mais pas dans un style épuré comme on le voit dans l’Art Déco. Non pas du tout. Plus il y avait de bois précieux, de marqueterie, de putti ou de naïades en bronze aux formes parfaites, mieux c’était. Bref, il concevait du Rococo à la puissance 10.
Longtemps ringardisé, ce mobilier revient sur le devant de la scène. Certains meubles de Linke étaient ainsi proposés à dernière Biennale des Antiquaires à des prix stratosphériques, notamment un bahut croulant sous les bronzes chez Chadelaud. Une vente newyorkaise de Sotheby’s le 6 juin prochain présente une pièce d’exception. Un sommet dans la démesure stylistique. A ce niveau d’emphase mobilière, ce lit au style « baroco-rococo-kitsch » est une œuvre d’art exceptionnelle, un chef d’œuvre du genre qui mériterait de trôner dans une « period room » d’un musée. Il s’agit d’un lit énorme et somptueux damassé de soie, en bois de violette, aux bronzes de belles alanguies et d’angelots joufflus et rebondis. On y verrait volontiers la reine des nunuches Zahia Dehar, transformée en Marie-Antoinette de pacotille par Pierre et Gilles, accueillir ses clients pour des prestations « football ». Mais redevenons sérieux. En fait, ce meuble aurait été conçu pour Albina Rodriguez Patino, l’épouse du roi de l’étain. Ce dernier est connu pour l’extravagance des palais qu’il construisit en Bolivie. Ce lit sublime à force d’être surchargé occupait peut-être la villa Albina qu’il fit construire à Pairumani en hommage à son épouse. Pour ceux qui seraient tentés de s’y allonger, il faudra investir 300 000 à 500 000 euros.
Vente Sotheby’s New-York le 6 juin 2014.

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1 commentaire

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mister K

Très bien votre article, qui aurait donné il y a vingt ans une telle somme pour un tel lit ?


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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