L’art du portrait chinois à Hong-Kong chez Christie’s

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Zeng Fanzhi (né en 1964), « Raw beneath the mask », 2005. Estimation: 10 à 14 millions de dollars de Hong-Kong. Vente Christie’s Hong-Kong 24 mai (Christie’s images ltd).


En devenant une puissance économique de premier plan, la Chine a connu une effervescence artistique incroyable. L’amateur occidental a bien du mal à s’y reconnaître dans ce dédale de créativité, de courants, de modes de représentation. Tous les jours, les galeries d’art contemporain, les salles de ventes nous font découvrir des artistes jusqu’alors inconnus de notre vieille Europe. Christie’s organise samedi 24 mai à Hong-Kong une importante vente d’artistes chinois. Le catalogue est divisé en séries. L’une d’entre elles est nommée « Portraits of ourselves », une autre « Humanity and the figure ». Le thème abordé dans ces deux sections est celui de la représentation humaine, du portrait au sens large.
On est loin des représentations officielles très codées et solennelles des empereurs et des mandarins ou des portraits et représentations de propagande de l’ère Mao. Les artistes chinois contemporains mélangent aujourd’hui techniques traditionnelles, inspirations occidentales pour s’interroger sur la nature humaine, sur la place de l’homme dans une société en mouvement permanent où tout change, où tout bouge. Un monde dans lequel les repères s’effacent laissant l’être humain face à lui-même. Leurs œuvres ne sont pas agressives, volontairement subversives. Elles interrogent.
Cette interrogation sur la place de l’homme dans la société contemporaine est évidente dans l’œuvre de Zhang Xiaogang et de Zeng Fanzhi, deux artistes connus des occidentaux.

Zhang Xiaogang (né en 1958), « Bloodline: Big Familiy Series », 2006. Estimation 7 à 8 millions de dollars de Hong-Kong. Vente Christie’s Hong-Kong 24 mai (Christie’s Images ltd).


Le premier est connu chez nous pour ses tableaux de « bloodline, big family series ». On y voit un trait ou des tâches rouges au milieu de portraits figés de couples ou de familles. L’artiste s’est inspiré de photos anciennes. Les personnages ont un regard figé, perdu et pourtant doux et presque serein. Par certains côtés, on sent que l’artiste a étudié avec attention les portraits flamands de bourgeois engoncés dans leurs somptueux costumes noirs posant sur des fonds sombres. Ici, ces familles portent encore des vêtements « col Mao » et lorsqu’il y a un enfant sa tête est rouge, jaune, bleue ou verte, une façon de souligner l’importance accordée à cet être unique chéri par ses parents. Ces familles sont en attente, entre deux mondes, l’un purement communiste, l’autre intensément capitaliste. Arriveront-ils à traverser le pont afin de fusionner ces deux courants contradictoires ? Nul ne le sait. Le tableau de cette série présenté par Christie’s est estimé 7 à 9 millions de dollatrs de Hong-Kong soit environ 659 000 à 847 000 euros.
Quant à Zeng Fanzhi, il a été récemment révélé au public français par une belle exposition au musée d’art moderne de la ville de Paris. Il est connu pour sa série des masques. Des personnages à la modernité flamboyante et clinquante évoluent masqués dans la toile. Là encore, l’artiste ne dénonce pas l’évolution de son pays mais s’interroge sur la perte d’identité résultant du développement économique forcené de la Chine.

Liu Xiaodong (né en 1963), « Paysans jouant au mahjong », 1997. Estimation: 8 à 12 millions de dollars de Hong-Kong. Vente Christie’s Hong-Kong 24 mai (Christie’s images ltd).


L’un des tableaux présentés par Christie’s représente un jeune homme aux cheveux longs, au costume bien coupé, la fleur à la boutonnière marchant seul sur une route déserte. Son masque donne une impression d’assurance mais cache sa pensée, son anxiété car il marche vers un avenir qu’il ne connait pas, qu’il ne maîtrise pas. Sa solitude est également peut-être le signe d’une évolution des mentalités où les structures sociales classiques de la société chinoise éclatent au profit de l’individualisme occidental. Cette œuvre est estimée 20 à 25 millions de dollars de Hong –Kong ( environ 1,9 à 2,3 millions d’euros).
Christie’s présente également un superbe portrait d’homme sur toile brute. Il porte une veste de velours, son regard est intense, ses mains disproportionnées, une caractéristique des portraits de Zeng Fanzhi, sont croisées. Il donne une impression d’aisance, d’assurance et pourtant il émane de lui une certaine inquiétude sourde. En regardant cette œuvre on pense là encore à la peinture occidentale ancienne, à certains portraits de jeunesse de Van Dyck. Ce merveilleux tableau est estimé 10 à 14 millions de dollars de Hong-Kong( 940 000 à 1,3 million d’euros).

Zeng Fanzhi (né en 1964), « Mask Series 1997, n°17″. Estimation: 20 à 25 millions de dollars de Hong-Kong. Vente Christie’s 24 mai. (Christie’s Images ltd).


Les tableaux de Wang Yidong sont beaucoup plus traditionnels. Il est connu pour ses sujets « culturels », ses musiciennes ou ses beautés pâles vêtues de rouge vif. Ces tableaux sont précis, d’une technique virtuose, d’un réalisme saisissant au point qu’on pense à des photographies. Ces tableaux frôlent l’académisme par son respect des traditions et sont pourtant d’une grande modernité par leur hyperréalisme. C’est le cas de Yi River qui représente deux jeunes filles modernes dans la nature, l’une d’entre elles tendant la main vers un filet d’eau. Un peu boudeuses, elles attendent on ne sait quoi. Cette toile est estimée 6 à 8 millions de dollars de Hong-Kong (565 à 752 000 euros).

Wang Yidong (né en 1955), « Yi River », 1995. Estimation: 6 à 8 millions de dollars de Hong-Kong. Vente Christie’s Hong-Kong 24 mai (Christie’s images ltd).


Enfin deux œuvres de Liu Xiaodong attirent l’œil. L’un d’entre eux, « paysans jouant au mahjong » relève, comme le souligne Aurélia Chabrillat, spécialiste des arts asiatiques contemporains et du XXe siècle chez Christie’s « du reportage des temps modernes, une sorte de journal intime d’événements familiers ». Certains des personnages, dans une lumière crue, fixent l’artiste comme interrompus dans leur jeu passionné. On sent bien qu’ils sont un peu les oubliés du développement économique, des travailleurs épuisés par les rythmes des usines. Le jeu est une façon d’oublier, de vivre autrement. Il faut compter 8 à 12 millions de dollars de Hong-Kong (750 000 à 1,2 millions d’euros environ) pour emporter cette œuvre.

Liu Xiaodong ( né en 1963), « Dreaming », 1991. Estimation:3 à 4 millions de dolalrs de Hong-Kong. Vente Christie’s Hong-Kong 24 mai (Christies images ltd).


Une autre toile de l’artiste « Dreaming » est d’un style diamétralement différent. Elle représente un homme nu, assis, la tête relevée, les yeux clos, dans une position presque inconfortable. Rêve t-il vraiment ou vit-il un cauchemar ? L’homme est fragile, sensible et malléable. Ce portrait est très marqué par les influences occidentales : Freud, Bacon ou Beckmann. Il est à la fois chinois et universel. Son prix : 3 à 4 millions de dollars de Hong-Kong soit 280 000 à 380 000 euros environ.

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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