Quand la porcelaine sert la politique

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Cabaret de huit pièces en porcelaine de Sèvres à fond d’or et décor de fables de La Fontaine d’après Percier, offert par Napoléon Ier au roi Frédéric du Wurtemberg le 30 septembre 1806. Vendu 100 000 euros (Vente Empire Osenat Fontainebleau le 15 juin).


Chaque visite en France de chef d’Etat donne lieu à l’échange de cadeaux qui si l’on s’en tient au contenu du musée Chirac de Sarran ne sont pas tous, loin de là, du meilleur goût. Cette tradition des présents est aussi vieille que le monde et l’empereur Napoléon Ier la suivait avec un faste et un sens inné de la mise en valeur des Arts Français.
La vente Empire organisée traditionnellement en juin par la maison Osenat en apporte la démonstration. La société de ventes présentait un cabaret en porcelaine de Sèvres. Ce cabaret, à fond d’or comportait huit pièces à décor de fables de La Fontaine d’après Percier. Sur les cinq tasses litron on reconnait des fables plus ou moins connues : « Le meunier, son fils et l’âne », « Le vieillard et ses enfants », « L’enfant et le maître d’école » ou encore « La vieille et les deux servantes » ou « La statuaire et la statue de Jupiter ».
Cet ensemble très représentatif du style néo-classique français qui s’impose à l’époque à toutes les cours d’Europe s’est vendu 100 000 euros. Il est vrai que le prix ne s’explique pas seulement par les qualités artistiques des pièces proposées.
Son histoire justifie également cet excellent résultat. Il avait été offert par l’Empereur à Fréderic de Wurtemberg (1754-1816) qui, alors simple duc, s’était rallié à Napoléon Ier, le rejoignant dans son opposition à la coalition formée par la Russie, l’Autriche et l’Angleterre. Du coup, le duc devint roi par décision de l’Empereur et sa fille Catherine fut mariée avec le frère de Napoléon Ier, Jérôme, roi de Westphalie. Satisfait de ce ralliement, l’Empereur couvrit le nouveau roi de cadeaux diplomatiques parmi lesquels ce délicat cabaret de Sèvres.
Généreux avec les siens, l’Empereur poursuivit sa politique de cadeaux au roi Frédéric, surnommé le Gros en raison de son obésité et de sa taille de 2,11m! Ainsi le Mercure de France en janvier 1810, lors d’un voyage du roi à Paris note que ce dernier « a reçu de l’Empereur de magnifiques présents en tapisseries des Gobelins et en porcelaine de Sèvres ».
L’art français est alors au service de la politique de domination européenne de l’Empereur. Mais cette générosité n’empêche pas les retournements. En 1813, le trône de Napoléon Ier vacillant, Frédéric Ier de Wurtemberg opta pour la coalition et se rallia au camp des alliés décidés à se débarrasser du trop remuant Bonaparte. Cette ingratitude fut payante. Son titre de roi fut reconnu lors du Congrès de Vienne par un aréopage de souverains et de princes. Comme quoi le plus beau service de Sèvres ne suffit pas à sceller les alliances !

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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