L’art, le visage et le corps…

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Artemisia Gentileschi (1593-1654) « Sainte Marie Madeleine en extase », estimation 200 000 à 300 000 euros. Sotheby’s Paris 26 juin. (art digital studio)


Aujourd’hui, la tendance est au selfie. Tout à chacun se photographie n’importe où, n’importe quand, dans n’importe quelle position de façon à paraître à son avantage mais bien souvent avec l’air le plus bête possible. Puis on balance tout sur les réseaux sociaux en espérant que nos « amis » vont liker. Ce culte de l’auto-représentation pourrait s’apparenter à l’autoportrait que tous les grands artistes pratiquent ou ont pratiqué. Je dis bien « pourrait » car le selfie est une déviance égotiste de l’autoportrait dont la portée est bien plus profonde.
L’autoportrait va beaucoup plus loin. L’artiste étudie son visage, son évolution, ses marques, ses stigmates. Il trace sa silhouette, son corps, en laisse deviner la puissance, la beauté ou au contraire la fragilité, le vieillissement. Il témoigne de sa vie et de l’humanité à travers lui.
Le 26 juin prochain chez Sotheby’s, un autoportrait bien singulier est mis en vente. Il est exceptionnel de beauté. Il s’agit d’une œuvre d’Artemisia Gentileschi (1593-1654). Il représente Marie-Madeleine dans une position d’abandon, de repos. Cette Marie-Madeleine c’est l’artiste elle-même qui vient de gagner un procès pour viol contre Agostino Tassi. La tête est renversée en arrière, les yeux clos, la chevelure lourde et bouclée, le corsage blanc mettant en valeur la gorge laiteuse. Le visage est pensif et serein, doux, apaisé. L’artiste est calme, tranquille, l’orage est passé. Cette œuvre caravagesque digne d’un musée est estimée modestement, me semble t-il, 200 000 à 300 000 euros.

Ecole caravagesque, vers 1640, « Saint Sébastien ». Estimation 40 000 à 60 000 euros. Sotheby’s Paris, 26 juin (art digital studio).


Le lot suivant de la vente est une école caravagesque, vers 1640. Là encore, la puissance de la représentation humaine, du corps et du visage, s’impose. Il s’agit de Saint-Sébastien. Entre lumières et ténèbres, le visage est assoupi, presque endormi et rêveur. Pourtant les bras levés, retenus par des liens attestent du martyr. Le corps est jeune, souple presque voluptueux comme si la mort proche n’avait aucune conséquence sur la beauté du Saint. Le bas du corps est entouré de draperies blanches et rouges, le modèle paraissant ainsi suspendu dans l’espace sombre du tableau. La composition est superbe. L’estimation est de 40 000 à 60 000 euros.

Giuseppe Cesari dit le Cavalier d’Arpin (1568-1640), « Suzanne et les vieillards », estimation 80 000 à 120 000 euros. Sotheby’s 26 juin (art digital studio).


La « Suzanne et les vieillards » du cavalier d’Arpin (1568-1640) est un grand classique de la peinture. Deux vieillards concupiscents espionnent une jeune femme au bain et pour qu’elle cède à leurs avances menacent de l’accuser d’être avec un jeune homme. Suzanne n’a pas encore aperçu les vieillards. Elle est toute à sa toilette, brossant sa longue et blonde chevelure. Nue, près d’une fontaine, son visage est doux, souriant, ignorant la présence des deux vieux libidineux. Son corps est ferme et rond, les jambes galbées. On devine une poitrine jeune et ferme, susceptible d’enflammer l’âme masculine. Ce tableau sensuel est estimé 80 000 à 120 000 euros.

Charles-Emile-Auguste Durand dit Carolus Duran (1837-1917), « Andromède », estimation 30 000 à 40 000 euros, Sotheby’s 26 juin (art digital studio).


Carolus Duran (1837-1917) lui ne s’embarrasse pas d’un sujet biblique pour peindre la nudité féminine. Son Andromède est ouvertement sensuelle. Debout, accoudée à un arbre, elle cache son visage mais son corps est en pleine lumière, comme offert aux regards, à l’envie. Elle n’est pourtant pas provocatrice. Elle est simplement nue et ses courbes suscitent le désir. Il faut compter 30 000 à 40 000 euros pour l’emporter.

Federico Zandomeneghi (1841-1917), ‘Portrait de jeune femme (la modella) », estimation 200 000 à 300 000 euros, Sotheby’s Paris 26 juin (art digital studio).


Le portrait de jeune femme de Federico Zandomeneghi (1841-1917) est beaucoup plus subtil. J’ai découvert l’œuvre de cet artiste italien en 2005 à Rome lors d’une belle exposition au Chiostro del Bramante. Considéré comme un impressionniste italien, ces tableaux rappellent Degas et Renoir. Il s’en dégage une douceur de vivre impalpable, une grande sérénité. C’est le cas de cette jeune femme. Le modèle vient d’enfiler sa robe laissant deviner sa nuque et le haut de son dos à la carnation rosée. Son visage de profil est calme, délicat. Ses yeux fixent un objet qu’on ne voit pas. Tout en ajustant son corsage, peut-être pense-t-elle simplement à rejoindre son amoureux après une longue séance de pose devant l’artiste. On imagine l’heureux homme déposer sur son cou un doux baiser. Pour la contempler à demeure, il faudra compter 200 000 à 300 000 euros.

Paul-César Helleu (1859-1927), « Portrait de madame Helleu à l’ombrelle », estimation 100 000 à 150 000 euros, Sotheby’s Paris 26 juin (art digital studio).


Enfin, le très mondain Paul-César Helleu (1859-1927) a toujours idéalisé la silhouette féminine et tout particulièrement celle de son épouse. Corsetée avec cette forme en sablier typique de la mode 1900, chapeautée, voilée, gantée, toute de blanche vêtue, Madame Helleu se promène, une ombrelle abritant son visage du soleil. La lumière est celle des bords de mer, la Normandie certainement. Madame Helleu est élégante (elle porte une robe de Madeleine Chéruit, une couturière en vue), raffinée, féminine et séduisante. La tenue, blanche comme les nuages parsemant le ciel, épouse sa silhouette. Le corps est caché mais on le devine ! Comptez 100 000 à 150 000 euros pour ce portrait tout droit sorti d’un roman de Proust.
Vente Sotheby’s Paris, jeudi 26 juin. Exposition lundi 23, mardi 24 et mercredi 25.

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Robin Massonnaud

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