Gradiva, une galerie en Seine

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

L’escalier de la galerie Gradiva avec « L’homme à l’épée » de Picasso ( 1969) veillant sur les visiteurs. Courtesy galerie Gradiva.


En tapant le mot Gradiva dans Google, vous tomberez sur une page de Wikipedia qui vous apprendra qu’il s’agit d’une nouvelle publiée en 1903 par l’écrivain allemand Wilhelm Jensen. Il y raconte l’adoration obsessionnelle d’un archéologue pour une femme figurant sur un bas-relief du musée d’archéologie de Naples. Il la nomme Gradiva. Obsession commentée par Freud. Puis Dali et Masson consacreront un tableau à Gradiva. Quant à André Breton, il donna ce nom à sa galerie.A lire cette fiche Google, il n’y a rien de bien étonnant à ce que Thomas Bompard, transfuge du département art impressionniste et moderne de Sotheby’s, ait choisi ce nom pour la galerie qu’il vient d’ouvrir quai Voltaire.

Face aux guichets du Louvre, en bord de Seine, il occupe l’ancien espace de la galerie Camoin-Demachy. Pour l’aménager il a fait sienne la réflexion de Tancrède faite à son oncle le prince Salina dans le « Guépard » : « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». La structure de cet immense appartement de réception est respectée. Mais décoré dans ce style inimitable et superbe de Sécession contemporaine propre à François Joseph Graf, le grand escalier d’entrée, l’enfilade des salons sur la Seine, les hauteurs sous plafonds, la beauté des matières, les couleurs sourdes sont là pour magnifier les œuvres présentées et susciter chez l’amateur une envie et une obsession telle qu’on ne pense qu’à les revoir et, si on en a les moyens, à les acheter.

« Le rêve » de Balthus, exposition inaugurale galerie Gradiva (courtesy galerie Gradiva).


Il est vrai que pour sa première exposition, Thomas Bompard a tout fait pour séduire. Revendiquant l’éclectisme, la culture du rapprochement ou de la confrontation, il n’hésite à mélanger art moderne, œuvres de Picasso, sculptures de Rodin et psautiers enluminés du Moyen-Age. Peu de pièces sont proposées mais ce mariage des époques et des styles est une réussite. Au milieu d’un salon, un livre simple sans ornements. Il s’agit de l’édition originale des « révolutions des sphères célestes » de Copernic publiée en 1543. Cet ouvrage majeur occupe le centre de la pièce et les tableaux sont présentés sur les cimaises, tels des satellites en gravitation autour de l’œuvre essentielle de Copernic, celle qui a révolutionné la vision de l’univers. Vassili Kandinsky, Fernand Léger ou Kurt Schwitters ont crée une esthétique comme Copernic a « recrée » le monde.

« Eve » de Rodin se reflétant dans des miroirs, exposition inaugurale galerie Gradiva, (courtesy galerie Gradiva).


Dans une autre pièce un grand et sensuel Balthus, aux coloris doux cohabite avec des psautiers enluminés prêtés par le musée de Balckburn. Le psautier Peckover du XIIIe siècle alterne lettres enluminées, signes du zodiaque et nobles personnages dans des couleurs proches de celles de Balthus. L’œil passe du tableau à l’ouvrage et mélange ainsi époques et personnages puis il se porte sur les autres œuvres présentées : œuvre sur papier d’Egon Schiele, tableaux de Matisse ou de Picabia sous oublier un grand « Penseur » de Rodin. Rodin que l’on retrouve après avoir traversé un cabinet des dessins consacré à des photogrammes de Maholy-Nagy. Dans une petite pièce, une « Eve » de marbre crémeux invite à la séduction rêveuse. Elle se reflète à l’infini dans des miroirs démultipliant ainsi le plaisir de la contemplation.

« Le penseur » de Rodin, exposition inaugurale galerie Gradiva. (courtesy galerie Gradiva).


Enfin il ne faut pas oublier le grand Picasso « Homme à l’épée » qui accueille le visiteur en haut de l’escalier. Imposant, impressionnant, il monte la garde nous avertissant que nous entrons dans un cabinet de curiosités constitué dans un esprit très « Rodolphe II de Habsbourg ».
En dehors de ce plaisir de la découverte et sans parler des prix demandés pour les œuvres à vendre, il est réjouissant de voir s’ouvrir à Paris une galerie de cette importance. L’optimisme et l’enthousiasme de Thomas Bompard devrait rejaillir sur la capitale. A la veille de la Biennale des Antiquaires, la ville lumière scintille comme la Tour Eiffel à la nuit tombée !
Galerie Gradiva, 9 quai Voltaire, 75 007 Paris, exposition inaugurale jusqu’au 25 juillet.

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

1 commentaire

Avatar de mister k

mister k

quel plaisir de vous lire, j’ai ressenti le même plaisir en me rendant aussi dans ce nouveau lieu, magnifique


Répondre

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Mairie du Touquet construite dans les années 30 dans un style anglo-normand censé rappeler les bâtiments d'Oxford et de Cambridge #pasdecalaistourisme #pasdecalais #seasidearchitecture #architectureannées30 #architecturebalneaire #mairies #letouquet #letouquetparisplage

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page