La tradition anglaise des portraits de jeunes garçons

marche-de-l-art, publié le

Francis Cotes (1726-1770), « Portrait de Master Smith tenant un cerf-volant », vers 1768-1770. Estimation: 250 000 à 350 000 livres. Vente Christie’s Londres, 8 juillet (Christie’s images limited).


Sur le Continent, au XVIIIe et au début du XIXe siècle, les portraits d’enfants restent assez formels. Ils sont souvent représentés dans des poses figées, engoncés dans de superbes costumes d’apparat attestant du rang de leurs parents. L’impression laissée est un peu solennelle, l’enfant n’étant pas encore regardé comme un élément intime de la famille mais plus plutôt comme le descendant d’une lignée qui reprendra titres, domaines et fortune.
En Angleterre, la situation est bien différente. L’enfant est un individu distinct. Il a sa personnalité, son caractère, sa vie propre. Cette liberté on la ressent immédiatement dans les portraits d’enfants des artistes anglais. Si pour les filles, les peintres gardent une certaine réserve afin de respecter cette dignité exigée du sexe féminin dès la plus jeune enfance, il n’en va pas de même pour les garçons. Ces derniers sont souvent représentés dans leur élément, à la campagne, jouant ou s’agitant. Les vêtements sont « casual » et lorsque ces jeunes garçons sont représentés en tenues plus « distinguées », l’attitude volontairement décontractée du modèle montre qu’il n’est pas encore entré dans l’univers corseté des adultes.
Les ventes de tableaux anciens de Londres du 8, 9 et 10 juillet proposent ainsi plusieurs portraits de jeunes gens de bonne famille marqués par cette facture « so british ».
Le portrait de Master Smith par Francis Cotes (1726-1770) est le plus caractéristique de cette volonté de représentation naturelle de l’enfance. On y voit un jeune homme, aux portes de l’adolescence, dans la campagne anglaise. Sa tenue est celle d’un enfant de milieu privilégié mais le gilet est ouvert laissant sortir sa chemise et le garçon tient son chapeau à la main. Décontracté, il s’appuie sur un grand cerf-volant avec lequel il vient de jouer. Son visage, encore enfantin mais déjà plus viril, est calme. Il nous regarde avec cette pointe de mélancolie que peuvent avoir les enfants lorsque l’ivresse du jeu est retombée et qu’il faut passer à des activités plus sérieuses. Ce portrait sensible est estimé 250 000 à 350 000 livres (310 000- 430 000 euros).

Sir Joshua Reynolds (1723-1792), « Garçon au porte-document ou l’écolier ». Estimation 300 000 à 500 000 livres. Vente Sotheby’s Londres 9 juillet. ( Art digital studio).


Joshua Reynolds (1723-1792), l’un des plus célèbres portraitistes anglais de son siècle, représente quant à lui un jeune écolier tenant un portfolio. Certainement moins privilégié que notre adepte du cerf-volant, son visage est sérieux et concentré, les yeux laissant transparaître une pointe d’inquiétude. Il tient fermement dans ses mains le porte-document. La palette assez sombre du tableau met en valeur la carnation rosée du jeune homme. Il attend, on ne sait qui, on ne sait quoi. Peut-être doit-il entrer bientôt dans la classe et réciter la leçon apprise. Là encore, le naturalisme du tableau séduit. Cette œuvre délicate est attendue autour de 300 000 à 500 000 livres (378 000- 630 000 euros).

Sir William Beechey (1753-1839), « Portrait de jeune garçon, dit Master Baker », estimation 10 000 à 15 000 livres. Vente Sotheby’s Londres, 10 juillet (Art digital studio).


Le jeune Master Barker peint par William Beechey (1753-1839) est bien mis, chemise « blanc de neige », redingote noire, mains gantées. Assis dans un paysage, il est un rien boudeur, son regard exprimant une certaine lassitude. On l’imagine volontiers dans un roman de Jane Austen sortant d’une interminable messe du dimanche l’obligeant à écouter le sermon du pasteur alors qu’il pouvait jouer dans la verte campagne environnante. Là encore, l’enfant est représenté en tant qu’être à la personnalité singulière et non comme le « fils de ». Ce joli portrait est estimé 10 000 à 15 000 livres (12 600- 19 000 euros).

Sir Henry Raeburn (1756-1823), « Portrait de Sir Evan Murray-Mac Gregor of Mac Gregor en tartan », estimation 400 000 à 600 000 livres. Vente Christie’s Londres 8 juillet (Christie’s images limited).


Avec Sir Evan Murray Mac Gregor of Mac Gregor par Henry Raeburn (1756-1823), on change de registre. Le portrait a ici un côté plus officiel, presque une fonction d’apparat. Le jeune garçon, fils de général et qui embrassera lui-même la carrière des armes est représenté debout, dans une pose martiale dans un costume ajusté au tissu écossais du plus bel effet. Il porte un bonnet militaire censé lui donner plus d’assurance. L’artiste réussit pourtant à détourner ce côté représentatif pour en faire un magnifique portrait d’enfant. Tout dans son visage trahit en effet la fierté de poser en si bel uniforme. Le jeune homme joue au petit soldat et s’en réjouit. La main posée sur le devant, un doigt dans une poche lui donne belle assurance imitant ainsi la prestance des officiers. Sir Evan Murray Mac Gregor est touchant, attendrissant comme tout enfant imitant les adultes pour paraître plus sérieux et crédible à leurs yeux. Ce portrait est estimé 400 000 à 600 000 livres (500 000- 740 000 euros).

George Romney (1734-1802)  » Portrait de George Lord Brooke (1772-1786) », estimation 200 000 à 300 000 livres. Vente Sotheby’s Londres 9 juillet (Art digital studio).


Enfin le portrait de George, Lord Brook, par George Romney (1734-1802) est d’une belle sensibilité. L’enfant, fragile et pâle, est assis dans la forêt avec son chien blotti contre lui. Il garde ses secrets et préfère les divulguer à son compagnon plutôt qu’aux adultes. Le bois abrite ses conciliabules. L’artiste surprend ce jeune homme qui, bien éduqué, pose sagement, sachant qu’il retrouvera bien vite sa tranquillité. Ce tableau intimiste est estimé 200 000 à 300 000 livres (250 000- 378 000 euros).
Vente Christie’s Londres, 8 juillet
Vente Sotheby’s Londres, 9 et 10 juillet

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