Collection Frum: les arts d’Océanie Faubourg St-Honoré

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Figure de proue de pirogue, Iles Salomon, estimation: 7 000 à 10 000 euros. Vente Sotheby’s Paris, collection Frum, 16 septembre. (art digital studio)


Il disait « Méfiez-vous de tout ce qui vous semble joli. Si l’œuvre vous est immédiatement accessible, cela signifie qu’elle a probablement été créée pour vous ou pour quelqu’un comme vous ». Il, c’est Murray Frum, un collectionneur discret connu des seuls spécialistes de l’art océanien. En ce début septembre, alors que Paris va accueillir tout de ce qui compte dans le monde de l’art pour deux manifestations phares, le Parcours des Mondes et la Biennale des Antiquaires, Sotheby’s propose aux enchères la collection de cet amateur érudit dont les livres sur l’art océanien envahissaient la demeure. Ce canadien d’origine polonaise s’était fait connaître en 2007 pour avoir donné à la Art Gallery d’Ontario un « Christ en croix » du Bernin estimé à l’époque 50 millions de dollars. Il se passionnait aussi pour la sculpture de la Renaissance et s’était découvert une passion pour les Arts Primitifs. Dans un premier temps il s’était cantonné à l’art africain puis, aiguillonné par un marchand, il se mit à acheter de l’art océanien. Au fil du temps, aidé et soutenu par son épouse Barbara, une célèbre journaliste de la télévision canadienne, Murray Frum était devenu une encyclopédie vivante des arts de l’Océanie.
Décédé en 2013, Sotheby’s Paris vend 49 pièces de sa collection. Et quelles pièces ! Elles méritent toutes de figurer au musée du quai Branly. On y trouve de jolis peignes des îles Salomon ou Tonga pour des estimations comprises entre 300 euros et 4 000 euros, des spatules de Papouasie sculptées de personnages en ronde bosse entre 2 000 et 3 500 euros, des objets du quotidien telles des figures de proue destinées à protéger les hommes lors des expéditions guerrières. C’est le cas de ce visage des îles Salomon aux grands yeux estimé 7 000 à 10 000 euros.

Statue pou whakairo, Maori, Nouvelle-Zélande, estimation: 1,5 à 2 millions d’euros. Vente Sotheby’s Paris, collection Frum, 16 septembre. (art digital studio)


Des pièces exceptionnelles il y en a. Notamment cette incroyable statue Maori « pou Whakairo ». Il faut là encore reprendre Murray Frum qui expliquait que les arts océaniens avaient pour but d’invoquer le pouvoir des esprits ou de l’apaiser. Ainsi, « le marqueur de cet art était sa force, et non son attrait décoratif ». C’est le cas de cette statue. Seuls six exemplaires au monde sont répertoriés. Coiffée de cheveux humains, le visage tatoué, les mains posées sur l’abdomen, les jambes écartées, le nez fort tout concorde à donner à cette sculpture une impression de puissance. Il pourrait s’agir de la représentation d’un ancêtre de haut rang ce que semble confirmer le tatouage « Moko » du visage. Ce rarissime exemplaire de statuaire Maori est estimé 1,5 à 2 millions d’euros.

Perchoir à oiseaux, pae manu ou pae koko, Maori, Nouvelle-Zélande. estimation: 250 000 à 400 000 euros. Vente Sotheby’s Paris, collection Frum, 16 septembre. (art digital studio)


Autre pièce Maori remarquable et esthétiquement plus facilement accessible : un perchoir à oiseaux. Chez les Maoris, pigeons, perroquets et autres oiseaux étaient autant appréciées pour leur chair et leurs plumes que comme animaux de compagnie. Ce perchoir estimé 250 000 à 400 000 euros est d’une rare virtuosité dans la composition des figures.

Tête de « Dieu bâton », atua rakau, Raratonga, îles Cook. estimation: 1 à 1,5 million d’euros. Vente Sotheby’s Paris, collection Frum, 16 septembre. (art digital studio)


Une autre sculpture, une « Dieu-Bâton » des îles Cook (Raratonga) attire également l’œil. Les sculptures Raratonga sont excessivement rares. Ces sculptures étaient exécutées dans un bois très dur à l’aide d’outils en coquillages, en pierre et en dents. Front haut et bombé, grands yeux hypnotiques, figures secondaire parcourant le corps, étirement des lignes, ces « dieux-bâtons » furent brûlés dans des « feux de l’infamie » par les membres zélés de la London Missionnary Society qui y voyaient l’image perverse de l’idolâtrie ! Seuls 17 d’entre eux sont aujourd’hui connus. Dont celui de la collection Frum. Ce qui explique l’estimation de 1 à 1,5 million d’euros.

Statue imunu, peuple Wapo, Wapo Creek, Golfe de Papouasie. estimation: 30 000 à 50 000 euros. Vente Sotheby’s Paris, collection Frum, 16 septembre (art digital studio)


Enfin certaines représentations humaines sont d’une modernité incroyable. C’est le cas de cette statue Imunu du peuple Wapo, (golfe de Papouasie). Elle épouse le mouvement naturel d’une racine de mangrove. Cet être-esprit féminin dansant le visage souriant, les bras en fibres végétales tressées, rappelle les formes humaines des œuvres de Keith Haring. Cette statue est estimée 30 000 à 50 000 euros.
Il y a de nombreuses autres œuvres rares à découvrir : crochets, massues, masques, emblèmes de pouvoir, chasse-mouches ainsi qu’une grande et impressionnante statue d’ancêtre Uli de la Nouvelle-Irlande. Vous savez ce qu’il vous reste à faire : prendre le chemin du faubourg Saint-Honoré où ces pièces seront exposées du 9 au 15 septembre.

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