Parcourez le monde à Saint-Germain-des-Prés

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Tête « Mahen Yafe », Sierra Leone, stéatite, XVIe siècle ou antérieur. Galerie Alain Bovis, Parcours des Mondes 2014 (photo: Mathieu Ferrier)


Pour un journaliste, le radotage s’appelle marronnier. Il consiste tous les ans, à la même époque, à rédiger un article sur le même sujet. A la longue, c’est fastidieux. Mais heureusement, il est des sujets sur lesquels on revient continuellement avec un plaisir proche de la jouissance. C’est le cas du Parcours des Mondes.

Masque Okuyi, Punu, Gabon; fin XIXe-début XXe siècle. Galerie Dodier. Parcours des Mondes 2014 (photo: Michel Gurfinkel).


Il s’agit pourtant de la treizième édition de cette manifestation et on ne s’en lasse pas. Le Parcours des Mondes, c’est comme un bordeaux grand cru : il bonifie en vieillissant.
Cette manifestation originale consiste à se promener dans le VIe arrondissement entre la Seine et le boulevard Saint-Germain et à entrer dans toutes les galeries d’arts premiers qui exposent et proposent aux amateurs venus du monde entier une sélection de pièces rares et des expositions thématiques d’une grande qualité, certains galeristes mettant parfois dix ans pour rassembler des ensembles cohérents. Et chaque année, l’émotion, l’émerveillement gagne le promeneur. On serait tenté d’acheter chez chacun des 68 exposants dont la moitié venus de l’étranger. D’autant plus que ce marché reste encore accessible même si dans les grandes maisons de ventes les enchères supérieures à 1 million d’euros sont de plus en plus fréquentes.

Masque Baoulé, Côte d’Ivoire, fin du XIXe siècle. Galerie Entwistle. Parcours des Mondes 2014.


On y trouve de beaux objets du quotidien à partir de 1 000 à 1 500 euros. Selon Anthony J P Meyer, grand spécialiste des arts Eskimo et d’Océanie, « le marché le plus actif et le plus attractif demeure dans une moyenne de 5 000 à 500 000 euros et c’est dans cette gamme de prix très large que l’on peut trouver chez les marchands des oeuvres superbes, bien documentées et achetables, à même de satisfaire l’envie de collectionner ». Alors n’hésitez pas à craquer car la valeur des belles créations des arts premiers ne devrait pas cesser de grimper.

Sifflet anthropomorphe, Mangbetu, Congo, fin du XIXe siècle, Jacaranda Tribal, Parcours des Mondes 2014 (photo James Worrell).


Alors que devez-vous voir dans cette cuvée 2014 ? Difficile à dire. Mon choix est forcément subjectif. La « trilogie africaine » de la galerie Alain Bovis m’enthousiasme. Il s’agit de mettre en valeur la référence aux ancêtres à travers l’art. La galerie a choisi trois modes d’expression bien différents. Vous y contemplerez les créations épurées de l’art Lega, les reliquaires Kota et surtout un ensemble exceptionnel provenant d’une collection privée de pierres d’ancêtres de la Sierra Leone et de la Guinée. Les sculptures sont magnifiques : intenses, d’une profonde humanité, d’une beauté intemporelle et universelle. On reste muet devant cette tête « Mahen Yafe » du XVI e siècle. Les paupières lourdes presque closes, les lèvres charnues donnent l’impression d’un esprit plongé dans un sommeil proche de l’extase. Une pure merveille !

Charme de tempête, Iles Carolines, Micronésie, XIXe-début du XXe siècle, galerie Michel Thieme, Parcours des Mondes 2014 (photo Jan van Esch).


Même si la galerie Jacques Germain consacre son espace à la thématique animale, cette année la représentation humaine est omniprésente. Les masques à la grave sérénité interpellent le passant qu’il s’agisse des yeux en amende d’un masque Punu à la galerie Dodier ou de la rigueur hiératique des formes allongées des masques Baoulé ches Entwistle.
Chez Jacaranda Tribal, on sourit de plaisir à contempler un sifflet anthropomorphe du Congo. Cette petite pipe Mangbetu représente un curieux personnage assis, les mains posées sur les cuisses, son torse constituant un bol surdimensionné. Cet objet séduit dès le premier coup d’œil.

Coue aux chamans et créature fantastique. Jama Coaque, Equateur. 100-600 après J-C. Galerie Furstenberg, Parcourd des Mondes 2014 (photo: Michel Gurfunkel)


Les formes longilignes de plusieurs statues attirent le regard. C’est notamment le cas d’une représentation féminine assise du Mali présentée par la galerie Touchaleaume. Cette terre cuite Bankoni, créée entre le XIIe et le XVe siècle, marquée par le temps, est d’une belle sensualité poétique. Même humanité pour cette figure d’ancêtre de Bornéo chez Jonathan Hope. Cet esprit nomade aux formes minces et étirées, au bois marqué par les éléments vous emporte vers un ailleurs inconnu, mais tranquillement sans inquiétude. Une forme d’envoûtement peut-être ?

Statue féminine assise, Bankoni, Mali, XIIe-XVe siècle. Galerie Pablo Touchaleaume, Parcours des Mondes 2014 (photo: Christian Baraja)


Chez Michel Thieme un charme de tempête de Micronésie en bois, chaux, épine dorsale de raie et fibres semble flotter dans les airs. Il maîtrise le temps, domine les vents et assure la sécurité et vous transporte dans les nuages.
Beaucoup plus ludique est cette petite statue de femme assise, les jambes écartées, le regard interrogatif, tenant ses pieds avec ses mains présentée par Arte y ritual. Créée au XIXe siècle en Nouvelle-Guinée, elle est moderne et soyons iconoclaste on dirait une pauvre créature s’essayant aux étirements dans un club de gym.

Femme assise, Iatmul, Papouasie-Nouvelle-Guinée, XIXe siècle ou antérieur, Arte y Ritual, Parcous des Mondes 2014 (photo: Carlos Ochoa).


Quant à la galerie Furstenberg, elle présente une coupe aux chamans surmontée d’une créature fantastique, un oiseau certainement. Cette œuvre d’Equateur a un côté fantastique, quasiment surréaliste. L’homme se transformerait-il en oiseau dans cette civilisation lointaine de Jama Coaque ? Le mythe d’Icare est universel.

Figure d’ancêtre, Hampatong, Benna, Kalimantan, XIXe siècle, Jonathan Hope, Parcours des Mondes 2014 (photo: P.J Gates).


Et l’on pourrait continuer ainsi à parler des merveilles à découvrir. Plutôt que de me lire, fermez votre ordinateur ou votre portable et arpentez le macadam parisien. Ne manquez pas les splendides objets d’art Eskimo de la galerie Flak. Une fois votre escapade Rive Gauche terminée (avec éventuellement l’achat d’un coup de cœur) traversez la Seine et n’oubliez pas de vous rendre chez Sotheby’s pour l’exposition des pièces d’art océanien de la collection Murray Frum. Le bonheur sera encore au rendez-vous.
Parcours des Mondes, du 9 septembre au 14 septembre
Quartier des Beaux-Arts à Saint-Germain-des-Prés, Paris VIe
www.parcours-des-mondes.com

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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