De l’Empire aux Trente Glorieuses chez Christie’s

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Table de milieu dite du cardinal Fesch, début XIXe siècle, collection Hubert de Givenchy, Exposition Empire (Christie’s Paris)

Sortant de la Biennale des Antiquaires, il vous suffit de traverser les Champs-Elysées pour gagner l’avenue Matignon. Bien qu’épuisé par le piétinement dans les allées du Grand Palais conçues par Jacques Grange, vous auriez tort d’oublier une petite visite chez Christie’s. La maison de ventes profite de la présence en France de grands collectionneurs pour présenter plusieurs expositions contrastées traversant les siècles et les styles.
Commençons par la première. Elle a pour thème l’Empire. Pas l’empire de province et le bureau de papa qu’on peut trouver dans toute bonne famille bourgeoise. Non, il s’agit de l’Empire de château, ce style un peu solennel et viril voulu par Napoléon Ier Dès l’entrée, au sous-sol de Christie’s, un buste éburnéen en biscuit de Napoléon Ier accueille le visiteur dans une lumière de crépuscule. Le ton est donné. L’art magnifie la puissance impériale, légitime une dynastie naissante et assure comme par le passé, sous les Bourbons, le rayonnement de la France. Mis en scène par Hubert de Givenchy qui y présente des pièces de sa collection et celles d’autres amateurs, on pénètre en effet dans un salon qui aurait pu être celui du palais de Fontainebleau ou de Compiègne. Vous y verrez notamment une table du milieu en bois doré dont le piétement est composé d’hommes ailés d’inspiration romaine tenant des bâtons laurés aux emblèmes accréditant l’idée d’une filiation entre les Césars et les Bonaparte. Il a appartenu au cardinal Fesch, l’oncle de l’empereur. Ce grand collectionneur, dont les tableaux font la richesse du musée d’Ajaccio, accumulait avec passion objets et mobilier somptueux. Vous y contemplerez également une paire de torchères en grès fin de Sarreguemines à l’imitation de porphyre de la collection Givenchy, des porcelaines de Sèvres, des pièces d’orfèvrerie dont une superbe paire de soupières en vermeil d’Odiot, commande de la comtesse Branicki dame d’honneur de l’impératrice Catherine II, des fauteuils de Jacob-Desmalter destinés à la chambre de l’impératrice Joséphine à Saint-Cloud. L’ensemble est impressionnant. Nombre de pièces sont à vendre.

Jean Dubuffet (1901-1985), « Route du Pas-de-Calais », huile sur toile, septembre 1963. Exposition « Jean Dubuffet, de Paris circus à l’Hourloupe ». (Christie’s Paris)


Avant de rejoindre les années 60, prenez le temps de contempler les pièces de la collection Abbott-Guggenheim que seront vendues à New-York : bronzes du XVIe et XVIIe siècle, buste en marbre d’un jeune romain de Houdon, pendulettes précieuses du XVIIe siècle réalisées à Augsbourg dont une curieuse horloge de table automate représentant la flagellation du Christ, ce dernier subissant ces outrages à chaque heure ! Une petite salle présente également des pièces du XVIIIe siècle : un grand tableau de Boucher, un magnifique régulateur de parquet…

Console Empire, Italie début du XIXe siècle, exposition Empire, (Christie’s Paris)


Il faudra ensuite regagner le premier étage pour changer d’ambiance. Trois salons sont consacrés à une quarantaine de tableaux de Jean Dubuffet provenant de la fondation de l’artiste et de collections privées. Là encore, certaines des œuvres sont à vendre. On y contemple deux cycles de l’artiste : Paris Circus et l’Hourloupe. On comprend à quel point Dubuffet est précurseur, tant le lien entre ses créations et celles de Basquiat ou Haring est évidente. Mais on y ressent aussi cette fascination pour cette période de modernisme triomphant des Trente Glorieuses : voitures envahissant les villes elles-mêmes noyées dans un tourbillon d’activités, machines, instruments ménagers symboles d’une existence plus facile, la vie est belle et joyeuse…

Jean Dubuffet « Théière », acrylique sur résine polyesther, peint en 1967. Exposiiton Jean Dubuffet, de Paris Circus à l’Hourloupe (Christie’s Paris).


Pourtant, à contempler ces œuvres, on perçoit également une interrogation, une inquiétude. Jusqu’où ira –ton ?
Je terminerai par une de mes faiblesses : les bijoux. Une salle présente des pierres fabuleuses: diamants jaunes, émeraudes d’un vert intense, délicat diadème de petits diamants et d’aigues-marines ayant appartenue à la tsarine Alexandra Feodorovna, épouse de l’empereur Nicolas II mais aussi un ensemble de créations de Dolce Gabbana d’un baroque débridé réjouissant.
Exposition vente privée du 8 au 25 septembre 2014, Christie’s 9 avenue Matignon 75008 Paris

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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