FIAC 2014: Georges Mathieu, un grand artiste

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Georges Mathieu « Ksanti » 1958, huile sur toile (100 x65cm)
Galerie Applicat-Prazan, FIAC 2014


Un des grands bonheurs d’une promenade dans les allées de la FIAC consiste à comparer, à confronter et admirer les artistes contemporains et modernes. Les peintres du XXe siècle y sont bien représentés, les plus connus comme Picasso ou Warhol mais aussi d’autres parfois injustement délaissés. Certaines galeries ont l’intelligence de consacrer leur espace à un seul artiste. C’est le cas d’Applicat-Prazan. Cette galerie, grande spécialiste de l’Ecole de Paris des années 50, propose chaque année une exposition monographique. L’an dernier, elle exposait un étourdissant ensemble de toiles de Poliakoff. Mais les années précédentes, elle se consacrait à des artistes moins célèbres comme Manessier, Pincemin ou Fautrier.
Pour cette édition 2014, les œuvres de Georges Mathieu (1921-2012) orneront les cimaises de la galerie.

Georges Mathieu « La mort accidentelle de Louis d’Outremer, roi de France »
Huile sur toile, 1954 (97x 162 cm)
Galerie Applicat-Prazan, Fiac 2014


Il s’agit d’une redécouverte. Car il faut bien avouer que Mathieu est dédaigné d’un quarteron « d’esthètes branchés » considérant qu’il a trop produit sans se renouveler. Il est pourtant à l’origine de l’Abstraction Lyrique lui qui déclarait en 1944 que « la peinture, pour exister, n’a pas besoin de représenter ». Dans sa jeunesse, cet artiste, au physique de Don Quichotte, peint tout en exerçant la profession de directeur des relations publiques d’une compagnie maritime américaine. Cette activité lui permet de côtoyer les personnalités de l’après-guerre et de soigner son image. Mais elle ne l’empêche pas de monter de nombreuses expositions qu’il baptise « manifestations de combat ». C’est à cette occasion qu’il établit les quatre critères de l’Abstraction Lyrique : la primauté accordée à la vitesse d’exécution, la non préexistence des formes, l’absence de préméditation des gestes et la nécessité d’un état second de concentration.

Georges Mathieu « Tenth Avenue »,
Huile sur toile 1957 (183 x122 cm)
Galerie Applicat-Prazan, Fiac 2014


Etant donné son activité professionnelle prenante, il se transforme en « peintre du dimanche ». Il est vrai qu’il écrivait : « Pour moi, la peinture est une activité sacrée ». Le Jour du Seigneur lui permet ainsi de quitter la réalité et de passer du temporel au spirituel. Dans la tranquillité de son atelier, il y réalise des œuvres magnifiques, intenses, puissantes. Mais il ne dédaigne pas les performances. Dans les années 50, il voyage beaucoup à l’étranger et n’hésite pas à exécuter des toiles de grand format devant des centaines de spectateurs. Il aime également les défis. En 1957, seul cette fois, mais à la demande de son marchand américain, il exécute dans les sous-sols du Ritz Carlton de New-York 14 toiles en trois heures. L’une d’entre elle sera présentée par Applicat-Prazan. Il s’agit de « Tenth Avenue ». D’un rouge intense, le trait vif à dominante noir, le tableau représente de façon parfaitement abstraite les trépidations new-yorkaises.
La galerie expose seize peintures créées pendant la jeunesse de l’artiste entre 1948 et 1959. Les tableaux sont tous de grande, voir même, de très grande dimension. L’ensemble réuni est exceptionnel car il s’agit d’œuvres majeures de l’artiste.
Nombreuses sont les toiles de Mathieu qui portent un titre illustrant un épisode historique du Moyen Age : mort accidentelle du roi de France Louis IV dit d’Outremer ; couronnement d’Etienne de Blois, roi d’Angleterre ; l’impératrice de Byzance Irène faisant crever les yeux de son fils Constantin VI …Ces titres, souvent donnés postérieurement à l’exécution des œuvres, les illustrent pourtant parfaitement. Ainsi, le tableau de la Basilessa Irène d’Athènes mutilant son fils unique a un fond noir inquiétant, sépulcral, à l’image d’une pièce obscure et retirée du Grand Palais de Constantinople loin des salons d’apparat aux mosaïques d’or. Un lieu propice aux pires forfaits. Le trait rouge illustre le sang, les yeux crevés du Basileus Constantin qui ne survivra pas à ce supplice. Ce tableau, comme tous les autres est magnifique.

Georges Mathieu « Massacre de Louis de Bourbon, Evêque de Liège »
Huile sur toile, 1957 (210 x 180 cm)
Galerie Applicat-Prazan, Fiac 2014


Un autre tableau a un titre plus doux « Ksanti ». Donné par l’épouse du marchand de Mathieu, il s’agit d’un mot sanskrit signifiant patience ou pardon. Le bleu de la toile donne une impression de sérénité, de recul vis-à-vis du monde et invite à la méditation et à l’oubli des contrariétés de l’existence. L’abstraction exprime ainsi un évènement, un sentiment sans pour autant le concrétiser.

Georges Mathieu  » L’impératrice Irène fait crever les yeux de son fils Constantin VI »
Huile sur toile, 1957 (248 x 151 cm)
Galerie Applicat-Prazan, FIAC 2014


Les prix de ces œuvres majeures vont de 135 000 à 550 000 euros. Une seule toile est présentée au prix d’un million d’euros. Il s’agit du « Couronnement d’Etienne de Blois », un tableau de deux mètres sur quatre, une vraie pièce de musée qui ferait belle figure au Centre Pompidou ou au Moma.
Ces prix ne sont pas négligeables. Mais ils se justifient par la qualité rare des œuvres présentées. Pour ceux qui le peuvent, il ne faudra pas hésiter à acheter. Car la galerie Applicat-Prazan, par cette exposition, réhabilite aux yeux des collectionneurs du monde entier un artiste français injustement oublié. Sa cote devrait donc augmenter.

Exposition Georges Mathieu, galerie Applicat-Prazan, Fiac 2014 du 23 au 26 octobre puis dans les deux espaces de la galerie (16 rue de Seine, 75006 et 14 avenue Matignon 75008) du 4 novembre au 20 décembre.

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