A Bruxelles, Paul Delvaux surprenant et classique

marche-de-l-art, publié le

Paul Delvaux, « Les courtisanes », 1944. Collection privée en dépôt au Musée D’Ixelles. Paul Delvaux fondation, Sabam Belgium 2014, photo Vincent Everarts.


Un court séjour à Bruxelles vous met toujours en joie. Y passer ne serait-ce que 48 heures vous requinque l’esprit et l’humeur. C’était le cas pour moi le week-end dernier. Il est vrai que vivre Bruxelles avec Paul Delvaux comme compagnon de voyage n’a rien d’une épreuve. Car la capitale belge rend hommage à ce grand artiste. Paul Delvaux (1897-1994) est très connu pour ses représentations de femmes nues, aux grands yeux de biches effarouchées ou pensives, perdues dans des paysages et des architectures imaginaires.
Le musée d’Ixelles lui consacre une exposition. Il s’agit de présenter la collection d’un couple de collectionneurs, Nicole et Pierre Ghêne, souffrant comme ils le reconnaissent avec un grand sourire de « Delvaux-pathie ». Pierre Ghêne le dit sans détour « Cela m’a pris un beau jour à la fin de mes études, en juin 1962. Je rêvassais dans un bistrot quand mon attention fut attirée par un article de journal relatant la plainte d’une dame âgée à l’encontre d’un tableau de Paul Delvaux…où l’on voit un jeune garçon nu dans l’embrasure d’une porte, face à une dame nue elle aussi, faisant l’offrande de ses seins ! Un des tableaux fondateurs que cette bonne dame trouvait tout bonnement scandaleux. »

Paul Delvaux, « La plage », estampe, juin 1972, exposition galerie MC2, prix: 12 000 euros.


Depuis lors, notre couple amasse les Delvaux : peintures, dessins, grandes aquarelles… Un ensemble d’autant plus exceptionnel que nos collectionneurs s’intéressent surtout aux œuvres du peintre des années 30-40, moins connues car il n’a pas encore arrêté le style qui le rendra célébre dans le monde entier. Les grands tableaux présentés sont de ce fait étonnants. On navigue entre diverses influences : Ensor, Constant Permeke, de Chirico, Gustave de Smet. Mais il y a déjà tous les éléments de son monde onirique : la féminité fascinante et si lointaine, l’homme éloigné de la femme, les paysages antiques et la théâtralité de l’existence, les gares symboles d’évasion et de solitude…

Paul Delvaux, « La femme au miroir », 1948, collection privée en dépôt au Musée d’Ixelles, Paul Delvaux fondation, Sabam Belgium 2014, photo Vincent Everarts.


Dans cette exposition figure un grand tableau de 1934 « Le rideau rouge ». Il représente une femme assise, les bras croisés, le visage légérement penché. Comme beaucoup d’œuvres de l’artiste, le modèle est bien présent car il occupe largement le tableau. Pourtant, la femme est absente, le regard vers un ailleurs inconnu, certainement attiré par la fenêtre derrière elle, symbole d’ouverture vers une autre existence.Cette œuvre de facture expressionniste et de grande dimension (190×120,5 cm) sera vendue aux enchères dans le cadre de la Brafa, la Tefaf bruxelloise qui se tient du 24 janvier au 1er février 2015, au bénéficie de l’Institut Jules Bordet dédié aux maladies cancéreuses et de Télévie, opération de récolte de fonds en faveur de la recherche contre la leucémie.

Paul Delvaux, « Le rideau rouge », 1934. Oeuvre présentée au Musée d’Ixelles et vendue avec prix de réserve lors d’une vente aux enchères caritative dans le cadre de la BRAFA 2015.


Mais notre balade avec Delvaux ne s’arrête pas à Ixelles. En rejoignant le centre-ville et le quartier du Sablon, on découvre la galerie MC2. Ouverte depuis peu par deux Français, Yves Jacquin et Jean Grimbert, elle propose une vision plus récente des œuvres de Delvaux. C’est une sélection superbe d’estampes des années 60-70 appartenant à Mira Jacob qui dirigea la galerie parisienne « le Bateau-Lavoir ». Mira Jacob entretint une longue amitié avec l’artiste et se rendait souvent à Bruxelles pour convaincre l’artiste de graver son œuvre. C’est elle qui fut l’éditeur de l’œuvre graphique de Delvaux et l’auteur du catalogue raisonné de ses gravures. En 1982, elle présentait au Bateau-Lavoir une centaine de lithographies et eaux-fortes de l’artiste.

Paul Delvaux, « La voyante » estampe, 1974, exposition galerie MC2, prix: 8 0000 euros.


En 2004, à Drouot Montaigne une grande vente Mira Jacob orchestrée par Sotheby’s et Bailly-Pommery offrait aux amateurs plusieurs gravures de l’artiste. A la galerie MC2, c’est une superbe sélection d’une trentaine d’estampes en noir et blanc gravées sous l’œil attentif de Mira Jacob que vous pourrez contempler et acquérir. L’ensemble est superbe, d’une grande fraîcheur. On y retrouve un Delvaux plus « classique » avec ses créatures dénudées, fragiles, égarées, comme en lévitation. Ces femmes aux formes parfaites, aux yeux immenses et sombres sont occupées. Elles ne nous regardent pas. Elles vaquent à leurs activités, sont perdues dans leurs pensées, suivent un chemin qui nous est inconnu. Il se dégage de ces gravures une poésie grave, une inquiétude diffuse et en même temps une impression d’éternité tranquille. Les estampes sont vendues entre 4 000 et 12 000 euros avec une seule œuvre à 16 000 euros « La gare ».

Paul Delvaux, « Devant la ville », estampe, novembre 1969, exposition galerie MC2, prix: 8 000 euros.

« Paul Delvaux dévoilé », Musée D’ixelles, rue Jean Van Volsem 71, 1050 Bruxelles, jusqu’au 18 janvier 2015, du mardi au dimanche de 9h30 à 17h.
« Paul Delvaux en noir et blanc », galerie MC2, rue Ernest Allard 22, 1 000 Bruxelles, jusqu’au 22 novembre 2014, du jeudi au samedi de 13h à 18h30

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

Aucun commentaire

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Architecture balnéaire au Touquet avec la mairie en arrière-plan #pasdecalaistourisme #pasdecalais #seasidearchitecture #architecturebalneaire #architectureannées30 #années30 #annees30 #letouquet #letouquetparisplage

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page