A la bourse de Paris, les tableaux anciens ont la cote

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Philippe Van Bree (1786-1871)  » L’atelier de Jan Frans van Daël à la Sorbonne », esquisse pour le tableau exposé au Salon de 1817. Galerie Talabardon et Gautier.


Les salons s’apparentent parfois au bon champagne. Les bulles et le goût fruité vous restent en bouche un bon moment. C’est le cas de Paris Tableau qui se tient au Palais Brongniart pour la quatrième année consécutive. Cette manifestation regroupe 26 marchands de peinture ancienne du XVIème au XIXème siècle (11 françaises et 13 étrangères) ainsi que deux galeries de cadres. Il y a quatre ans, on se disait : encore un salon dans une programmation parisienne déjà bien chargée ! Aujourd’hui, on dirait plutôt : enfin Paris Tableau, tant cette manifestation discrète emporte l’enthousiasme de par la qualité des œuvres réunies. Dans l’atmosphère tranquille d’un cabinet d’amateurs, le visiteur, ils étaient 6 000 l’an dernier, a l’impression d’évoluer dans un petit musée peu connu des circuits touristiques et pourtant rempli de trésors. Tout ou presque est à vendre à des prix allant de 10 000 euros à 5 000 000 euros. Des sommes importantes mais pourtant loin des sommets de l’art moderne et contemporain où les tableaux peuvent atteindre plusieurs dizaine de millions d’euros.

Bartholomeus va Der Helst (1613-1670) « Portrait d’un jeune garçon assis dans un paysage et tenant une bulle de savon », signé et daté 1641. Galerie Habolt and Co


L’intérêt de cette manifestation n’est pas seulement mercantile. Des conférences sont proposées et une exposition est organisée. Cette année, le colloque proposé a pour thème « Utrecht et le mouvement caravagesque international ». Une très belle exposition est programmée. Baptisée « Trois collections, une seule passion » elle regroupe des tableaux caravagesques du Centraal Museum d’Utrecht, des œuvres de la collection Axa Art et une dizaine de chefs d’œuvres hollandais et flamands de la fondation P et N de Boer. Il s’agit d’une fondation créée par un grand marchand dont les descendants exposent à Paris Tableau. Elle regroupe environ 80 tableaux et plus de 400 dessins exceptionnels (Goltzius, Rubens ou Brueghel). A Paris Tableau, vous contemplerez certains des trésors de cette fondation qui occupe une belle maison ancienne le long d’un canal à Amsterdam. Mais il vous faudra attendre décembre et l’exposition organisée par la fondation Custodia pour admirer rue de Lille une sélection de dessins exceptionnels.

Jan Brueghel le Jeune (1601-1678) et atelier « Dispute d’oiseaux », Kunsthandel P de Boer.


Mais revenons aux galeries et aux œuvres qu’il vous sera susceptible d’acheter. Ma sélection est, je le rappelle encore cette année, purement subjective car en la matière, j’éprouve la plus grande réticence face aux stratégies d’investissement dans des œuvres anciennes supposées « bankable » à court, moyen ou long terme. Un tableau c’est avant tout une rencontre avec une œuvre, un artiste, une émotion ressentie, une attirance. Après vient le temps de la réflexion, de la discussion et de la négociation autour du prix demandé. La meilleure des plus-values sera ensuite de contempler votre achat chez vous. Mais vous réaliserez certainement, sans y avoir même pensé, une belle affaire en le revendant car les œuvres anciennes sont de plus en plus recherchées même si certains thèmes nécessitent une bonne dose de culture classique.

Frans Pourbus le Jeune (1569-1622) « Portrait d’un officier Habsbourg », vers 1600, Weiss Gallery.


Cette année, les Ecoles du Nord sont très présentes. Les paysages occupent une place de choix dans la production des artistes flamands et hollandais. Un « paysage d’estuaire au bac et nageurs » de Salomon Van Ruysdael séduit par sa lumière. C’est l’aube, le soleil se lève dans des reflets violets, le fleuve s’anime. Le grain du panneau de bois et sa couleur sont utilisés comme base pour le motif des vagues. Cette représentation sereine de la vie quotidienne est présentée par David Koetser Gallery pour un prix de 280 000 euros.

Salomon Van Ruysdael (1600/3-1670) « Paysage d’estuaire au bac et nageurs »; signé et daté 1640. David Koetser gallery.


D’un style bien différent est le portrait d’un jeune garçon en Cupidon tenant une bulle de savon. Peint par Bartholomeus Van Der Helst, il mêle avec bonheur référence à l’antiquité, allégorie et joie de vivre. L’enfant est heureux. Son visage plein de santé est souriant, les joues roses, il s’amuse comme si ses bulles étaient le signe d’un amour bien fragile malgré les flèches qu’il a lancé sur les couples. Cette œuvre très séduisante est vendue par Habolt 375 000 euros.

Bernardo Bellotto dit Canaletto (1722-1780) « Piazza del Popolo ». Charles Beddington LTD.


Les représentations d’animaux sont parfois étourdissantes tant elles sont riches de couleurs. C’est le cas de cette « dispute d’oiseaux » proposées par Kunsthandel P de Boer. Cette huile sur cuivre de Jan Brueghel le Jeune, de petite taille, est tirée du tableau « Le concert des oiseaux » de Jan Brueghel l’Ancien. Cette belle volière est présentée au prix de 120 000 euros. La même galerie propose un ravissant paysage boisé aux personnages dansant dans un village. Œuvre de Lucas Valckenborch, ces représentations de la vie quotidienne sont celles qui ont fait le succès de la peinture du Nord. Ces scènes, presque rabelaisiennes et sans concession sur la nature humaine, sont plaisantes et diablement séduisantes. Ce petit tableau vaut 195 000 euros.

Luca Giordano (1634-1705) « Portrait de Platon », vers 1660, Galerie Sarti.


Frans Pourbus le Jeune est connu comme portraitiste. La galerie Weiss, spécialiste de cet artiste, présente un élégant portrait d’un officier Habsbourg des Pays-Bas espagnols. La représentation se veut moins officielle que d’autres portraits d’apparat, le modèle ne portant pas l’armure mais une tenue plus simple. Ce portrait garde cependant tout le panache qu’un jeune militaire attend de son portrait. Le visage est vif et volontaire, le maintien noble et fier. Il faut compter 375 000 euros pour cette œuvre. Elle peut se comparer à un tableau du même artiste qui sera vendu le 23 novembre prochain à Enghien-les-Bains. Il s’agit cette fois d’un homme d’âge mûr, de noir vêtu, le visage sévère et ridé au regard doux et inquiet. Il est estimé 150 000 à 200 000 euros.
Les peintres italiens sont également bien représentés dans ce salon. Beddington exposent deux œuvres dont raffolent les riches collectionneurs. La « Piazza del Popolo » de Bernardo Bellotto dit Le Canaletto est caractéristique de ces représentations urbaines de l’artiste. Les jeunes nobles anglais revenaient de leur tour d’Europe avec ces tableaux qui ornaient les murs de leurs demeures campagnardes afin de leur rappeler cette période heureuse de la découverte de l’Italie. Ce tableau est présenté pour un prix de 1 200 000 livres. Le deuxième tableau, peut-être le plus cher de Paris Tableau (4 500 000 livres), est signé Guardi. Il représente le Bassin de Saint Marc le jour de l’Ascension avec le Bucentaure. Une pure merveille représentant les derniers fastes d’une Sérénissime sur le déclin.

Johan Thomas Lundbye (1818-1848) « Peter Christian Skovgaard appuyé contre un muret dans une étable » 1843. Galerie Jean-François Heim.


Beaucoup plus austère est le portrait de Platon de Luca Giordano. Présenté par la galerie Sarti, on y retrouve ces couleurs crépusculaires rendant la présence de Platon plus forte. Le philosophe occupe l’espace. Il nous interpelle. Il faut compter 280 000 euros pour l’emporter.
Pour sa première participation à Paris Tableau, la galerie Porcini de Naples frappe fort. Elle présente une tête, Saint Gennaro décapité, peinte par Ribera. Le tableau pourrait sembler dur, pénible à regarder. Il n’en est rien. Saint Gennaro, les yeux clos, semble dormir d’un sommeil heureux, presque extatique ou méditatif. Ce tableau intense et magnifique est affiché au prix de 280 000 euros.
Revenons à des scènes plus heureuses. Pour Paris tableau, une vue d’atelier s’imposait. Elle nous vient de la galerie Talabardon et Gautier qui expose l’atelier de Jan Frans van Daël à la Sorbonne par Philippe van Bree. La lumière occupant cette grande pièce voutée est splendide. Les jeunes femmes absorbées par la peinture et le dessin sont charmantes. Une porte ouverte donne sur un jardin. Il faut compter 235 000 euros pour emporter ce moment de grâce.

Jusépe de Ribera (1591-1652) « Tête de Saint Gennaro ». Galerie Porcini.


Jean-François Heim, quant à lui, continue à défendre la peinture scandinave. Il présente ainsi une petite huile d’un artiste danois Johan Thomas Lundbye. Il s’agit du portrait d’un ami appuyé contre le muret d’une étable. Ce portrait est informel, la pose du modèle décontractée. L’artiste a saisi un instant d’intimité campagnarde. Le portrait de la comtesse d’Exeter par William Larkin est bien différent. Il est assez représentatif de ces portraits solennels, un peu guindés de la période élisabéthaine même s’il a été peint après la mort de la reine vers 1615. La fraise blanche souligne la pâleur aristocratique du visage, de même que la robe noire et les parures de perles fines. Tout atteste de la noblesse du personnage. La galerie Derek Johns en demande 175 000 euros.
La galerie Descours de Lyon est surtout connue pour présenter des artistes du XIXe siècle. Cette année pourtant elle expose un Saint Sébastien de Jacopo Negretti di Palma le Jeune. Le martyr est sensuel, musculeux, presque en mouvement, son visage ne semblant pas ressentir la souffrance des flèches perçant son corps mais plutôt une joie intérieure indéfinissable. La galerie en demande 180 000 euros.

Lucas Valckenborch (1535-1597) « Un paysage boisé aux personnages dansant et se réjouissant dans un village ». signé et daté 1596. Kunsthandel P de Boer.


Bien entendu, la peinture française est également bien défendue. Didier Aaron présente ainsi une bacchante alanguie de Jean-Baptiste Marie Pierre qui réveillerait les sens de l’homme le plus placide. Thomas Agnew expose un inhabituel tableau Gérard, bien connu pour ses portraits de la famille Bonaparte. Il s’agit de chevaux effrayés par les vagues. Dans une lumière ce crépuscule, on y sent comme l’influence de Turner.

William Larkin (1580-1619) « Portrait en buste d’ Elizabeth Drury, lady Burghley, devenu comtesse d’Exeter » peint vers 1615. Galerie Derek Johns.


La galerie Canesso, surtout connue pour ses étourdissants tableaux italiens, propose très beau portrait d’homme de Simon Vouet aux couleurs froides alors qu’Eric Coatalem met en avant un trompe-l’œil virtuose de Louis Léopold Boilly comme l’avait fait l’exposition du musée des Beaux-Arts de Lille. On y voit des pièces de monnaie, des lettres, une plume et un portrait miniature d’homme sur le plateau d’un guéridon.

Jacopo Negretti dit Palma le Jeune (vers 1548-1628) « Saint Sébastien », signé. Galerie Michel Descours.


Inutile de poursuivre. Rendez-vous à la Bourse de Paris et entrez dans ce merveilleux musée à vendre.

Francesco Guardi (1712-1793) « Le Bassin de Saint Marc, le jour de l’Ascension, avec le Bucentaure partant pour San Nicolo del Lido ». Charles Beddington Ltd.


Paris Tableau, du 13 au 16 novembre au Palais Brongniart, place de la Bourse de 11h à 20h, nocturne le 13 jusqu’à 22h, fermeture à 18h30 le 16 novembre.
Prix d’entrée : 15 euros. www.paristableau.com

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