Jacques-Emile Blanche, un portraitiste mondain à la recherche de l’âme

marche-de-l-art, publié le


L’an dernier, au printemps, dans le cadre du festival Normandie impressionniste, le château-musée de Dieppe consacrait une exposition à Jacques-Emile Blanche (1861-1942). On y découvrait des paysages et des natures mortes mais également une impressionnante galerie de portraits. Fin 2012, la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent exposait également des portraits de l’artiste mais dans une délicieuse ambiance de salon Belle Epoque. Bourgeois élégant, cultivé, excellent pianiste, élève de Mallarmé, ami d’Henri Bergson, de Gide, fréquentant Helleu et toute l’élite intellectuelle parisienne et européenne, il a l’image d’un portraitiste mondain, un peu facile.
Pourtant, son importante production contient des portraits magnifiques.
Le plus célèbre est certainement celui de Marcel Proust. Ce tableau qui appartient au musée d’Orsay est pourtant d’une grande profondeur. On y contemple, dans un contour sombre, un homme de 21 ans, au visage pâle, au look de dandy mais au regard doux et inquiet.
Dans les dix jours à venir, les amateurs du peintre vont pouvoir acheter plusieurs de ces portraits de l’artiste.
L’un d’entre eux est proposé le 10 décembre prochain par Sotheby’s Londres (voir photo ci-dessus). Il dépeint Daisy Fellowes (1890-1962) née Marguerite Decazes. Cette riche et élégante jeune femme avait épousé Reginald Fellowes, un proche de Winston Churchill. Adepte des grands couturiers de l’époque (Poiret, Chanel, Schiaparelli), la réputation de splendeur de ses bijoux signés des plus grands joailliers n’était pas usurpée. Daisy fréquentait les Windsor et Cecil Beaton, partageant son existence oisive entre Londres et la Côte d’Azur. Le portrait montre une belle femme moins flamboyante, moins mondaine qu’il n’y parait, pensive et calme. Ce portrait est estimé 50 000 à 70 000 livres (63 000 à 89 000 euros).

Jacques-Emile Blanche, « Portrait de la cantatrice Marya Freund et de ses enfants Stefan et Doda Conrad », 1913. Estimation 30 000 à 40 000 euros.
Pierre Bergé et associés, Hôtel Drouot, vente le 17 décembre.


Dans un style assez similaire, mais plus intime et familial, Pierre Bergé et associés propose un portrait sensible de la cantatrice Marya Freund et de ses enfants Stefan et Doda Conrad. Cette interprète de Mahler et Milhaud est ici représentée entre ses deux fils affectueusement blottis contre elle. On y sent une complicité tendre même si Marya Freund semble avoir l’esprit ailleurs, se demandant peut-être comment chanter un lieder qu’on vient de lui proposer. Mis en vente à Drouot le 17 décembre prochain, ce tableau daté de 1913 devrait trouver preneur entre 30 000 et 40 000 euros.

Jacques-Emile Blanche « Portrait de Léon Kyrillovitch Narychkine, âgé de six ans », 1910. Estimation 11 000 à 15 000 euros.
Christie’s Londres, vente du 9 décembre.


Revenons à Londres, cette fois chez Christie’s. Le 9 décembre, la maison de ventes propose un portrait d’enfant de Jacques-Emile Blanche. Il s’agit du jeune Léon Kyrillovitch Narychkine âgé de six ans. Cette illustre famille de princes russes est connue pour ses liens avec les Romanov. Le portrait n’a rien d’officiel. Blanche ne dépeint pas le digne héritier d’une grande famille de l’aristocratie mais un petit garçon mince, timide, aux grands yeux doux. Il est fragile, concentré et pose docilement devant l’artiste. Ce tableau, d’une grande tendresse est estimé 8 000 à 12 000 livres soit environ 11 000 à 15 000 euros.

Jacques-Emile Blanche, « Portrait de Jean Cocteau », 1913, dédicacé à Madame Cocteau. Estimation 80 000 à 120 000 euros.
Beaussant Lefèvre, Hôtel Drouot, vente le 18 décembre.


Repassons la Manche et regagnons Paris. A Drouot, la maison Beaussant Lefèvre propose le 18 décembre prochain, deux portraits de Jacques-Emile Blanche. Le premier qui pourrait atteindre 80 000 à 120 000 euros représente Jean Cocteau. Blanche entretient des relations amicales et complices avec Cocteau. Il l’a portraituré plusieurs fois. Le poète pose ici devant la cheminée dans une tenue décontractée, le visage lumineux. Le tableau est clair, joyeux comme si l’artiste avait saisi un instant de bonheur pendant un long week-end entre amis.

Jacques-Emile Blanche « Henriette Chabot aux pivoines », 1884. Estimation 150 000 à 200 000 euros.
Beaussant Lefèvre, Hôtel Drouot, vente du 18 décembre.


Le deuxième portrait représente Henriette Chabot alanguie sur l’herbe, absorbée dans ses rêveries. Sur le devant, on aperçoit un plateau d’argent sur lequel repose une collation et un massif de pivoines. Ce tableau reprend la partie droite d’une importante toile (215 x 285 cm) « Lawn-Tennis » ou « L’après-midi au club, à l’ombre des grands arbres ». Blanche y rendait hommage au « Déjeuner sur l’herbe » de Manet. A l’époque, nous sommes en 1884, Henriette était son modèle préféré. Toujours représentée avec la même robe de mousseline, elle correspondait à l’idéal féminin de Blanche qui disait surtout vouloir capturer « l’âme la plus profonde et la plus intime » de la femme plutôt que son charme. Ce beau portrait pourrait atteindre 150 000 à 200 000 euros.

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