Peinture française du XVIIIe siècle: la merveilleuse collection Grandchamp des Raux en vente

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Pour une fois, je vais mettre la charrue avant les bœufs et dès le départ, avant que vous ne sachiez de quoi je parle, vous conseiller d’acheter. Pourquoi ?

Le 26 mars prochain, après la TEFAF, Sotheby’s en association avec Artcurial et le cabinet Eric Turquin propose aux amateurs la collection de peintures de Louis Grandchamp des Raux, soit une cinquantaine de tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles français. Le chiffre semble modeste et l’estimation globale de la vente l’est également : entre 5 et 7 millions d’euros bien loin des montants astronomiques des vacations d’art contemporain.

Patiemment constituée pendant une bonne vingtaine d’années, cette collection comprend pourtant tous les grands noms de la peinture française : Boucher, Fragonard, Desportes, Louyse Moillon, Hubert Robert, Anne Vallayer-Coster et des artistes plus confidentiels comme Pierre-Antoine Lemoine ou Nicolas-Bernard Lépicié. Mais l’art de cette époque n’est pas, comme pour le mobilier, très « tendance » aujourd’hui. Notre collectionneur a profité de cette relative désaffection pour constituer un ensemble proprement stupéfiant !

Laissons la parole à Eric Turquin « J’ai rencontré Louis Grandchamp des Raux dans les années 1980…Ce fut le début d’une aventure de presque trente ans. Très attiré au départ par la peinture hollandaise et flamande de la première moitié du XVIIe son goût a naturellement évolué au contact passionné de la peinture : d’abord vers le XVIIe français puis vers le XVIIIe dont il a découvert avec gourmandise la délicatesse et le raffinement ».

Pierre-Antoine Lemoine "Nature morte aux raisins, plat de pêches et potiche chinoise sur un entablement en pierre". Estimation: 150 000-200 000 €

Pierre-Antoine Lemoine « Nature morte aux raisins, plat de pêches et potiche chinoise sur un entablement en pierre ». Estimation: 150 000-200 000 €


Notre amateur est bien loin des condottieri flamboyants dont on parle sans cesse dans les grandes ventes, collectionnant les tableaux et les artistes les plus chers, spéculant sur leur cote et n’hésitant pas de façon ostentatoire à étaler leurs munificents achats. Louis Grandchamp des Raux appartient à une toute autre catégorie, discret, érudit et loin de toute préoccupation spéculative. Comme le souligne avec le sourire Eric Turquin le meilleur moyen de le dissuader d’acheter un tableau est de lui dire que « c’est une bonne affaire » susceptible de dégager une belle plus-value à la revente. Chez lui, aucun désir de gain rapide mais la volonté d’assouvir sa passion, de constituer un ensemble cohérent et équilibré. Partant du principe que les tableaux les plus chers n’étaient pas forcément les plus beaux, il a essentiellement acheté par émotion. Par tradition familiale, il s’intéressait aux flamands puis il a acquis une superbe nature morte aux pêches de Louyse Moillon. Cet achat a provoqué un déclic. Progressivement, il est passé du XVIIe au XVIIIe siècle, à son raffinement, à son côté XVIIe sublimé.

Nicolas-Bernard Lépicié " Jeune femme à sa couture ou portrait de Madame Lagrenée". Estimation: 20 000-30 000 €

Nicolas-Bernard Lépicié « Jeune femme à sa couture ou portrait de Madame Lagrenée ». Estimation: 20 000-30 000 €

Sa collection est le reflet de ce « goût français » avec un intérêt tout particulier pour la nature morte et les portraits de femmes. L’ensemble est parfait, d’un rare équilibre, digne d’un musée. On frôle la perfection et contempler ces œuvres apporte une certaine sérénité. Comme le rappelle Eric Turquin, « Ce sont des tableaux qui se touchent avec les yeux ».

Si Lois Grandchamp des Raux vend l’intégralité de cette collection, c’est qu’il s’intéresse désormais au XIXe siècle, notamment à Corot.

Joseph Vernet "Le départ des pêcheurs au lever du jour". 1747 Estimation: 400 000-600 000 €.

Joseph Vernet « Le départ des pêcheurs au lever du jour », 1747. Estimation: 400 000-600 000 €.

Pour l’amateur, c’est une occasion unique d’acheter des chefs-d’œuvre sur un marché où les beaux tableaux du XVIIIe siècle, de qualité muséale, sont rares. La « nature morte aux pêches » de Louyse Moillon est estimée 400 000 à 600 000 euros, un sensible «  Portrait de femme assise tenant un violon » d’ Anne Vallayer-Coster daté de 1773 300 000 à 400 000 euros (voir illustration d’ouverture)… « Le départ des pêcheurs au lever du jour » de Joseph Vernet, daté de 1747 baigne dans une brume matinale au pâle soleil. Classé Monument Historique et par conséquent interdit de sortie du territoire, cette œuvre majeure est estimée 400 000 à 600 000 euros. Rare également la « Nature morte aux raisins, aux pêches et à la potiche chinoise » de Pierre-Antoine Lemoine estimée 150 000 à 200 000 euros. On mordrait volontiers dans les fruits !

Louyse Moillon " Nature morte aux pêches sur un plat d'étain, boîte de copeau sur un entablement", 1634. Estimation: 400 000- 600 000 €.

Louyse Moillon  » Nature morte aux pêches sur un plat d’étain, boîte de copeau sur un entablement », 1634. Estimation: 400 000- 600 000 €.


Vous trouverez beaucoup moins cher, notamment un délicat petit portrait de « Madame Lagrenée à son ouvrage » de Nicolas-Bernard Lépicié. Le modèle est pensif. On pense à Chardin. Il est estimé 20 000 à 30 000 euros.

Ces merveilles seront exposées à Paris chez Artcurial du 20 au 23 mars puis chez Sotheby’s le 24 et 25 mars, la vente s’y tenant le 26 mars au soir. D’ici là, faites des économies ou négociez une ligne de crédit avec votre banquier!

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1 commentaire

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MARY

Bonjour,
Y a t il, dans cette vente, un tableau de L. E. VIGGEE-LEBRUN ?
cordialement
Ph. M;


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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