La Brafa: la Brussels Art Fair ou le « Bonheur Ressenti A Frequence Annuelle »

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

brafa2015-1
Je ne veux surtout pas faire de publicité pour la SNCF qui augmente ses tarifs de 2,6 % sans vraiment améliorer le service au voyageur, mais je n’ai qu’un conseil à vous donner : prenez le Thalys pour Bruxelles, 1h20 de trajet si tout va bien, entre le 24 janvier et le 1er février. Pas pour revoir la Grand Place, photographier le Manneken-pis en tenue d’hiver ou déguster un waterzoï de poulet à la gantoise encore que, si vous restez deux ou trois jours dans la capitale belge, rien ne vous l’interdit.

Verdure àfeuille de chou, probablement Audenarde, 3ème quart XVIe siècle. De Wite Fine Tapestries. Prix: 180 000 €

Verdure àfeuille de chou, probablement Audenarde, 3ème quart XVIe siècle. De Wit Fine Tapestries. Prix: 180 000 €


Non, il s’agit de vous rendre dans un ancien espace industriel, situé dans un quartier sans grand charme en pleine rénovation, et d’y rester un bon moment. Ce bâtiment XIXe siècle, en briques, s’appelle Tour et Taxis et abrite la 60e édition de la Brafa (Brussels Art Fair). Ce salon, qui réunit cette année 126 antiquaires et galeries d’art, est un vrai bonheur, un plaisir des yeux renouvelé chaque année. Y entrer vous met immédiatement en joie, comme un enfant qui s’apprête à ouvrir un pot de confiture pour y tremper un doigt et le porter à la bouche.

"Aphrodite guidant la flèche d'Eros" Rudolf Tegner (1873-1950), galerie Victor Werner. Prix: 90 000 €

« Aphrodite guidant la flèche d’Eros » Rudolf Tegner (1873-1950), galerie Victor Werner. Prix: 90 000 €


L’ambiance y est pour beaucoup : sympathique, décontractée et chic, bref une attitude typiquement belge. Mais il n’y a pas que l’ambiance, loin de là. La Brafa c’est aussi une belle caverne d’Ali-Baba dans laquelle on voudrait toucher à tout car on y trouve de tout. Elle regroupe les plus fameux antiquaires et galeries belges (une cinquantaine) et des professionnels venus d’une dizaine de pays, pour la plupart européens.

" Pommes A" Rik Wouters (1882-1916), galerie Lancz

 » Pommes A » Rik Wouters (1882-1916), galerie Lancz


Bien évidemment, l’intérêt pour le visiteur venu de France consiste à faire connaissance avec ces galeries belges. Pour un amateur comme moi d’art belge, à butiner d’un stand à l’autre entre la sculpture Haute Epoque, les peintres flamands, les artistes de l’école de Laethem, les surréalistes, le mobilier Art Nouveau, la BD, les grands noms de l’art contemporain, c’est l’extase assurée. Certains stands sont absolument incontournables.

" La caravane" Constant Permeke ( 1886-1952). Galerie Oscar de Vos

 » La caravane » Constant Permeke ( 1886-1952). Galerie Oscar de Vos


Pour la peinture, il faut impérativement s’arrêter chez Francis Maere qui présente une sélection d’artistes belges toujours très équilibrée. Cette année, vous y verrez des oeuvres d’Emile Claus et de George Minne. Oscar de Vos présente comme chaque année Constant Permeke et Gustave van de Woestyne (voir illustration d’ouverture avec le superbe « Deeske on the field », daté 1908). Quant à la galerie Lancz, elle s’intéresse à Rik Wouters.

"Villa Zonneschijn", Emile Claus (1849-1924), Francis Maere Fine Art. Prix: 220 000 €

« Villa Zonneschijn », Emile Claus (1849-1924), Francis Maere Fine Art. Prix: 220 000 €


Plus classique, la maison Costermans présente des peintres flamands du XVIIe siècle tout comme Jan Muller Antiques. Dans le domaine de la sculpture, ne manquez pas la sélection de Victor Werner qui s’intéresse à la première moitié du XXe siècle et expose artistes belges et européens. Tobias de Smet de la galerie éponyme, qui expose pour la première fois à la BRAFA, inaugure son stand avec un relief Renaissance de Vierge à l’Enfant attribué à l’atelier du toscan Gregorio di Lorenzo. Quant à Bernard de Leye, le grand spécialiste de l’argenterie et de l’orfèvrerie, sa sélection est toujours magnifique de même que celle de la galerie d’Arschot et Cie. Pour la Haute-Epoque, de Backker Medieval Art présente des sculptures religieuses d’une grande sensibilité et De Wit des tapisseries « Feuilles de choux » à la chlorophylle éclatante.

"Cerf" d'Auguste Trémont (1892-1980), bronze, n°2, vers 1930, galerie Xavier Eeckhout: 40 000 €

« Cerf » d’Auguste Trémont (1892-1980), bronze, n°2, vers 1930, galerie Xavier Eeckhout: 40 000 €


Il ne faut pas oublier non plus les galeries belges d’Arts Premiers. Didier Claes, Pierre Dartevelle ou Serge Schoffel en sont les meilleurs représentants même si ce dernier, cette année, présente un sculpteur contemporain, Joseph Henrion, inspiré par l’Afrique.
Mais ne délaissez surtout pas les galeries et antiquaires des autres pays exposants. Les sculptures animalières du Français Xavier Eeckhout sont sensibles, délicates. Sa sélection est toujours parfaite d’équilibre. Venant de Grande-Bretagne, Mullany, propose un Christ du XVIIe siècle de toute beauté. Jörg Schuhmacher, de Francfort, sélectionne des dessins, aquarelles et tableaux du XIXe et du XXe siècle créant un bel éclectisme.

" Le départ des pêcheurs" Emmanuel Petersen (1894-1948). Galerie Philippe Heim. Prix: 12 000 €.

 » Le départ des pêcheurs » Emmanuel Petersen (1894-1948). Galerie Philippe Heim. Prix: 12 000 €.


L’archéologie est également un secteur fort de la BRAFA. La galerie belge Harmakhis y expose des antiquités égyptiennes de toute beauté. Phoenix Ancient Art des bronzes romains ou étrusques dans un merveilleux état de conservation, la galerie Chenel une sélection de sculptures spectaculaires, Jacques Barrère des Boudhas d’une grande intensité spirituelle, Eric Pouillot des terres cuites archaïques chinoises aux formes séduisantes…

Cabinet par Eugène Printz (1889-1948) et Jean Dunand (1877-1942), vers 1940. Robertaebasta. Prix: 400 000 €

Cabinet par Eugène Printz (1889-1948) et Jean Dunand (1877-1942), vers 1940. Robertaebasta. Prix: 400 000 €


Quant au mobilier, vous trouverez matière à orner votre demeure. Si vous aimez le style Restauration, précipitez-vous au Couvent des Ursulines. Les meubles sélectionnés sont toujours splendides et exposés de façon à montrer leur étonnante modernité. Pour le XVIIIe siècle trois galeries présentent le Must des créations françaises de cette époque : la Galerie Berger de Beaune et les parisiens François Léage et Steinitz. Quant aux amateurs d’Art Deco, ils seront aux anges entre la galerie Mathivet, Marcilhac ou Robertaebasta qui propose un splendide cabinet d’Eugène Printz et Jean Dunand.

"Trois femmes en pleurs" George Minne (1866-1941), Plâtre. Francis Maere Fine Art. Prix: 110 000 €

« Trois femmes en pleurs » George Minne (1866-1941), Plâtre. Francis Maere Fine Art. Prix: 110 000 €


Je vais arrêter cette énumération ne souhaitant pas ici reproduire le catalogue qui vous sera remis à l’issue de votre visite. De toute façon, vous n’avez pas à barguigner. Peu importe les tempêtes de neige, les rafales de vent, la pluie diluvienne. Délaissez le cocooning au coin du feu et rendez-vous à la BRAFA.
Composition, 1985, Maurice Estève (1904-2001), aquarelle. Galerie Jörg Schuhmacher. Prix: 68 000 €

Composition, 1985, Maurice Estève (1904-2001), aquarelle. Galerie Jörg Schuhmacher. Prix: 68 000 €


Dans cet écrin, vous retrouverez votre entrain et votre joie de vivre. En somme, inutile de partir aux sports d’hiver vous requinquer. Un petit séjour à la BRAFA, avec éventuelle acquisition d’une belle pièce que vous pourrez ensuite contempler à loisir chez vous, vous fera le plus grand bien.

Cabinet en Durulumin, bois laqué et verres décorés, vers 1937. René Drouet (1899-1993). Galerie Mathivet.

Cabinet en Durulumin, bois laqué et verres décorés, vers 1937. René Drouet (1899-1993). Galerie Mathivet.


Pour terminer, je répéterai la maxime d’Oscar Wilde, déjà citée l’an dernier, mais qui, à mon sens résume la stratégie que doit adopter tout visiteur sensé de la BRAFA : « La meilleure façon de résister à la tentation c’est d’y céder ». D’autant plus facilement que vous y trouverez de quoi satisfaire toutes vos envies dans une gamme de prix partant de 1 000 euros (par exemple 1 400 euros pour une estampe d’Ensor) à plusieurs millions d’euros pour un immense tableau de Tamara de Lempicka.

Cristo Vivo, Joseph Villermé (1660-1720), Ivoire, fin XVIIe, galerie Mullany: 85 000 €

Cristo Vivo, Joseph Villermé (1660-1720), Ivoire, fin XVIIe, galerie Mullany: 85 000 €


BRAFA 2015, du 24 janvier au 1er février de 11 h à 19h, le 29 janvier jusqu’à 22h. Prix d’entrée : 20 € (gratuit pour les visiteurs célébrant leur 60 ans pendant la foire). Tour et Taxis, avenue du Port 86C, B-1000 Bruxelles.

"Tête d'homme" art celtique, Angleterre 1er siècle avant-1er siècle après JC. Galerie Finch and Co. Prix: 28 500 €

« Tête d’homme » art celtique, Angleterre 1er siècle avant-1er siècle après JC. Galerie Finch and Co. Prix: 28 500 €

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

2 commentaires

Avatar de Aubert

Aubert

Hello,
Hâte de m’y rendre… (j’y vais vendredi) quelle superbe présentation, alléchante qui plus est !
Merci R.
See you soon

Marie (Gazette Drouot)


Répondre

Avatar de Const

Const

Merci robin pour ce bel article
Kiss


Répondre

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Punchy mon merveilleux petit cairn terrier #dogs #dogslovers #chiens #monchien #mydog #ilovemydog #cairnterrier #cairnterrierlove

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page