Francis Bacon et Gerhard Richter sur les bords de la Tamise

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Les deux grandes maisons anglo-saxonnes, Christie’s et Sotheby’s, se livrent à une lutte impitoyable afin de présenter dans leurs ventes de prestige les plus belles œuvres. Cette lutte est un véritable bonheur pour l’amateur que je suis. Dans tous les domaines, les spécialistes des deux maisons arrivent toujours à trouver des pièces rares, exceptionnelles ou prestigieuses dont les collectionneurs acceptent de se séparer et qu’il m’est possible de contempler à loisir à défaut de pouvoir les acheter. Les ventes du soir d’art moderne et contemporain de Londres de mi-février en apportent une fois de plus la démonstration. Les catalogues sont épais comme des dictionnaires et fortement documentés. Les œuvres proposées sont emballantes ! Un vrai bonheur !
Christie’s comme Sotheby’s proposent ainsi chacune un Basquiat comme on les aime : envahissant, puissant, coloré. Chez Christie’s « Three delegates », daté de 1982 représente trois crânes. L’œuvre est estimée 5 à 7 millions de livres. Chez Sotheby’s « Campaign » peint en 1984 s’inspire de l’Afrique et des créations de Picasso. Ce tableau est estimé 3 à 4 millions de livres.
Mais en terme de comparaison entre les deux maisons, le match le plus difficile à trancher concerne deux tableaux de Francis Bacon et deux œuvres de Gerhard Richter.
Sotheby’s propose à la vente un diptyque de Bacon (voir illustration d’ouverture). Il s’agit de deux études pour un autoportrait. Il en existe trois de ce type et de cette dimension. Comme le disait si bien le critique d’art Michael Peppiatt l’artiste « n’était jamais plus brillant, incisif et féroce que lorsqu’il se dépeignait lui-même ». Ce diptyque est le parfait reflet des tourments du peintre, des interrogations sur ses raisons d’exister. Bacon a les yeux baissés, le bas du visage reformulé en touches rondes. Le fond de l’œuvre, d’un noir total, dramatise les stigmates du visage ravagé par les interrogations de l’âme. Cette œuvre magistrale est estimée 13 à 18 millions de livres.

Gerhard Richter, "Vierwaldstätter See (Lac de Lucerne)", peint en 1969. Estimation autour de 10 millions de livres. Vente Christie's Londres, 11 février.

Gerhard Richter, « Vierwaldstätter See (Lac de Lucerne) », peint en 1969. Estimation autour de 10 millions de livres. Vente Christie’s Londres, 11 février.


Christie’s présente l’un des sujets les plus connus de Bacon ; une étude de tête du pape Pie XII. On y ressent la fascination du peintre pour les hommes de pouvoir, pouvoir absolu qui les rend pourtant si vulnérables et fragiles. Là encore, tout comme pour ses autoportraits, Bacon restitue à merveille les angoisses de l’homme d’Eglise. Le souverain pontife, droit et digne, détenteur d’un pouvoir temporel et spirituel est perdu dans un abîme de réflexion. Il mériterait de figurer dans la magnifique exposition qui se tient actuellement à Saint-Pétersbourg à l’Ermitage sur le thème de « Bacon et l’art du passé ». Ce tableau devrait atteindre 9 millions de livres.

Francis Bacon, "Etude de tête", peint en 1955. Estimation autour de 9 millions de livres. Vente Christie's Londres, 11 février.

Francis Bacon, « Etude de tête », peint en 1955. Estimation autour de 9 millions de livres. Vente Christie’s Londres, 11 février.


Quant à Richter, Sotheby’s propose un tableau de la série « Abstraktes Bild ». On retrouve dans cette grande toile, datée de 1986, le chromatisme vif de l’artiste, ces couleurs appliquées par traits puissants sur la toile. Cette œuvre pourrait obtenir entre 14 et 20 millions de livres.
Christie’s vend quatre tableaux de l’artiste dont un beau monochrome rouge estimé 9 à 14 millions d’euros. Pourtant ma préférence va à une vue du lac de Lucerne réalisée en 1969. On est loin de l’abstraction colorée qui a fait la réputation de l’artiste. Tiré d’une photo, le paysage, dans une douce tonalité grise, nous plonge dans le romantisme allemand. On y imagine volontiers Werther errant sur les bords du lac souffrant de son amour impossible pour Charlotte. Cette œuvre est estimée autour de 10 millions de livres.

Gergard Richter, "Abstraktes Bild", 1986. Estimation 14 à 20 millions de livres. Vente Sotheby's Londres, 10 février.

Gergard Richter, « Abstraktes Bild », 1986. Estimation 14 à 20 millions de livres. Vente Sotheby’s Londres, 10 février.


Quant au résultat du match entre Christie’s et Sotheby’s afin de déterminer lequel des deux présente les plus belles œuvres, j’opte pour la neutralité du match nul. Je n’arrive pas à faire un choix entre les tableaux. Milliardaire, j’achèterais les deux Basquiat, les deux Bacon et les deux Richter !

Vente Sotheby’s Londres 10 février 2015
Vente Christie’s Londres, 11 février 2015

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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