Les Maîtres Anciens sous domination londonienne

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Lors de la présentation du dernier rapport du conseil des ventes Catherine Chadelat, sa présidente, soulignait que Londres était le bastion inexpugnable de la peinture ancienne. A consulter les catalogues des ventes orchestrées par Sotheby’s et Christie’s les 8 et 9 juillet prochain, on ne peut qu’acquiescer. C’est un véritable festival de pépites.
Soucieux de respecter une parfaite égalité entre les deux grandes maisons anglo-saxonnes, je vous propose une sélection de 10 tableaux, 5 chez Christie’s et 5 chez Sotheby’s. Il y a bien d’autres merveilles à contempler. Un week-end à Londres est envisageable mais, en ces périodes de premiers départs en vacances, l’Eurostar doit être plein à craquer. Il faudra donc vous contenter des catalogues.

Giovanni Domenico Tiepolo (1727-1804); "La famille Tiepolo". Estimation: 2,5 à 3,5 millions de livres. Sotheby's Londres, 8 juillet.

Giovanni Domenico Tiepolo (1727-1804); « La famille Tiepolo ».
Estimation: 2,5 à 3,5 millions de livres.
Sotheby’s Londres, 8 juillet.

Mon coup de cœur va à un tableau de Giovanni Domenico Tiepolo. Il représente la famille de l’artiste dans son intérieur. L’œuvre, probablement peinte en 1762 peu avant le départ de Giovanni Domenico en Espagne avec son père Giovanni Battista, est inachevée. On y voit ses deux frères, sa mère et ses sœurs. L’aisance est palpable, l’atmosphère bourgeoise et sereine. On est en présence « d’aristocrates de l’art », une famille d’artistes prestigieux sollicités par les plus grands noms de l’Europe du XVIIIe siècle. Ce tableau superbe est estimé 2,5 à 3,5 millions de livres.

Peter Paul Rubens (1577-1640); "Portrait d'homme barbu". Estimation: 2 à 3 millions de livres. Christie's Londres, 9 juillet.

Peter Paul Rubens (1577-1640); « Portrait d’homme barbu ».
Estimation: 2 à 3 millions de livres.
Christie’s Londres, 9 juillet.


Rubens est surtout connu pour ses scènes mythologiques, ses tableaux de grande dimension et ses naïades aux formes plus que généreuses. Ses portraits sont beaucoup plus sobres, loin de cette débauche de chair, d’or et de couleurs. C’est le cas de ce visage d’homme barbu estimé 2 à 3 millions de livres. Il ne nous fait pas face, son regard est attiré vers autre chose. La lumière est celle d’une chandelle et donne à l’homme une carnation rosée. On l’imagine, à l’abri de l’hiver, dans la chaude intimité d’une maison hollandaise.

Bernardo Bellotto (1721-1780); "Vue du Grand Canal".  Estimation:2,5 à 3,5 millions de livres. Sotheby's Londres, 8 juillet.

Bernardo Bellotto (1721-1780); « Vue du Grand Canal ».
Estimation:2,5 à 3,5 millions de livres.
Sotheby’s Londres, 8 juillet.


Chacune des deux maisons de ventes propose une œuvre de Bellotto, l’un des grands védustistes vénitiens. La première, chez Sotheby’s, représente le Grand Canal. Ce tableau appartenait jusqu’à présent au comte de Carlisle. Il avait été commandé avec une quarantaine d’autres tableaux par le 4e comte lors de son Grand Tour en Italie vers 1738-1739. C’est une œuvre de jeunesse et l’on y sent encore l’influence de Canaletto avec cependant l’émergence d’un style propre caractérisé notamment par une grande rigueur de détails dans l’architecture. Ce Grand Canal est estimé 2,5 à 3,5 millions de livres.

Bernardo Bellotto (1721-1780); "Dresde, vue de la rive droite de l'Elbe". Estimation: 8 à 12 millions de livres. Christie's Londres, 9 juillet.

Bernardo Bellotto (1721-1780); « Dresde, vue de la rive droite de l’Elbe ».
Estimation: 8 à 12 millions de livres.
Christie’s Londres, 9 juillet.


Le tableau de Christie’s est une vue de Dresde sur les bords de l’Elbe. Il s’agit d’une commande de l’Electeur de Saxe Frédéric-Auguste II. Le tableau a presque l’aspect d’un relevé topographique de la ville et l’on peut y voir la Frauenkirche, le palais Fürstenberg et la bibliothèque de Brühl, ces augustes bâtiments se reflétant dans le fleuve. Pour ce tableau splendide, il faut compter 8 à 12 millions de livres.

Ferdinand Bol (1616-1680), "Portrait d'un garçon de huit ans", peut-être le fils de l'artiste. Estimation: 2 à 3 millions de livres. Sotheby's londres, 8 juillet.

Ferdinand Bol (1616-1680), « Portrait d’un garçon de huit ans », peut-être le fils de l’artiste.
Estimation: 2 à 3 millions de livres.
Sotheby’s londres, 8 juillet.


Changeons de style et de siècle pour retourner aux Pays-Bas. Ferdinand Bol, élève favori de Rembrandt est un portraitiste de grand talent. Le tableau présenté par Sotheby’s est un rare portrait en pied d’enfant, un jeune garçon de huit ans, a priori le fils de l’artiste. Debout dans un luxueux intérieur, il semble décontracté, sûr de lui dans sa jolie tenue à la dernière mode. Ce portrait d’apparat n’a rien de solennel. Pourtant, à l’époque, ces grands portraits (notre tableau fait tout de même 170 sur 150 cm) étaient très onéreux et réservés aux familles de haute naissance. Ils étaient donc parfois assez rigides dans leur apparence ce qui est loin d’être le cas de ce jeune garçon. Ce portrait est estimé 2 à 3 millions de livres.

Richard Parkes Bonington (1802-1828); "Paysage de bord de mer". Estimation: 2 à 3 millions de livres. Christie's Londres, 9 juillet.

Richard Parkes Bonington (1802-1828); « Paysage de bord de mer ».
Estimation: 2 à 3 millions de livres.
Christie’s Londres, 9 juillet.


L’anglais Richard Parkes Bonington est beaucoup moins connu en France que Turner. Ses œuvres baignent pourtant dans une lumière rare et des couleurs douces. Edith Wharton le surnommait le « Keats de la peinture ». Son œuvre est bien évidemment influencée par Turner mais elle est plus calme, plus posée et incite au repos. Ce paysage de bord de mer en est la parfaite illustration. Il est estimé 2 à 3 millions de livres.

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), "Dans les blés"; Estimation: 2 à 3 millions de livres. Sotheby's Londres, 8 juillet.

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), « Dans les blés »; Estimation: 2 à 3 millions de livres.
Sotheby’s Londres, 8 juillet.


Fragonard, c’est la quintessence de l’esprit coquin du XVIIIe siècle français. Son tableau certainement le plus célèbre « Le verrou » illustre à merveille cette rivalité, cette complicité homme-femme au moment où l’amant est prêt d’obtenir ce qu’il veut, sa conquête abandonnant toute résistance, prête à céder à la passion charnelle. « Dans les blés » pourrait tout à fait constituer le pendant champêtre de la version « urbaine » du Verrou. La jeune femme, les vêtements en désordre, se débarrasse vivement de son chapeau pour la plus grande joie de son compagnon qui la regarde avec gourmandise, prêt à croquer cette « jolie pomme ». Le tableau est estimé 2 à 3 millions de livres.

Le Greco (1541-1614), "Christ en Croix"; estimation: 1 à 1,5 million de livres. Christie's Londres, 9 juillet.

Le Greco (1541-1614), « Christ en Croix »; estimation: 1 à 1,5 million de livres.
Christie’s Londres, 9 juillet.


Bien évidemment, on change totalement de registre avec ce Christ en Croix du Greco. Le peintre grec exalte ici la force du sacrifice, la crucifixion pour le pardon des hommes renforçant leur religiosité et leur foi en la puissance du catholicisme, seul sauveur des âmes. Cette œuvre sévère et magnifique est estimée 1 à 1,5 million de livres.

Lucas Cranach le Vieux (1472-1553); "La bouche de la vérité"; Estimation: 6 à 8 millions de livres. Sotheby's Londres, 8 juillet.

Lucas Cranach le Vieux (1472-1553); « La bouche de la vérité »; Estimation: 6 à 8 millions de livres.
Sotheby’s Londres, 8 juillet.


Cranach le vieux n’a pas seulement représenté de graciles jeunes femmes entourées d’anges au miel. Il a aussi illustré bien des paraboles et des légendes. C’est le cas de cette bouche de la vérité. L’histoire prétend que ce disque de pierre en forme de mascaron représentant une créature barbue retient la main de la personne qui ment dans sa bouche ouverte. On peut encore voir ce disque à Rome dans l’église Santa Maria in Cosmedin, une scène célèbre avec Audrey Hepburn et Gregory Peck le prenant comme décor dans le film « Vacances Romaines ». Dans le tableau de Cranach, une jolie femme doit subir l’épreuve sous les yeux de son atrabilaire et vieil époux. Son amant, déguisé en fou, tient sa taille de ses deux mains et s’apprête à l’embrasser juste avant qu’elle ne mette la main dans la bouche ouverte. Elle pourra ainsi prétendre qu’elle n’a jamais embrassé d’autre homme que son mari à l’exception de ce fou qui vient de lui voler un baiser. Ainsi, sa main ne sera pas retenue par la bouche. Ce tableau plein d’humour et favorable à la donzelle est estimé 6 à 8 millions de livres.

Pierre Brueghel le Jeune "1564/5-1637), "Le repas de noce"; Estimation: 1,5 à 2,5 millions de livres. Christie's Londres, 9 juillet.

Pierre Brueghel le Jeune « 1564/5-1637), « Le repas de noce »; Estimation: 1,5 à 2,5 millions de livres.
Christie’s Londres, 9 juillet.


Enfin ne boudons pas un grand classique de la peinture flamande. Parmi les quatre tableaux de Pierre Brueghel le Jeune proposé par Christie’s figure une version du célébrissime « Repas de Noces ». La version originale de ce tableau peinte par Brueghel l’Ancien se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Le tableau proposé à Londres est l’une des quatre versions de Brueghel le Jeune. Pour ce grand classique indémodable de la peinture flamande, il faut compter 1,5 à 2,5 millions de livres.

Vente tableaux anciens Sotheby’s Londres, 8 juillet 2015.
Vente tableaux anciens Christie’s Londres, 9 juillet 2015

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2 commentaires

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Turchini

je partage l’admiration pour le Tiepolo dont le modernisme est saisissant du fait de son inachèvement et du choix de la tonalité terre rouge du fond, le Fragonard pour les sens débridés mais partages à bonheur, le Gréco pour sa spiritualité, le Cranach pour les sens malsains et dissimulés superbement contenus,le REMBRANDT pour sa vérié lumineuse et son éclat de vie ; en un mot je laisse les cartes postales de talent certes. ; bref Robin pouvez-vous nous donner des moyens de financement?


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    Avatar de marche-de-l-art

    marche-de-l-art

    Je voudrai bien vous avancer l’argent mais les modestes ressources d’un journaliste me l’interdisent!


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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