L’école des filles d’Huelgoat: la Bretagne en art majeur!

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

La Côte de Granit Rose, les fest noz, les crêpes au caramel beurre salé, la forêt de Brocéliande, les remparts de Saint-Malo, vous l’avez deviné, je vais vous parler de la Bretagne. Même si encore aujourd’hui 50 % des vacanciers s’entassent dans le Sud, nous sommes de plus en plus nombreux à préférer des contrées plus aérées.

La cour de l'école des filles à Huelgoat.

La cour de l’école des filles à Huelgoat.


Si cette année, vous avez décidé de poser vos pénates à Carantec, Trébeurden, Plougasnou ou La Forêt-Fouesnant, je vous conseille de délaisser le bord de mer et de retourner à l’école. Non pas pour vous adonner aux devoirs de vacances mais pour découvrir l’art moderne et contemporain à Huelgoat, charmante commune du centre du Finistère entourée d’une grande forêt propice aux légendes et peuplée de rochers à la dimension impressionnante dont la principale attraction locale a pour nom « la Roche Tremblante » 130 tonnes de granit en équilibre!

Une oeuvre de Matthieu Dorval

Une oeuvre de Matthieu Dorval


C’est dans cette verte commune que l’ancienne école des filles, un bâtiment typique de l’architecture scolaire de la IIIème République, a fait l’objet d’une étonnante transformation. Françoise Livinec, une bretonne de Paris qui tient galerie avenue Matignon, a eu l’idée lumineuse d’y ouvrir un espace d’exposition. Les murs des salles de classes, des dortoirs et même des lavabos de l’ancien internat, soit environ 2 000 m2, sont désormais couverts de tableaux. Une librairie propose de beaux ouvrages et catalogues et des éditions numérotées dans un cadre paisible aux meubles bretons des années 30. Les visiteurs peuvent même dévorer sur place, dans l’ancien réfectoire, de délicieux plateaux de fruits de mer, tout en contemplant des tableaux qui décoraient un ancien hôtel.

Un monolithe de Loïc Le Groumellec.

Un monolithe de Loïc Le Groumellec.


Le succès d’une telle entreprise n’était pas assuré et il fallait du courage et un sacré culot pour reprendre cet ancien internat et y ouvrir une galerie d’art, au diable vauvert, à près de quatre heures en TGV de Paris plus une bonne demi-heure de voiture de la gare de Morlaix.
Et pourtant dès l’ouverture, à l’été 2010, la mayonnaise prend. Les visiteurs repartent avec leur tableau sous le bras, heureux et satisfaits.

Une oeuvre de Paul-Auguste Masui "La procession".

Une aquarelle gouachée de Paul-Auguste Masui « Les porteurs de reliquaire », 1926.


La personnalité de Françoise Livinec y est certainement pour beaucoup. Originale et volontaire, elle n’hésite pas à ruer dans les brancards. Après des études de commissaire-priseur et de psycho, elle tient un stand aux puces de Saint-Ouen tout en travaillant en hôpital puis presque par hasard, en passant dans la rue, découvre un espace avenue Matignon et y ouvre boutique. Le village d’Huelgoat ne lui est pas inconnu puisque sa grand-mère y habitait. En 2008 elle transforme la maison familiale en galerie et y expose des artistes bretons de la fin de XIXème et du début du XXème siècle. Mais la reprise de l’école des filles, proposée par le maire de l’époque, est une affaire de toute autre ampleur.

Une oeuvre de Won Sou-Yeol

Une oeuvre de Won Sou-Yeol


Françoise a réussi à garder une ambiance potache d’avant-guerre, un parfum suranné de parquet bien ciré, d’encre et de feutrine tout en se montrant exigeante sur la programmation des expositions estivales. Vous n’y verrez pas de ces peintres locaux du dimanche qui, bien que sympathiques, n’ont aucune qualité artistique. Les artistes choisis par Françoise Livinec ont tous une marque, une emprunte, une signature. On aime ou pas mais il est impossible de rester indifférent et passif.

Les vaches colorées et joyeuses de Zuka

Les vaches colorées et joyeuses de Zuka


Bien entendu, les artistes bretons sont présents. Le plus connu d’entre eux est certainement Loïc Le Groumellec (né en 1957), célèbre pour ses toiles de menhirs, dolmens et mégalithes. Mais vous découvrirez également Xavier Krebs (1923-2013) et ses toiles colorées notamment « Les Trois gorges » évoquant la région de Cahors ou sa dernière série « Triangles », compositions horizontales qui font penser à ces plages immenses où, à marée basse, le regard se perd. Il faut t s’arrêter devant les créations de Matthieu Dorval (né en 1966), mers déchaînées par les vents ou maisons basses aux grands toits.

Oeuvres  de Zuka et Masui sur les cimaises de l'école des filles.

Oeuvres de Zuka et Masui sur les cimaises de l’école des filles.


Vous découvrirez également Paul-Auguste Masui (1888-1981). Cet artiste belge tombé amoureux de la Bretagne dans les années 20 s’intéresse au quotidien des gens simples, des paysans et des pêcheurs. Il dépeint processions, travail de la terre, costumes locaux dans un style expressionniste qui n’est pas sans rappeler Constant Permeke. Reprenons les propos de Catherine Puget, ancien conservateur du musée de Pont-Aven, dans le catalogue que Françoise Livinec a consacré à l’artiste : « La vision de Paul-Auguste Masui est sculpturale, massive, il évite toute anecdote, dépasse le pittoresque, va à l’essentiel, c’est une peinture forte, solidement structurée. L’artiste a choisi de rester figuratif avec un goût prononcé pour la synthèse et une touche d’expressionnisme ». Le résultat est magnifique.

Oeuvres  de Xavier Krebs (série Triangles) de "Blue bridge" de Wei Ligang.

Oeuvres de Xavier Krebs (série Triangles) de « Blue bridge » de Wei Ligang.


Mais l’école des filles ne se résume pas à un catalogue des peintres bretons ou d’inspiration bretonne de talent. Au fin fond de la Bretagne bretonnante, vous découvrirez d’étonnants artistes asiatiques. J’ai un faible pour l’artiste coréenne Won Sou-Yeol (née en 1949). Ses œuvres, en noir et blanc sont comme suspendues dans l’air. Entre ombre et lumière, terre et mer, les éléments s’agitent, se déchaînent, se tordent et se roulent. Il se dégage de ses œuvres une étrange poésie. Wei Ligang (né en 1964), génie des mathématiques et professeur de calligraphie, a trouvé l’inspiration dans la forêt d’Huelgoat qu’il peint dans des tonalités bleues et dorées au résultat surprenant.

Toiles de Won Sou-Yeol dans les salles d'exposition de l'école des filles.

Toiles de Won Sou-Yeol dans les salles d’exposition de l’école des filles.


Mais mon coût de cœur va à une artiste de 91 ans, Zuka. Née aux Etats-Unis mais d’origine russe, son œuvre est jeune, dynamique, optimiste. Les couleurs sont éclatantes, pétantes, Elle peint des animaux, des cochons, le plus souvent des vaches. Elles sont bleues, rouges, jaunes, vertes. Exubérantes, elles nous regardent avec curiosité ou nous toisent indifférentes. Gambadant dans les prés, broutant l’herbe grasse, ces vaches insouciantes et joyeuses profitent de la vie. Pour être franc, au premier regard, j’ai pensé « tiens, de la peinture pour enfant » puis je suis passé à autre chose. En revenant dans la pièce consacrée à l’artiste, j’ai compris. Zuka prend le contrepied absolu d’une tendance de l’art contemporain qui se veut cérébral et tourmenté pour être considéré par un public snob et somme toute d’un modernisme très conventionnel. Son œuvre est plus simple dans son propos. La vie est belle. La nature aussi. Il faut savoir en profiter et jouir de l’instant présent. « Carpe diem » nous suggère-t-elle à travers ses toiles. Quel message réjouissant! Avoir une toile de Zuka dans son salon ne peut que vous convertir au bonheur simple de la vie quotidienne.

D'autres vaches enjouées de Zuka.

D’autres vaches enjouées de Zuka.


Allez donc à l’école des filles Huelgoat cet été. Entre les paysans courbés par le travail ou les bretonnes en costumes de Masui, les vaches pimpantes de Zuka, les monolithes sculpturaux de Le Groumellec, les maisons discrètes de Dorval ou les vagues de Won Sou-Yeol, vous irez de surprise en surprise et de coup de cœur en coup de cœur. Cette année le thème de l’exposition proposée par Françoise Livinec est « Briser le toit de la maison, le sacré dans l’art ». Sachez également que tous les dimanches des conférences-débats sont proposées. N’hésitez-pas à pousser les grilles de l’école des filles et à vous acquitter d’un droit d’entrée de 5 euros. Vous ne le regretterez pas.

Une procession de Paul-Auguste Masui.

Une procession, Fête-Dieu à Quimper de Paul-Auguste Masui datée 1926.


Ah j’oubliais un détail qui a son importance. Les œuvres exposées sont à vendre. Les prix démarrent à 500 euros et peuvent dépasser 50 000 euros. Chacun peut ainsi trouver son bonheur.
Bonnes vacances en Bretagne !

Ecole des filles, 25 rue du Puly, 29 690 Huelgoat. Jusqu’au 11 août, du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Puis jusqu’au 14 septembre, tous les week-ends de 11h à 19h. Plus de renseignements : www.ecolesdesfilles.org

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

Aucun commentaire

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Architecture balnéaire au Touquet avec la mairie en arrière-plan #pasdecalaistourisme #pasdecalais #seasidearchitecture #architecturebalneaire #architectureannées30 #années30 #annees30 #letouquet #letouquetparisplage

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page