Utamaro et les belles du monde flottant

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Kitagawa Utamaro Comparaison des courtisanes de quartiers de plaisirs, Tamanoi et Kasumino de la maison Wehiya. Estimation: 4 000 / 5 000 euros.

Kitagawa Utamaro
Comparaison des courtisanes de quartiers de plaisirs, Tamanoi et Kasumino de la maison Wehiya.
Estimation: 4 000 / 5 000 euros.


Dans les salles de ventes, les vacations d’art asiatique sont désormais presque exclusivement consacrées à la Chine. Il est vrai que le nombre de millionnaires de l’Empire du Milieu et leur capacité à dépenser des sommes folles pour rapatrier les plus belles pièces de leur patrimoine poussent bien des amateurs à se séparer de leurs trésors.
Les arts du Japon sont presque devenus la portion congrue des catalogues. C’est bien dommage car les céramiques, les bronzes, paravents et objets en laque du pays du Soleil Levant sont souvent d’un raffinement inégalé. Et que dire des estampes, images délicates du monde flottant, qui séduisirent Monet au point d’en couvrir les murs de Giverny ? Elles sont fragiles et subtiles, reflet d’un empire fermé sur lui-même dans le respect d’un mode de vie sophistiqué et codifié.

Kitagawa Utamaro Guide des femmes contemporaines, portrait d'une jeune femme. Estimation: 4 000/ 5 000 euros.

Kitagawa Utamaro
Guide des femmes contemporaines, portrait d’une jeune femme.
Estimation: 4 000/ 5 000 euros.


C’est pourquoi la vente proposée par Piasa le 30 septembre prochain mérite votre attention. Elle présente près de 300 objets provenant d’une collection particulière constituée et réunie sur plusieurs décennies. L’ensemble est parfaitement cohérent. On y trouve de beaux grés émaillés d’époque Edo accessibles à partir de 500 euros mais aussi des boîtes en laque aux motifs floraux et animaliers. L’une d’entre elles est décorée de grues volant parmi des branches de pêche, l’intérieur laissant découvrir deux tortues près d’un ruisseau. Elle est estimée 1 200 à 1 500 euros. Mais la plus grande partie de cette collection est consacrée aux estampes. On y trouve la série des « cinquante-trois stations du Tokaido » d’Hiroshige (1797-1858) pour des estimations moyennes de 400 à 800 euros, la plus élevée (1 500 à 1 800 euros) portant sur la station 46 illustrant une tempête de pluie dans les montagnes. Il y a également les fameuses vues du Mont Fuji d’Hokusai (1760-1849) dont la célébrissime « Grande vague » estimée 25 000 à 30 000 euros.

Kitagawa Utamaro Courtisanes comparées à des marques de saké. La courtisane Shizuka et le saké Yômeishu. Estimation: 4 000/ 5 000 euros.

Kitagawa Utamaro
Courtisanes comparées à des marques de saké.
La courtisane Shizuka et le saké Yômeishu.
Estimation: 4 000/ 5 000 euros.


Mais ce que je préfère par-dessus tout, ce sont les portraits de femmes de Kitagawa Utamaro (1753-1806). Pour la plupart d’entre elles, il s’agit de de belles courtisanes du Yoshiwara, le quartier des plaisirs d’Edo, l’ancien nom de Tokyo. L’artiste des « maisons vertes », terme imagé désignant les maisons closes, nous présente ces dames en buste les comparant aux poètes, aux marques de saké ou même aux légumes nouveaux. Il en fait de vraies gravures de mode aux coiffures élaborées, aux kimonos somptueux, mélange subtil de brocards de soie. Le teint pâle, les mains fines, les cheveux d’un noir de jais en font presque des beautés inaccessibles alors qu’en réalité elles sont « abordables » à condition d’y mettre le prix.

Kitagawa Utamaro Douze physionomies de jolies femmes. Jeune femme enfilant un fil dans une aiguille. Estimation: 5 000/ 6 000 euros.

Kitagawa Utamaro
Douze physionomies de jolies femmes.
Jeune femme enfilant un fil dans une aiguille.
Estimation: 5 000/ 6 000 euros.


Mais peu importe, laissons l’imagination vagabonder et rêvons à ces créatures idéalisées qu’on croirait sorties du Genji Monogatari, roman du XIe siècle décrivant, à travers l’épopée du prince Genji, la vie de cour des empereurs à Kyoto. A les contempler, on oublie qu’il s’agit de courtisanes pour ne voir que des beautés intemporelles. Financièrement, ces belles pratiquent des prix justifiés. Il faut compter entre 4 000 et 6 000 euros pour emporter ces représentations d’Utamaro ou d’artistes de la même veine comme Chokosai Eisho (actif vers 1790-1799).

Chokosai Eisho Les trois beautés contemporaines. Jeune femme tenant un linge. Estimation: 5 000/ 6 000 euros.

Chokosai Eisho
Les trois beautés contemporaines.
Jeune femme tenant un linge.
Estimation: 5 000/ 6 000 euros.


Piasa, Art du Japon, vente du 30 septembre, exposition les 26, 28 et 29 septembre
118 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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