Trésors de la famille d’Orléans: une vente royalement intime

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Louis Carrogis dit Carmontelle (1717-1806) La société du Palais-Royal, vers 1773-1775. Estimation: 220 000-320 000 euros.

Louis Carrogis dit Carmontelle (1717-1806)
« La société du Palais-Royal », vers 1773-1775.
Estimation: 220 000-320 000 euros.


La géographie urbaine est parfois surprenante. Fin septembre, les 29 et 30 pour être précis, face à la très républicaine résidence de nos Présidents, une vente royale se tiendra galerie Charpentier. Il s’agit pour Sotheby’s de proposer aux enchères la collection du Comte et de la Comtesse de Paris.

Pour ceux qui ne savent rien des généalogies royales, Henri, Comte de Paris (1908-1999) est le descendant direct du dernier roi de notre histoire, Louis-Philippe d’Orléans. En 1975, le Comte de Paris avait cru protéger le patrimoine historique de la famille d’Orléans en créant la fondation Saint-Louis à laquelle il avait donné une bonne partie de sa fortune et de ses biens. Après son décès et celui de son épouse, ses enfants ont contesté cette décision et ont finalement obtenu gain de cause en justice. Les biens immobiliers dont le château d’Amboise, restent acquis à la fondation mais les tableaux, dessins, objets d’art, souvenirs historiques de la famille de France reviennent à sa nombreuse descendance qui aujourd’hui cède aux enchères ces précieux témoignages d’un passé prestigieux. On peut s’attrister d’une telle dispersion, s’interroger sur les raisons qui poussent une famille à se séparer d’une part d’elle-même mais rien n’y fera ! Mieux vaut ne pas bouder son plaisir. Avec cette vente, on entre dans l’histoire. Et chacun pourra, grâce aux enchères, s’en approprier un élément infime.

Eugène-Louis Lami (1800-1890) "Une soirée chez le duc d'Orléans" 1843 Estimation: 15 000- 25 000 euros.

Eugène-Louis Lami (1800-1890)
« Une soirée chez le duc d’Orléans », 1843
Estimation: 15 000- 25 000 euros.


Trois lots échapperont au feu des enchères car classés « trésors nationaux ». Interdits de sortie du territoire, ils font l’objet d’une vente de gré à gré avec la famille. Le manuscrit des comptes du château d’Amboise pourrait intéresser nos archives nationales. Un portrait d’apparat de Louis XIII en armure par Philippe de Champaigne (1602-1674) est confronté à l’une des œuvres les plus sensibles d’Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842).

Portrait de la duchesse d'Orléans, 1789? par Elisabeth-Louise Vigée Le Brun. Classé trésor national.

Elisabeth-Louise Vigée Le Brun (1755-1842)
« Portrait de la duchesse d’Orléans », 1789.
Classé trésor national.


Exposée au salon de 1789, il s’agit du portrait de la duchesse d’Orléans, épouse de Philippe Egalité et mère du roi Louis-Philippe. Alanguie, mélancolique, douce et souriante, elle pose, résignée, devant l’artiste. Ce portrait est le témoignage d’une société aristocratique qui sera bientôt engloutie dans les soubresauts de la Révolution. Il témoigne d’un moment de tranquille intimité, la duchesse étant assise dans une robe à fourreau sur un confortable sofa.

Louis-Philippe, duc de Valois au berceau; 1774 par Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784) Estimation: 150 000- 200 000 euros.

Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784)
« Louis-Philippe, duc de Valois au berceau », 1774
Estimation: 150 000- 200 000 euros.


Cette intimité, on la retrouve tout au long du catalogue dans les objets du quotidien, les aquarelles, les portraits, les meubles…

François d'Orléans, prince de Joinville (1818-1900) "La viande du roi" Estimation: 6 000- 8 000 euros.

François d’Orléans, prince de Joinville (1818-1900)
« La viande du roi »
Estimation: 6 000- 8 000 euros.


C’est tout l’attrait et le charme de cette vente. Pour l’essentiel, ils viennent de l’appartement qu’occupaient le Comte et la Comtesse de Paris, rue de Miromesnil, dans le VIIIe arrondissement. La vie de famille et l’histoire se mêlent, s’entremêlent et nous touchent.
Parmi les objets, le déjeuner en porcelaine de Sèvres de la reine Marie-Amélie (100 000-150 000 euros) est caractéristique du gout néo-gothique en vogue sous la monarchie de Juillet. Un écrin en maroquin contient les clés des domaines royaux (3 000- 5 000 euros).

Atelier de Franz-Xaver Winterhalter "La reine Marie-Amélie et les deux fils du duc de Nemours", 1845. Estimation: 4 000- 6 000 euros.

Atelier de Franz-Xaver Winterhalter
« La reine Marie-Amélie et les deux fils du duc de Nemours », 1845.
Estimation: 4 000- 6 000 euros.


Mais ce sont les aquarelles et dessins représentant la famille d’Orléans qui nous font partager leur vie quotidienne.

Louis Carrogis dit Carmontelle (1717-1806) "Les gentilshommes du duc d'Orléans dans l'ahbit de Saint-Cloud". Estimation: 250 000-350 000 euros.

Louis Carrogis dit Carmontelle (1717-1806)
« Les gentilshommes du duc d’Orléans dans l’habit de Saint-Cloud ».
Estimation: 250 000-350 000 euros.


Un magnifique ensemble d’aquarelles gouachées de Carmontelle (1717-1806) illustre la vie quotidienne de la famille d’Orléans avant la Révolution. « La société du Palais-Royal » regroupe plusieurs membres de la branche cadette des Bourbons. On y voit Louis le Gros (1725-1785), duc d’Orléans et son épouse morganatique, madame de Montesson, le duc de Chartes (1747-1793), le futur Philippe-Egalité ainsi que son épouse et sa maîtresse madame de Genlis. Raffinés, élégants, les protagonistes jouent, discutent, feuillettent un roman. Une autre aquarelle représente de dos, les pieds en canard, en habits écarlates et culottes noires, les gentilshommes du duc d’Orléans. Cette image est connue du monde entier. Il s’agit certainement selon l’expert Pierre Etienne du premier portrait de dos. Heureusement pour nous, dans l’encadrement, est inscrit, sur une feuille de papier le nom des six personnages. La première aquarelle est estimée 220 000 à 320 000 euros et la deuxième 250 000 à 350 000 euros. Vous en verrez d’autres, teintées du même humour tendre, comme ce délicieux portrait de monsieur de Mornay, gouverneur de Saint-Cloud faisant la sieste dans un fauteuil, les jambes relevées sur une cheminée de marbre.

Emile-Jean Horace Vernet (1789-1863) "Le duc de Chartres tenant un cerceau", 1821. Estimation: 50 000- 70 000 euros.

Emile-Jean Horace Vernet (1789-1863)
« Le duc de Chartres tenant un cerceau », 1821.
Estimation: 50 000- 70 000 euros.


Témoin de l’intérêt qu’en cette fin du XVIIIe siècle les grandes familles portent à leur progéniture, le tableau de Nicolas Bernard Lépicié (1735-1784) « Louis-Philippe, duc de Valois au berceau » (estimation : 150 000-200 000 euros) est d’une grande sensibilité. Il représente le duc d’Orléans soulevant le rideau d’un berceau pour vérifier le sommeil de son fils, le futur roi Louis-Philippe. Les couleurs douces, l’attitude prudente et réservée du duc, le visage épanoui du bébé, le chat retenu par un serviteur noir, donnent à la scène une tendre luminosité.

Avec Eugène Lami (1800-1890), on change de siècle et d’ambiance. Une soirée chez le duc d’Orléans (1810-1842), fils ainé de Louis-Philippe, nous plonge dans une atmosphère viscontienne. Le duc, debout devant la cheminée, reçoit dans un grand salon couvert de tableaux, aux meubles précieux. Les femmes sont élégantes et vaporeuses dans leurs robes de soie, les messieurs fringants dans leurs uniformes chamarrés. Les bougies des candélabres adoucissent les traits et créent une impression de confort ouaté. Cette aquarelle gouachée, réalisée un an après la mort accidentelle du duc, est estimée 15 000 à 25 000 euros.

François d'Orléans, prince de Joinville (1818-1900). "Présentation au roi Louis XVIII". Estimation: 6 000- 8 000 euros.

François d’Orléans, prince de Joinville (1818-1900).
« Présentation au roi Louis XVIII ».
Estimation: 6 000- 8 000 euros.


Une aquarelle de l’atelier de Franz-Xaver Winterhalter (4 000 à 6 000 euros) représente une grand-mère s’occupant tendrement de deux de ses petits-fils. Il s’agit de la reine Marie-Amélie et des deux fils du duc de Nemours. L’attitude aimante de la reine, les visages des enfants lovés sur sa grande robe bleue nous rendent ces personnages royaux proches et profondément humains. Une autre aquarelle nous montre la chambre de la reine à Claremont en Angleterre. C’est la résidence de l’exil où s’installèrent le roi Louis-Philippe et son épouse après la révolution de 1848. Les murs sont couverts de portraits du roi et de ses enfants, comme si la reine, dans cette grande chambre, avait réuni toute sa famille, tout son univers. Réalisée par Joseph Nash, elle est estimée 25 000 à 35 000 euros.

On retrouve le duc d’Orléans (18010-1842) encore enfant et alors duc de Chartres jouant avec un cerceau dans une cour d’école. Soucieux de l’éducation de ses fils, Louis-Philippe, d’esprit libéral décida de les envoyer au lycée Henri IV, une vraie révolution à l’époque totalement désapprouvée par le roi Louis XVIII. Ils y reçurent un enseignement complet, leur permettant de vivre au quotidien avec des petits Français de leur âge plutôt que dans l’atmosphère compassée de palais aux mains de précepteurs complaisants. Cette oeuvre d’Emile-Jean Horace Vernet (1789-1863) est estimée 50 000 à 70 000 euros.

Joseph Nash (1808-1878). "Lachambre de la reine Marie-Amélie à Claremont", 1866. Estimation: 25 000-35 000 euros.

Joseph Nash (1808-1878).
« Lachambre de la reine Marie-Amélie à Claremont », 1866.
Estimation: 25 000-35 000 euros.


Le prince de Joinville (1818-1900), troisième fils de Louis-Philippe, grand marin et voyageur, était également un aquarelliste talentueux. La vente présente un ensemble d’aquarelles illustrant avec beaucoup d’humour et de malice son enfance, sa jeunesse, ses hauts faits en tant que marin. Le prince reconnaissait avoir eu comme maître à dessin Ary Scheffer. Manifestement, son enseignement lui a été bénéfique. L’une des scènes les plus drolatiques est celle de « La viande du roi ». Dans l’escalier des Tuileries, le prince de Joinville est obligé de rester sur le côté pour laisser passer les domestiques portant le repas du roi. Sur le passe-partout le prince a écrit « A cinq ans, je suis jugé d’âge à être présenté à la cour, mais mon orgueil est très froissé, à une première visite aux Tuileries, d’être bousculé sur l’escalier par les gardes du roi escortant la viande du roi ». Même esprit mordant dans « Présentation au roi Louis XVIII ». Là encore sur le passe-partout il écrit : « Je suis présenté à Louis XVIII qui nous embrasse, mes frères, sœurs et moi, par ordre de primogéniture. Ma sœur Marie, s’étant présentée hors tour, est sévèrement réprimandée par le roi ». Ah le carcan de l’étiquette, quel supplice pour des enfants, même s’ils sont de sang royal ! Ces deux aquarelles sont estimées 6 000 à 8 000 euros. Mais il n’est pas plus facile de se mélanger au bon peuple de France. Le prince de Joinville en fit l’expérience au lycée Henri IV, chahuté par ses camarades de classe dans la cour de l’école (aquarelle du prince illustrant cette bagarre estimée 4 000 à 6 000 euros).

François d'Orléans, prince de Joinville (1818-1900). "Au lycée Henri IV" 1829. Estimation: 4 000- 6 000 euros.

François d’Orléans, prince de Joinville (1818-1900).
« Au lycée Henri IV » 1829.
Estimation: 4 000- 6 000 euros.


Précipitez-vous Faubourg Saint-Honoré et entrez dans l’intimité de la famille d’Orléans. Vous succomberez au charme de leur existence paisible et somme toute très bourgeoise !

Une collection pour l’histoire, souvenirs de la famille de France.
Ventes le 29septembre à 19h et le 30 septembre à 10h30 et 14h30, Sotheby’s, 76 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75 008 Paris
Exposition le 21, 22, 23, 24, 25, 26 et 28 septembre de 10h à 18h, le 21 jusqu’à 20h
copyright Sotheby’s /Art digital studio

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