Fiac 2015: toujours plus internationale, de moins en moins hexagonale

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Maurice Estève (1904-2001) Trigourrec, 1972. Galerie Applicat-Prazan.

Maurice Estève (1904-2001)
Trigourrec, 1972.
Galerie Applicat-Prazan.

Chaque année, l’inauguration de la Fiac se transforme toujours en cohue indescriptible. L’édition 2015 n’a pas manqué à la tradition. Mais le public change. Cette année nulle créature « botoxée » perchée sur ses stilettos, peu de hipsters et d’hommes d’affaires brûlés aux UV et gonflés par une pratique intensive du culturisme. Non le public du vernissage était plus sage, plus chic et pour tout dire très Wasp (White anglo-saxon protestant). Les allées étaient envahies par de nombreux Américains représentatifs de la haute bourgeoisie de la côte Est, ceux qu’on croise à Martha’s Vineyard ou dans les Hamptons l’été, à Palm Beach pour Thanksgiving et dans les grandes galeries newyorkaises le reste de l’année. C’est assez logique car ils venaient ainsi rendre visite à leurs galeristes attitrés occupant le carré d’or de la Fiac. Il fallait aussi compter avec la présence d’asiatiques évoluant dans les allées en grappes compactes, de sud-américains décontractés, de discrets acheteurs du Moyen-Orient alors que les Russes se font rares.

Hernan Bas (né en 1978) Fruits and flowers Galerie Perrotin

Hernan Bas (né en 1978)
Eastern mourning, 2015.
Galerie Perrotin

Ce public est le reflet de l’évolution de la Fiac qui pour tenir son rang face à la Frieze ou Art Basel devient plus internationale que nationale, rejetant dans les manifestations satellites de nombreuses galeries françaises pourtant de grande qualité. On peut le regretter mais c’est le reflet du marché, la clientèle internationale privilégiant les artistes anglo-saxons ou asiatiques car connaissant mal les Français. Les collectionneurs français, dans leur majorité, et à l’exception de riches mécènes, s’intéressent à l’art moderne et contemporain mais achètent peu et à des prix accessibles. C’est l’inverse pour les autres nationalités : elles achètent beaucoup sans trop se préoccuper de prix qui cette année sont soutenus et même parfois particulièrement salés. C’est pourquoi en parcourant les allées de la Fiac, un petit prix commence le plus souvent à 10 000 euros alors que l’œuvre d’un artiste connu affiche allégrement six ou sept chiffres ! Il est vrai que la demande en œuvres d’art est forte. Les riches sont de plus en plus nombreux et veulent tous des œuvres d’artistes cotés dans leur salon. De nouveaux musées ne cessent de se créer et d’ouvrir. Les fondations d’art se multiplient comme des petits pains. Bref, il y a de la demande et l’offre suit.

Mircea Suciu Camouflages (1), 2015 Zeno X Gallery.

Mircea Suciu (né en 1978)
Camouflages (1), 2015
Zeno X Gallery.

On retrouve bien cette tendance dans cette Fiac 2015. Les grandes galeries présentant les œuvres des artistes majeurs du XXe siècle occupent la place. Landau Fine Art, Waddington Custot, Nahmad Contemporary , Tornabuoni, Vedovi proposent des œuvres muséales : portrait de jeune fille par Modigliani, sculptures de Lynn Chadwick, Henry Moore ou Giacometti, dessins et tableaux de Picasso, Miro, Fernand Léger… Il y a de quoi avoir le tournis. On trouve aussi de beaux Rauschenberg, des Roy Lichtenstein, des Warhol, des mobiles de Calder, des sculptures de Flanagan, des toiles de Lucio Fontana…
Parmi les artistes français recherchés par une clientèle étrangère on peut contempler de beaux Soulages. Et l’on redécouvre également des artistes un peu délaissés comme Maurice Estève et ses toiles aux couleurs éclatantes et chaudes. On doit ce plaisir à la galerie Applicat-Prazan qui tous les ans a le mérite de consacrer son stand à un seul artiste en présentant ses œuvres les plus abouties.
Pour découvrir d’autres artistes moins connus ou reconnus, il faut picorer d’un stand à l’autre et se laisser porter par ses goûts personnels. Cette année j’ai eu deux grands coups de cœur. L’un pour Hernan Bas défendu à Paris par la galerie Perrotin et à Londres par Victoria Miro. Cet artiste d’origine cubaine, né à Miami et travaillant à Détroit, est déjà très présent dans les collections des musées américains. De ses toiles se dégagent une atmosphère surnaturelle, des jeunes hommes perdus dans une nature et un environnement prolifique semblant attendre un événement. Il faut déjà compter 50 000 à 100 000 euros pour emporter une grande toile de cet artiste.

Niki de Saint-Phalle Nana machine, 1967 Galerie Zlotowski.

Niki de Saint-Phalle (1930-2002)
Nana machine, 1967
Galerie Zlotowski.

Le deuxième coup de cœur va à un artiste roumain Mircea Suciu. Il est défendu par la galerie anversoise Zeno X. Utilisant des techniques mixtes il s’inspire du passé notamment des vanités du XVIIe siècle flamand pour tenter de définir l’art contemporain. Son univers est assez sombre et poétique. Son œuvre est forte, marquée par l’histoire de son pays. Elle est également douce comme ces images de feuillages. Il faut compter 14 000 euros pour une de ses toiles.

Paolo Scheggi ( Zone Riflesse, 1963 Galerie Tornabuoni

Paolo Scheggi (1940-1971) (
Zone Riflesse, 1963
Galerie Tornabuoni

De belles découvertes vous en ferez beaucoup mais à parcourir toutes les allées de la Fiac et d’Officielle Art Fair, à vous rendre dans tous les autres salons (Art Elysées, Asia Now, Slick, 8e Avenue, Cutlog) et manifestations comme la toujours très réussie présentation de Laurence Dreyfus « Chambres à part », à courir les vernissages dans tout Paris, vous friserez l’overdose. Et ce d’autant plus facilement qu’il vous faudra séparer le bon grain de l’ivraie. Et de l’ivraie il y en a beaucoup ! Au point de se demander comment les comités de sélection de toutes ces manifestations ont pu retenir certaines galeries et comment ces dernières peuvent défendre des artistes souvent convenus, fades et insipides et pour tout dire profondément ennuyeux. C’est bien simple: on remarque vaguement un artiste un peu moins médiocre sur un stand et une fois passé au stand suivant, on a déjà tout oublié!

Joan Miro Femmes ciseaux, 1944 Landau Fine Art.

Joan Miro (1893-1983)
Femmes ciseaux, 1944
Landau Fine Art.

Heureusement, il y a de belles et nombreuses découvertes. Alors n’hésitez-pas. Mettez vos chaussures les plus confortables et partez à l’assaut de Paris, capitale incontestable en ce mois d’octobre de l’art moderne et contemporain.

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Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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