Paolo Scheggi ou la magie du monochrome

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Paolo Scheggi Zone riflesse, 1965 Acrylique bleue sur trois toiles superposées.

Paolo Scheggi
Zone riflesse, 1965
Acrylique bleue sur trois toiles superposées.

Les artistes italiens ont le vent en poupe. Dans la vente organisée le 15 octobre dernier par Sotheby’s à Londres lors de la Frieze, un « Concetto Spaziale, La fine du Dio » noir a atteint le record mondial de 21,5 millions d’euros et Christie’s en présentera dans ses ventes newyorkaises de novembre un jaune estimé 25 millions de dollars.
Moins connu, Paolo Scheggi (1940-1971) réalise également d’excellents résultats. Dans la même vacation une de ses œuvres s’est vendue 1,4 million d’euros alors qu’une autre (Intersuperficie curva bianca) réalisait 1,2 million d’euros. Michele Casamonti, de la galerie Tornabuoni, y est certainement pour beaucoup lui qui défend avec passion cet artiste. Sa cote explose. En 2006, un Intersuperficie Blu-Opera 6 se vendait 29 000 euros. Huit ans plus tard il était adjugé 437 885 euros. Il est vrai que la production de cet artiste florentin mort jeune est limitée. Les collectionneurs s’arrachent donc les plus belles pièces passant sur le marché.

Paolo Scheggi Intersuperficie curva. Tondi per quadri, 1967 Acrylique rouge sur trois toiles superposées

Paolo Scheggi
Intersuperficie curva. Tondi per quadri, 1967
Acrylique rouge sur trois toiles superposées

A l’occasion de la FIAC, la galerie Tornabuoni propose une belle exposition consacrée à Scheggi. On y découvre ses premiers tableaux sur métal puis les Intersuperficie qui ont fait son succès notamment les quatre exemplaires que Paolo avait présenté en 1966 à la Biennale de Venise.
Lucio Fontana appréciait beaucoup Paolo Scheggi et dans une lettre lui écrivait : « Ton œuvre est très intelligente, comme logique, même s’il peut exister des divergences entre nous, qui sont en ta faveur … J’aime tes inquiétudes, tes recherches et tes tableaux si profondément noirs, rouges, blancs qui indiquent ta pensée, ta crainte. Je ne peux que te souhaiter d’avoir une carrière heureuse et te rappeler de rester humble, très humble. Nous ne sommes rien devant le temps. »
Cette humilité, on la ressent en contemplant son œuvre, conceptuelle et spirituelle, spatiale et monochrome. Le jeu subtil des trous et des crevés donne à la toile une dimension étrange. On voudrait pénétrer dans ces alvéoles, s’y perdre comme dans un labyrinthe, tel un enfant à la foire riant dans un palais des glaces dont il n’arrive pas à sortir.

La filiation avec Fontana est évidente. Mais l’œuvre de Scheggi, à la différence de Fontana, dégage, derrière la matité de ses couleurs, une forme de mélancolie et d’inquiétude qu’on retrouve chez les clowns tristes de Fellini.
Les œuvres ont une épaisseur intrigante, une surface presque brute, rugueuse. Paradoxalement, elles semblent alors fragiles, la toile frémissant comme une feuille caressée par le vent à notre passage. On ressent comme un souffle qui vous pousse à contempler encore et encore ces toiles au pouvoir hypnotique.
Laissez-vous envoûter par la magie de Paolo Scheggi et n’hésitez pas à pousser les portes de la galerie même s’il vous faudra surmonter un léger désagrément.

Paolo Scheggi Intersuperficie curva dal rosa, 1967 Acrylique rose sur trois toiles superposées

Paolo Scheggi
Intersuperficie curva dal rosa, 1967
Acrylique rose sur trois toiles superposées

L’accueil à la galerie, sous les sourires de convenance, est franchement glacial. On a la déplaisante impression de déranger, d’être sous surveillance comme si vous entriez dans la galerie dans l’intention, certes originale mais condamnable, d’attaquer à la tronçonneuse les œuvres exposées afin d’en faire des confettis pour le carnaval de Nice. On a alors qu’une idée en tête : quitter les lieux au plus vite malgré l’intérêt de l’exposition.

Et si malgré ce malaise vous arrivez à vous faire inscrire sur la liste des amateurs de la galerie, attention à votre comportement lorsque vous recevrez un carton d’invitation pour un vernissage. Il y est mentionné « réponse obligatoire avant une date précise ». Ne prenez pas cette mention comme une simple recommandation. C’est un ordre. Si vous vous présentez à la galerie le jour dit avec votre carton sans avoir confirmé votre venue, les deux potiches installées à l’entrée vous interdiront l’accès sous prétexte que les compagnies d’assurance demandent de limiter le nombre d’invités présents ! Il ne vous restera plus qu’à faire demi-tour. Vous pourrez heureusement vous rendre dans les galeries voisines (Boulakia, Daniel Malingue, Françoise Livinec) qui présentent toutes de grands artistes et font preuve d’un sens de l’hospitalité plus conforme aux traditions.

Paolo Scheggi Intersuperficie curva, 1966 Acrylique blanche sur trois toiles superposées

Paolo Scheggi
Intersuperficie curva, 1966
Acrylique blanche sur trois toiles superposées

Un conseil à la galerie pour son prochain vernissage afin de maîtriser « l’ardeur » de ses invités : attribuer à chaque amateur ayant répondu un numéro d’entrée et un créneau horaire précis. Ils feront alors tranquillement la queue avenue Matignon avant de pénétrer religieusement dans le « Saint des Saints » de l’art italien du XXe siècle. A moins qu’ils renoncent à venir ce qui règlera définitivement le problème de la sécurisation des œuvres accrochées sur les cimaises.

Exposition Paolo Scheggi, galerie Tornabuoni, jusqu’au 22 décembre, 16 avenue Matignon 75008 Paris.

copyright: courtesy Tornabuoni art-Paolo Scheggi/SIAE.

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