Paris Photo, vintage et moderne, toujours emballant!

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Lilian Bassman galerie Peter Fetterman

Lilian Bassman
Barbara Mullen, Harper’s Bazaar, 1958
galerie Peter Fetterman

Chaque année Paris Photo s’apparente à un parcours du combattant. Il faut d’abord, après avoir montré patte blanche, entrer dans l’arène. Puis ensuite, il convient de se frayer un passage dans la foule dense et compacte des visiteurs. Le jour du vernissage cet exercice est épuisant mais c’est le prix à payer pour s’émerveiller et croiser vedettes du cinéma, émirs du pétrole engoncés dans leur costume sur mesure et entourés d’une armada de gorilles, hommes politiques (Jack Lang « uvéifié à mort» et en représentation ou Jean-Marc Ayrault et son épouse se fondant dans la foule des anonymes), jeunes branchés…

Jungjin Lee Everglades 8, 2014 Galerie Camera Obscura

Jungjin Lee
Everglades 8, 2014
Galerie Camera Obscura

Mais même s’il faut avoir du courage dans cette incroyable bousculade « culturo-mondaine » pour se concentrer sur les œuvres exposées, l’essentiel du spectacle est sur les cimaises. On trouve beaucoup de photos anciennes des plus grands photographes du XIXe siècle ou du début du XXe comme ces vues magnifiques de la ville de Sète par Gustave le Gray affichées à 350 000 euros chez James Hyman, ces portraits délicats et sensibles de Julia Margaret Cameron chez Hans Kraus ou ces œuvres de Heinrich Kühn, l’un des plus grands représentants du mouvement pictorialiste proposées autour de 14 000 euros chez Johannes Faber.

Valérie Belin Ishtar, 2015 Edwynn Houk gallery

Valérie Belin
Ishtar, 2015
Edwynn Houk gallery

La photo de mode, si tendance et recherchée, est bien entendu très présente. Avadon, Penn se disputent les cimaises à des prix souvent stratosphériques. Chez Hamiltons, un portrait d’Irving Penn a retenu mon attention. Sobre, presque sévère, dans une tenue japonisante, l’artiste donne à son modèle, la duchesse de Windsor, une attitude inquiète, grave, presque solennelle. Cette superbe épreuve est présentée au prix de 80 000 dollars.

Brigitte Zieger Women are different from men 19, 2014 Galerie Odile Ouizeman

Brigitte Zieger
Women are different from men 19, 2014
Galerie Odile Ouizeman

Mais la plus belle découverte en matière de photographes de mode est celle de l’œuvre de Lilian Bassman qui fait l’objet d’un solo show chez Peter Fetterman. Grâce à la technique de la chambre noire, ses épreuves pour Harper’s Bazaar jouent sur le contraste du noir et blanc dans un flou étudié. Travaillant toujours avec les mêmes modèles, elle crée une ambiance sophistiquée, une intimité vaporeuse exaltant l’élégance et la fragilité féminine. Les épreuves de cette grande artiste mises en valeur par un stand aux tonalités « moutarde », et dont Avedon qualifiait le travail de magique, sont proposées entre 7 000 et 36 000 euros.

Brassaï Gravure 5, Transmutation1, Femme-fruit; 1934-1935 Galerie Karsten Grave

Brassaï
Gravure 5, Transmutation1, Femme-fruit; 1934-1935
Galerie Karsten Grave

Bien entendu, l’essentiel des galeries exposent des artistes contemporains et leurs nouveaux travaux. La Flatland Gallery défend toujours Erwin Olaf. Elle présente sa dernière série Skin Deep, des hommes et femmes nus, dans un environnement sombre aux tapisseries fleuries. Les épreuves de petite dimension sont vendues un peu moins de 3 000 euros.

Erik Steffeman Lady liberty II, 2015 Galleri Bo Bjorggaard

Erik Steffeman
Lady liberty II, 2015
Galleri Bo Bjorggaard

Valérie Belin est très présente sur les stands. On retrouve ses œuvres, plus dures que les précédentes, les femmes ressemblant à des robots, dans nombre de galeries : Nathalie Obadia, Edwynn Houk…
Chez Odile Ouizeman, les femmes de Brigitte Zieger sont fortes et n’hésitent pas à tirer sur les visiteurs qui passent devant eux. Elles sont pourtant presque transformées comme pétrifiées par une lumière trop puissante.

Heinrich Kühn Fisherwomen on the shore, Pays-Bas 1896 Galerie Johanes Faber

Heinrich Kühn
Fisherwomen on the shore, Pays-Bas 1896
Galerie Johanes Faber

Les artistes asiatiques sont toujours à découvrir ou à redécouvrir. Cette année deux d’entre eux ont plus particulièrement retenu mon attention. Le premier est Jungjin Lee. Habitant et travaillant à New York, il photographie des paysages en noir et blanc, vides et mélancoliques et utilise un papier qui donne à la photo l’aspect d’une estampe délicate et fragile. Ces œuvres sont proposées à partir de 9 000 euros et peuvent dépasser 20 000 euros.

Chen Shun-chen Family Portrait-Aunt, 2001 Beyond Gallery

Chen Shun-chen
Family Portrait-Aunt, 2001
Beyond Gallery

Un autre artiste m’a séduit : le Taïwanais Chen Shun-Chu présenté par la Beyond Gallery. Son œuvre est hantée par le travail de mémoire et les souvenirs de famille. Les visages de ses proches sont occultés par un carreau de faïence comme pour souligner la difficulté qu’il peut y avoir à se souvenir des parents disparus, de se rappeler leurs expressions ou le son de leur voix.

Julie Blackmon Lot for sale, 2015 Robert Mann gallery

Julie Blackmon
Lot for sale, 2015
Robert Mann gallery

Enfin, la galerie Karsten Grave présente un ensemble absolument exceptionnel de photos de Brassaï. Parmi elles, on trouve des négatifs travaillés par l’artiste qui n’a pas hésité à les marquer, à les scarifier. Les épreuves se transforment en manifeste du cubisme. Brassaï devient ainsi le Picasso ou le Braque de la photographie. Ces épreuves très rares sont proposées à partir de 60 000 euros.
Et pour l’amateur qui s’inquiète des prix, sachez qu’on peut facilement trouver de belles choses pour moins de 4 000 euros. C’est le cas des oeuvres de Julie Blackmon présentée par Robert Mann. Ses photos semblent sortir d’un « Alice au pays des merveilles » contemporain. Poétiques et énigmatiques, elles sont proposées pour un prix variant entre 3 400 et 4 000 euros.
Paris Photo est vraiment incontournable.

Paris Photo, Grand Palais, jusqu’au 15 novembre, tous les jours de 12h à 20h, le 15 jusqu’à 19h.

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Robin Massonnaud

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