Fotofever, génial et enthousiasmant !

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Corinne Héraud "Miroir secret" Galerie  Courcelles Art contemporain.

Corinne Héraud
« Miroir secret »
Galerie Courcelles Art contemporain.

Il est des salons qui ont toutes les qualités d’un grand cru de Bordeaux. Ils bonifient en vieillissant. C’est le cas de Fotofever. Se tenant au Carrousel du Louvre au même moment que Paris Photo, les organisateurs ne cherchent pas à concurrencer ou à rivaliser avec cette grande manifestation. Ils présentent des galeries plutôt jeunes défendant des artistes inconnus, peu connus ou déjà connus mais pas encore stars. L’ambiance y est sympathique et plutôt « bon enfant », assez jeune, les allées étant parfois parcourues par des gravures de mode, dandies excentriques ou créatures longilignes et diaphanes, n’apportant en ces lieux aucun snobisme mais plutôt une touche d’originalité. Ce spectacle ne nuit pas à l’intérêt des amateurs pour les œuvres exposées. Galeristes et artistes n’hésitent pas à discuter avec les visiteurs, à expliquer leur démarche artistique, leurs techniques, leurs attentes et leurs doutes.
Fotofever souhaite séduire le grand public en exposant des photos d’art accessibles. Les prix commencent à 100 euros et peuvent bien entendu monter à plusieurs milliers d’euros. Le choix est vaste, foisonnant, enthousiasmant.

Kazz Morishita Paysage de lune Ginza gallery G2

Kazz Morishita
Paysage de lune
Ginza gallery G2

Chaque année, je ressors de Fotofever fourbu mais heureux. J’y découvre ou redécouvre des artistes uniques, passionnés, virtuoses dans la maîtrise de techniques photographiques mises au service de leurs modes d’expression.

Et chaque année, je suis toujours émerveillé. Voici mes coups de cœur.
La galerie Courcelle Art Contemporain présente les œuvres de Corinne Héraud. Son travail baptisé Miroir Secret consiste dans un premier temps à photographier les jolies jeunes femmes qui font le décor d’arrière-plan des émissions télévisées. Elle transfère ensuite l’image sur du papier awagami fixé sur des châssis de bois. Le visage flou apparaît strié comme embrumé par une pluie torrentielle mais imaginaire. Le modèle a perdu sa personnalité et incarne une femme idéalisée mais désincarnée et un peu triste. Les épreuves de Corrine Héraud sont d’une rare beauté. Il faut compter environ 1 600 à 2 200 euros pour les acheter.

Thomas Devaux The shopper 4 Macadam Gallery

Thomas Devaux
The shopper 4
Macadam Gallery

Comme l’an dernier, les galeries japonaises sont très présentes sur le salon. A la Ginza Gallery G2, vous découvrirez les paysages nocturnes de Kazz Morishita. La lune y est omniprésente, envahissante, presque oppressante comme si elle s’approchait dangereusement de notre planète. Les photos de l’artiste sont à l’image des estampes d’Hiroshige avec une touche de mystère étrange. Ses épreuves sont proposées à partir de 900 euros. La galerie Tezukayama expose un jeune photographe Daisuke Takakura. Designer mais aussi homme de théâtre, il pratique l’Hitori Shibai qu’on pourrait traduire en one man show dans lequel il interprète plusieurs rôles, ses épreuves sont fortement colorées. Il y présente, dans un paysage urbain un seul modèle démultiplié afin d’exprimer toutes les facettes de sa personnalité. Au premier regard, l’œuvre semble acidulée et joyeuse. Pourtant, à bien les contempler, ces jeunes femmes sont parfois tristes, images d’un Japon hypersophistiqué et robotisé, voir déshumanisé. Par certains côtés, l’œuvre de Daisuke Takakura s’apparente aux « paysages de dunes » de Shoji Ueda (1913-2000), un artiste inclassable, qui place ses personnages au milieu d’espaces désolés. Les épreuves de Daisuke Takakura, selon leurs dimensions, sont vendues entre 1 500 et 6 000 euros.

Daisuke Takakura Monodramatic. Grace hopper 2010 Tezukayama Gallery

Daisuke Takakura
Monodramatic. Grace hopper 2010
Tezukayama Gallery

D’un style tout à fait différent sont les oeuvres de Kiiro exposé par l’Emon Photo Gallery. Il photographie des fleurs, des cosmos, auxquelles il attribue un pouvoir lyrique évoquant la nostalgie de l’enfance, ainsi que la lumière et l’ombre de l’univers. Ses épreuves sont douces et délicates et font penser aux paravents de la période Edo (1603-1867). On retrouve là encore ce qui caractérise les artistes contemporains japonais : un heureux équilibre entre les traditions de l’Empire du Soleil Levant et la maîtrise des techniques contemporaines. Ses photographies sont accessibles pour un prix compris entre 1 000 et 8 300 euros pour les grands formats.

Jean-Yves Moirin Série Iris Galerie Annie Gabrielli

Jean-Yves Moirin
Série Iris
Galerie Annie Gabrielli

Thomas Devaux, représenté par la galerie bruxelloise Macadam, est un artiste qui a déjà une solide réputation. Exposé dans de nombreux pays (Chine, Russie, Etats-Unis…), ses œuvres figurent dans de prestigieuses collections comme celle de la BNF. Il travaille par séries toujours basées sur un thème précis. La galerie Macadam présente ses derniers travaux « The shoppers » ou acheteurs. L’Artiste a pris sur le vif la population d’un grand supermarché Auchan au moment précis où les clients passent à la caisse, épuisés par une course en tous sens dans les rayons et décérébrés par les incessantes sollicitations commerciales. Il les sort de ce contexte mercantile et les place dans un espace neutre, à dominante gris. Ces acheteurs se transforment ainsi en modèles graves et mélancoliques, une version contemporaine des portraits de Vélasquez. Selon la dimension de l’épreuve, il faut compter entre 4 500 et 5 500 euros pour les acheter.

Vladimir Lagrange Harvest Lumière Brothers Gallery

Vladimir Lagrange
Harvest
Lumière Brothers Gallery

Jean-Yves Moirin, défendu par la galerie Annie Gabrielli de Montpellier, revendique sa filiation avec les peintres du Siècle d’Or hollandais. Il réalise des Vanités modernes en photographiant des fleurs fanées qu’il présente sous la forme de tondos. Selon l’angle pris, ses fleurs prennent alors la forme d’étoffes, d’esprits ou de rêves oniriques. Ses photos, de véritables tableaux flamands, sont accessibles aux amateurs pour 800 à 1 000 euros.

Kiiro Cosmos Emon Photo Gallery

Kiiro
Cosmos
Emon Photo Gallery

Pour la première fois cette année la galerie moscovite Lumière Brothers expose à Fotofever. Cette galerie travaille à la redécouverte des photographes réalistes soviétiques. Elle expose ainsi les photographies sportives de Lev Borodulin exaltant la beauté et la perfection des corps dans l’effort et les épreuves de Boris Ignatovitch ou Vladimir Lagrange, instantanés de la vie quotidienne sous la férule communiste. Ce sont de superbes témoignages d’une époque révolue. Il faut compter 5 900 à 9 000 euros pour Lev Borodulin, les épreuves des deux autres artistes étant accessibles dès 800 à 1 000 euros.
Fotoprize présente le travail délicat et extrêmement raffiné de Juliette André Elie. Ce sont des paysages aux couleurs délicates imprimés sur papier calque. Le papier est gaufré, travaillé tel un origami. Certaines épreuves sont recouvertes de placages de bois. Les œuvres donnent ainsi une impression d’irréalité, de légèreté incroyable. Il faut compter entre 1 000 et 1 500 euros pour les acquérir.

Juliette André Elie Du souffle et du vent Fotoprize

Juliette André Elie
Du souffle et du vent
Fotoprize

Et je peux ainsi continuer à égrener les artistes à voir notamment la déjà célébre Niloufar Banisadr, artiste iranienne représentant des femmes en tchador dans un décor de carte postale et de monuments historiques. Mais je m’arrête.

Niloufar Banisadr Spiritus sanctus mes voyages 55 bellechasse

Niloufar Banisadr
Spiritus sanctus mes voyages
55 bellechasse

Vous l’avez compris : il ne vous reste plus qu’une seule chose à faire : vous précipiter ce week-end à Fotofever. L’achat est vivement recommandé !
Fotofever, Carrousel du Louvre, 75 001 Paris, jusqu’au 15 novembre, vendredi 13 et samedi 14 de 11h à 19h30, dimanche 15 nov de 11h à 19h. Prix d’entrée : 18 euros.

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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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