Alessandro Magnasco ou le baroque fantastique

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Alessandro Magnasco Le divertissement dans un jardin d'Albaro. Palazzoo Bianco, Musei di Strada Nuova.

Alessandro Magnasco
Le divertissement dans un jardin d’Albaro.
Palazzoo Bianco, Musei di Strada Nuova.

De l’Italie du XVIIIe siècle, on retient presque exclusivement les peintres de Venise : Tiepolo, Guardi, Bellotto ou Canaletto. On oublie toujours qu’à l’époque l’Italie n’était pas une mais multiple : Etats pontificaux, duchés, principautés, royaumes et républiques se partagent la Péninsule. Et dans chacun de ces Etats, les artistes ont un style propre, une touche particulière, une signature.
Alessandro Magnasco, qui fait l’objet d’une superbe exposition à la galerie Canesso, naît à Gênes en 1667 et y meurt en 1749. Ses tableaux sont uniques. Baroque, fantastique, macabre ou plein d’ironie, expressionniste et délirante, sombre et vibrante, son œuvre est inclassable.

Dans l’une de ses toiles, « Le divertissement dans un jardin d’Albaro », il représente une riche famille de patriciens romains dans sa campagne. Le paysage alentour est vaste et verdoyant. Les personnages, aux formes floues et désagrégées, à peine esquissés, sont alignés dans le bas de la toile, donnant ainsi l’impression d’un joyeux moment de convivialité. Sur le côté, un domestique est endormi adossé à une chaise à porteurs. L’après-midi est belle. La touche de l’artiste est nerveuse, rapide, vive. La lumière ne vient pas du ciel et du haut du tableau mais des couleurs des vêtements des modèles.
On y trouve ainsi toutes les caractéristiques de l’œuvre étonnante de Magnasco. Avec une incroyable maestria, il passe de sujets frivoles et ironiques à des représentations presque fantomatiques.

Alessandro Magnasco Saint Augustin et l'enfant Palazzo Bianco, Musei di Strada Nuova.

Alessandro Magnasco
Saint Augustin et l’enfant
Palazzo Bianco, Musei di Strada Nuova.

Dans une même salle, la galerie Canesso présente plusieurs tableaux illustrant la vie des nonnes et un grand format représentant « Le vol sacrilège ». Ces nonnes ne sont pas de simples religieuses d’origine paysanne qui trouveraient dans l’Eglise un refuge pour manger à leur faim en contrepartie de prières quotidiennes. Il s’agit de dames de haut lignage condamnées au cloître. Leur cellule n’a rien d’un espace vide meublé d’un lit et d’un crucifix. Elle est transformée en salon luxueusement meublé et décoré. Non sans ironie, Magnasco nous montre ces moniales coquettes et mondaines s’adonnant aux activités les plus diverses, loin de tout esprit de recueillement. Musique, lecture, babillages, pose chocolat tout est prétexte au plaisir et à l’oisiveté. S’il se moque, Magnasco illustre également les principes les plus respectueux guidant l’église. Une des toiles exposées représente des religieux apprenant à lire et à écrire à des enfants du peuple. Une autre nous les montre s’adonnant à diverses activités utiles.

Alessandro Magnasco Le chocolat

Alessandro Magnasco
Le chocolat
galerie Canesso

Mais Alessandro Magnasco est aussi le peintre de l’étrange, un précurseur de Goya ou Fuessli. Dans « Le vol sacrilège » du musée di Strada Nuova de Gênes, il illustre un vol perpétré dans une église. Furieux de cette profanation, les squelettes sortent des tombes et poursuivent les voleurs qui s’enfuient épouvantés. Au loin, dans le haut droit du tableau on les aperçoit pendus aux gibets. Cette scène est époustouflante, saisissante, surprenante. Elle emporte le spectateur dans un tourbillon qui le laisse pantois.

Magnasco exalte également la simplicité, la frugalité de la foi chrétienne. C’est le cas de cette scène d’enterrement d’un moine. Dans le cimetière d’un monastère, des frères accompagnent le défunt dans une lumière de crépuscule où seul le blanc de leur robe illumine la toile. Il peint aussi la misère, la pauvreté, le peuple en haillons. Surnommé le « pittor pitocco » ou peintre des gueux, il le fait sans misérabilisme, avec humanité. Enfin, une impression de douce sérénité habite « Saint Augustin et l’enfant », une toile un peu à part dans la production de l’artiste et pourtant caractéristique de son style. Dans un halo bleuté, le Saint rencontre sur le rivage un enfant qui remplit sa cuillère d’eau de mer. Il comprend alors que cette tâche impossible à remplir ressemble à celle qui consiste à essayer de comprendre les mystères de la foi.

Alessandro Magnasco Le foyer galerie Canesso

Alessandro Magnasco
Le foyer
galerie Canesso

L’exposition de la galerie Canesso est de qualité muséale. C’est la raison pour laquelle, elle sera ensuite présentée au musée di Strada Nuova de la ville de Gênes, enrichie de toiles des musées français qui ne sont malheureusement pas autorisés à prêter aux galeries privées. Si vous n’envisagez pas de vous rendre à Gênes, prenez le chemin de la galerie.

Alessandro Magnasco, les années de la maturité d’un peintre anticonformiste, jusqu’au 31 janvier, galerie Canesso, 26 rue Laffitte, 75009 Paris.

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