Collections Pierre Hebey: un regard de Bronze!

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Jules Dalou (1838-1902). Masque de Silène.  cire perdue AA Hebrard. Estimation: 4 000 à 6 000 euros.

Jules Dalou (1838-1902)
Masque de Silène
cire perdue AA Hebrard.
Estimation: 4 000 à 6 000 euros.

Deux jours et quatre vacations, c’est le temps qu’il faudra à Artcurial pour vendre les collections de Pierre Hebey. Cet avocat, spécialiste de la propriété intellectuelle conseillera de grands artistes (Max Ernst, Jean Tinguely, Bram Van Velde, Niki de Saint Phalle…), des acteurs célèbres (Catherine Deneuve Isabelle Adjani, Alain Delon…), se fera écrivain et surtout, avec la complicité de son épouse Geneviève, arpentera inlassablement les puces, les antiquaires et les salles de ventes du monde entier.
Pierre Hebey n’était pas un collectionneur monomaniaque. Il s’intéressait à tout ou presque : l’art moderne et contemporain, les livres rares, le mobilier et les objets Art déco, la sculpture française du XIXe siècle. Les 22 et 23 février, 679 lots seront soumis au feu des enchères. En parcourant le catalogue, en contemplant les œuvres exposées à l’hôtel Dassault sur le rond-point des Champs-Elysées, on reste pantois devant la richesse des collections Hebey devant ce que son ami David Mac Neil qualifie affectueusement de « cavernes dignes d’Ali Baba ». On peut parler d’un œil, d’un goût Hebey. Dans les quatre ventes orchestrées par Artcurial, l’éclectisme règne en maître et distille pourtant une séduisante harmonie.

Antoine-Louis Barye (1795-1875) Cheval surpris par un lion (1re version). Vers 1874. Estampillé et numéroté 6. Estimation: 6 000 à 8 000 euros.

Antoine-Louis Barye (1795-1875)
Cheval surpris par un lion (1re version).
Vers 1874. Bronze estampillé et numéroté 6.
Estimation: 6 000 à 8 000 euros.

On la ressent avec les tableaux modernes et contemporains. S’y côtoient une radieuse écuyère de Chagall (600 000 à 800 000 euros), un Roberto Matta « Morphologie psychologique de l’angoisse » inquiétant (700 000 à 900 000 euros), des gouaches de Bram Van Velde (40 000 à 60 000 euros), de petites toiles représentant des oiseaux de Wilfredo Lam (4 000 à 6 000 euros), de nombreuses œuvres colorées de Pierre Alechinsky (entre 6 000 et 80 000 euros) confrontées à un grand tableau noir de Soulages (200 000 à 400 000 euros).
Cette diversité on la trouve également dans l’Art nouveau et l’Art déco. Pierre Hebey collectionnait les vases de Gallé, Daum ou Lalique, le mobilier de Carlo Bugatti dont un impressionnant et immense lit d’apparat (10 000 à 12 000 euros), de Louis Süe et André Mare, notamment une belle table console en ébène de Macassar ( 8 000 à 10 000 euros), de Jacques-Emile Ruhlmann avec un délicat secrétaire à pente dit « Van Beuningen » en placage de loupe d’amboine ambrée (80 000 à 100 000 euros)… il faut également citer parmi ces merveilles une lampe en forme de champignon en dinanderie laquée de feuilles d’or de Jean Dunand (80 000 à 100 000 euros) ou encore un rare meuble de collectionneur d’Eugène Printz et Dunand en bois de palmier long de trois mètres qui fut présenté en 1928 au Salon d’automne (800 000 à 1 000 000 euros).

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). Le Génie de la danse. Signé, vers 1875. Estimation: 25 000 à 30 000 euros. Vers 187Si

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875).
Le Génie de la danse.
Bronze signé, vers 1875.
Estimation: 25 000 à 30 000 euros.

Je n’évoquerai pas la bibliophilie pour me concentrer sur la sculpture française du XIXe siècle, la partie à mon sens la plus originale, la plus surprenante et cohérente des collections de Pierre Hebey. La vente du mardi 23 février propose 191 sculptures, essentiellement des bronzes des grands artistes du XIXe siècle. Au fil des ans Pierre Hebey a acquis des tirages anciens d’Antoine-Louis Barye de James Pradier, Christophe Fratin, Jean-Baptiste Carpeaux, Emmanuel Fremiet, Jules Dalou… L’ensemble est éblouissant et d’une grande diversité. On y sent le goût de Pierre Hebey, son regard de bronze sur la sculpture, la sûreté de sa main et la volupté qu’il devait éprouver en caressant ses sculptures.
L’éventail des estimations est large et l’amateur désargenté ou argenté y trouvera son bonheur. On peut ainsi emporter un biscuit de Dalou représentant un homme appuyé sur une pelle pour 400 à 600 euros.

Antoine-Louis Barye ( 1795-1875). Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe (bouche fermée). Vers 1860, signé. Estimation: 80 000 à 120 000 euros.

Antoine-Louis Barye ( 1795-1875).
Angélique et Roger montés sur l’hippogriffe (bouche fermée).
Vers 1860, bronze signé Barye.
Estimation: 80 000 à 120 000 euros.

Mais il faudra investir 80 000 à 120 000 euros pour acquérir inspirée à Barye par « L’Orlando Furioso » de l’Arioste « Angélique et Roger, montés sur l’hippogriffe ». Cette pièce exceptionnelle, commande du duc de Montpensier, cinquième fils de Louis-Philippe, pour garnir une cheminée est l’archétype de l’œuvre romantique : créature fantastique, passion amoureuse, fougue du héros casqué, corps alangui d’Angélique…on se croirait dans un film d’heroic fantasy. Ce modèle réalisé vers 1860 est rare. Moins de vingt épreuves ont été fondues avant 1876. On trouve aussi de nombreuses sculptures animalières de Barye plus accessibles (à partir de 1 500 euros). J’ai trouvé craquant ce petit chat perché sur une colonne regardant un encrier en forme d’urne (2 000 à 3 000 euros). On a l’impression qu’il se demande à quoi peut bien servir cet objet !

Antoine-Louis Barye (1795-1875) La Guerre. Signé Barye, marque du fondeur Barbedienne. Estimation: 8 000 à 12 000 euros.

Antoine-Louis Barye (1795-1875)
La Guerre.
Bronze signé Barye, marque du fondeur Barbedienne.
Estimation: 8 000 à 12 000 euros.

La vente propose également une bonne vingtaine de Carpeaux dont des modèles parmi les plus connus de l’artiste. Citons notamment « Le génie de la danse », réduction de la célèbre sculpture ornant l’Opéra Garnier (25 000 à 30 000 euros), « Le Prince Impérial et son chien Néro », représentation tendre et bourgeoise du fils chéri de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie (12 000 à 15 000 euros) ou encore cette étude préparatoire au « Chinois » en bronze argenté (8 000 à 12 000 euros).
Il faudrait aussi évoquer la délicate Sapho d’Auguste Clésinger (10 000 à 12 000 euros), l’étonnant « Pélican gastronome » d’Emmanuel Fremiet (60 000 à 80 000 euros), l’incroyable buste-stèle d’André Rouveyre par Emile-Antoine Bourdelle (4 000 à 6 000 euros). Je me contenterai enfin de vous mentionner un très beau « Masque de Silène » de Jules Dalou (4 000 à 6 000 euros. De petite taille (16cm), il est superbe.

Antoine-Louis Barye (1795-1875). Encrier au chat assis Vers 1870, bronze signé Barye. Estimation: 2 000 à 3 000 euros.

Antoine-Louis Barye (1795-1875).
Encrier au chat assis
Vers 1870, bronze signé Barye.
Estimation: 2 000 à 3 000 euros.

Un seul conseil : précipitez-vous chez Artcurial. Les trésors de la collection Hebey y sont exposés jusqu’à dimanche.

Jean-Baptiste Carpeaux ( 1827-1875). Le Chinois, (esquisse) Bronze à patine argentée, signé Carpeaux et cachet du fondeur Susse. Estimation: 8 000 à 12 000 euros.

Jean-Baptiste Carpeaux ( 1827-1875).
Le Chinois, (esquisse)
Bronze à patine argentée, signé Carpeaux et cachet du fondeur Susse.
Estimation: 8 000 à 12 000 euros.

Ventes des collections de Pierre Hebey, Artcurial Paris, les 22 et 23 février. Exposition jusqu’au 21 février.

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