Bernard Boutet de Monvel ou la précision mondaine

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Bernard Boutet de Monvel  Autoportrait place Vendôme, 1932. Estimation: 200 000 à 300 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Autoportrait place Vendôme, 1932.
Estimation: 200 000 à 300 000 euros.

Commençons par un petit cours d’histoire de l’art. Comme beaucoup, vous ne connaissez pas le précisionnisme. Il est vrai qu’il s’agit d’un mouvement artistique né aux Etats-Unis dans les années 20 qui n’a pas connu d’essor à l’étranger. Il se caractérise par une représentation figurative mais fortement structurée, architecturée et proche des principes cubistes. Les paysages, souvent industriels ou urbains, les portraits sont d’un réalisme saisissant, presque photographiques. Ses représentants les plus connus sont Georgia O’Keeffe et ses fleurs immenses, Charles Demuth ou Charles Sheeler et leurs clochers, cheminées d’usines ou toits de maison anguleux ; Ralston Crawford et ses marines vides de toute présence humaine…

Bernard Boutet de Monvel Delfina portant un ensemble de Pierre Piguet, 1936. Estimation 40 000 à 60 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Delfina portant un ensemble de Pierre Piguet, 1936.
Estimation 40 000 à 60 000 euros.

Et puis il y a un Français dont l’œuvre est si particulière alternant portraits mondains, orientalisme cubisant et représentation minérale des buildings newyorkais. Il s’agit de Bernard Boutet de Monvel (1881-1949). Fils du peintre et illustrateur pour enfants Maurice Boutet de Monvel (1850-1913), il fut à la fois peintre, graveur, décorateur ou illustrateur pour Vogue, Harper’s Bazaar et La Gazette du Bon Ton. Aujourd’hui on dirait qu’il appartenait à la Jet Set. A l’époque, ce milieu de privilégiés était appelé Café Society. On y trouvait l’aristocratie européenne, les familles de grands capitaines d’industrie américains ou de riches latifundistes sud-américains et ces maharadjahs dont la magnificence fascinait le monde occidental.

Vivant entre New York et Paris où il occupait un discret hôtel particulier niché dans une impasse du VIIe arrondissement, marié à Delfina Edwards Bello issue d’une grande famille chilienne et considérée comme une arbitre des élégances, il devint vite la coqueluche de ce petit monde qui lui commandait de nombreux portraits. Il connut une fin tragique, périssant, au-dessus des Açores, dans un accident d’avion en 1949 qui fit également comme victime le boxeur Marcel Cerdan.

Bernard Boutet de Monvel Le maharadjah d'Indore, 1934. Estimation 300 000 à 500 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Le maharadjah d’Indore, 1934.
Estimation 300 000 à 500 000 euros.

Le plus connu de ses portraits, car reproduit dans de nombreux ouvrages sur les années 30 est celui du Maharadjah d’Indore en smoking. Il pose, dolent, accoudé à une cheminée, le regard perdu, les mains longues, délicates et noueuses. Début avril, chez Sotheby’s, dans la vente de l’atelier parisien du peintre par ses descendants, on trouve un autre portrait du maharadjah. Destiné à son palais d’Indore, il est représenté en habit de cour traditionnel. Coiffé d’un turban, assis sur un trône de précieux coussins, il porte les « Poires d’Indore » un collier de diamants de 47 carats chacun ! Sur un fond clair, comme dans un palais de marbre crème, ce grand seigneur flotte dans l’espace donnant ainsi une impression d’irréalité. Le tableau est pourtant parfaitement équilibré, structuré, planifié, les touches de couleur rehaussant l’ascétisme de la composition. Cette œuvre est estimée 300 000 à 500 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel Sylvie de profil, 1936. Estimation 10 000 à 15 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Sylvie de profil, 1936.
Estimation 10 000 à 15 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel aimait également peindre sa famille, son épouse Delfina et sa fille Sylvie. Il pratiquait souvent l’autoportrait. La vente en propose plusieurs dont un de l’artiste à la palette et un autre somptueux, solennel, Boutet de Montel posant au Ritz, le visage grave, devant la place Vendôme. Le tableau est réalisé dans une subtile harmonie de gris, de noir et de blanc mettant en valeur l’élégance impeccable du modèle. Il est estimé 200 000 à 300 000 euros.
Les portraits de sa femme et de sa fille sont nombreux dans la vente. Son épouse pose le plus souvent de profil, dans des tenues à la dernière mode. « Delfina en tailleur Piguet » (40 000 à 60 000 euros) en est le plus bel exemple. Quasi hyperréaliste, épuré, blanc et noir, il s’agirait presque d’un portrait d’apparat dans sa version moderne. On a la même impression devant « Delfina à la guitare ». Assise près de la cheminée du petit salon de l’hôtel particulier du 11 passage de la Visitation dans lequel vivait la famille Boutet de Monvel, elle tient une guitare portant une robe du soir en soie blanche bordée de dentelle noire. Elle est parée de superbes bijoux et semble mélancolique. Ce portrait, estimé 30 000 à 50 000 euros, fait étrangement penser à ceux des filles de Louis XV jouant des instruments. Tenues somptueuses, attitude étudiée, environnement raffiné, on retrouve ici tous les ingrédients du « grand portrait ».

Bernard Boutet de Monvel Delfina devant le berceau de Sylvie, 1923 Estimation 15 000 à 20 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Delfina devant le berceau de Sylvie, 1923.
Estimation 15 000 à 20 000 euros.

Les portraits de sa fille Sylvie sont plus intimes. On la voit dans sa chambre avec son chien Champagne, beau bébé jouflu dans son berceau mais aussi sagement assise dans un fauteuil posant pour son père. On sent ici la profonde tendresse de l’artiste pour sa fille unique et l’intimité du cocon familial loin des mondanités qu’affectionnait le peintre. Deux portraits de Sylvie au fauteuil bleu sont ainsi proposés dans la vente (10 000 à 15 000 euros pour l’un, 15 000 à 20 000 pour l’autre).
Adulé de la haute société de la côte Est, Boutet de Monvel a réalisé de nombreux portraits de cette élite américaine qu’il croisait à New York ou Palm Beach. C’est ainsi qu’il peignit William Kissam Vanderbilt Jr, héritier des magnats des chemins de fer. Il pose de profil, devant sa villa, en costume d’amiral de marine (20 000 à 30 000 euros).

Bernard Boutet de Monvel Portrait de William Kissam Vanderbilt Jr Estimation 20 000 à 30 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Portrait de William Kissam Vanderbilt Jr.
Estimation 20 000 à 30 000 euros.

La vente propose de nombreux autres portraits de profil de personnalités américaines des années 30 dans des estimations qui commencent à 4 000 euros.
L’amateur pourra également s’intéresser à une importante série de dessins préparatoires réalisés sur papier quadrillé par l’artiste. Plus spontanés que ses tableaux, on y sent toutefois un souci presque obsessionnel du détail et de la précision.

Bernard Boutet de Monvel Delfina à la guitare, 1936 Estimation 30 000 à 50 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Delfina à la guitare, 1936.
Estimation 30 000 à 50 000 euros.

Enfin, il sera possible d’acquérir des tableaux orientalistes. L’artiste fit un séjour au Maroc après la Première Guerre Mondiale. Là encore, il simplifie et géométrise ses représentations comme dans ce lumineux tableau représentant deux muletiers totalement concentrés sur leur monture. On est loin des représentations idéalisées et sirupeuses des orientalistes de bazar qu’on trouve souvent en vente. Tout est simple, harmonieux. Cette œuvre est estimée 60 000 à 80 000 euros.
Un seul regret dans cette vente magnifique : on ne trouve aucune des fameuses représentations de New York, études parfaitement construites et structurées de la verticalité de la Grosse Pomme. Mais pour compenser ce manque, on découvrira les œuvres du père de Bernard, Maurice dont les portraits d’enfants sont doux et attendrissants.

Bernard Boutet de Monvel Les mules noires,1930 Estimation 60 000 à 80 000 euros.

Bernard Boutet de Monvel
Les mules noires,1930.
Estimation 60 000 à 80 000 euros.

Collection Boutet de Monvel, Sotheby’s Paris ; trois ventes les 5 et 6 avril. Exposition du 29 mars au 4 avril.
Copyright/Sotheby’s Art Digital Studio.

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