Les arts du monde ont rendez-vous à Bruxelles

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Boîte à munitions montée en sac à dos. Japon, vers 1860. Galerie Mestdagh.

Boîte à munitions montée en sac à dos.
Japon, vers 1860.
Galerie Mestdagh.

Tous les ans en juin, dans le quartier du Sablon, se tenaient au même moment trois foires : la Brussels Non European Art Fair (BRUNEAF) consacrée aux arts d’Afrique, d’Océanie et des régions polaires, l’Asian Art in Brussels (AAB) pour l’Asie et enfin la Brussels Ancient Art Fair (BAAF) pour l’archéologie. Ces trois manifestations n’existent plus mais ne disparaissent pas puisqu’elles ne font désormais plus qu’une, baptisée assez pompeusement Cultures, The World Arts Fair.
Oublions ce subtil tour de passe-passe pour nous concentrer sur l’essentiel : l’art.

La boîte à munitions ouverte. Galerie Mestdagh.

La boîte à munitions ouverte.
Galerie Mestdagh.

Cette année les organisateurs et exposants proposent dans les locaux de l’ancienne Nonciature, place du Grand Sablon, deux expositions dignes des meilleurs musées. L’une est organisée par le galeriste Serge Schoffel. Il y présente la collection d’art Lobi de François et Marie Christiaens, deux collectionneurs belges passionnés par l’Afrique. Ce sont de grandes statues de bois aux formes allongées, aux visages sévères, aux yeux presque clos. Elles sont d’une grande qualité plastique car dépouillées de tout artifice, de toute volonté de séduire ou de provoquer. Elles imposent leur présence dans l’espace. L’exposition s’appelle très judicieusement « Les bois qui murmurent » tant on l’impression que ces êtres inanimés vont bien finir par sortir de leur gangue de bois et revivre devant nous.

Figure de phoque Yup'ik (eskimo) de Sibérie, dent de morse sculptée (XIXème siècle) Galerie Flak.

Figure de phoque.
Yup’ik (eskimo) de Sibérie, dent de morse sculptée. (XIXème siècle)
Galerie Flak.

L’autre exposition, organisée par Bernard de Grunne est consacrée à la statuaire du Mandé dans la région du delta inférieur du Moyen Niger au Mali. Elles sont pour la plupart d’entre elles en terre cuite. Nombreuses sont celles représentant des corps couverts de pustules ou de serpents symboles des maladies ravageant les populations locales. Elles sont impressionnantes et d’une puissance figurative incroyable. Quand on sait que ces deux expositions sont réalisées grâce aux prêts d’amateurs belges, on ne peut que confirmer l’idée selon laquelle les Belges sont de grands collectionneurs.

Protomé de cheval Grèce, VIème siècle avant J-C (bronze) Merrin Gallery.

Protomé de cheval.
Grèce, VIème siècle avant J-C. (bronze)
Merrin Gallery.

Mais venons-en aux galeries qui proposent leurs plus beaux objets à la vente. Cette année, les oeuvres présentés par les antiquaires spécialisés dans les arts d’Afrique sont intéressantes, très intéressantes mais pas enthousiasmantes. J’ai de beaucoup préféré la sélection des galeries d’archéologie, d’arts d’Asie ou des régions froides d’Alaska ou de Sibérie.

Boîte à thé. Japon, ère Meiji (1868-1912). Galerie Kitsune.

Boîte à thé.
Japon, ère Meiji (1868-1912).
Galerie Kitsune.

La galerie Mestdagh présente ainsi un étonnant sac à dos japonais de la fin de la période Edo, début de l’ère Meiji. Il s’agit en fait d’une boîte à munitions que le soldat portait sur le dos. Elle est en bois laqué avec des montures en métal, l’intérieur étant composé de nombreux tiroirs dans lesquels il était possible de ranger la poudre, les balles et les instruments nécessaires à recharger le fusil. Sur le devant, bien centré, un blason atteste que ce « sac à dos » appartenait à un noble personnage, un daimyo ou du moins un soldat attaché à son service. Cet objet est dans un état parfait et démontre le raffinement extrême des objets de la vie quotidienne au Japon.

Manteau d'enfant. Yup'ik (eskimo) Alaska, début du XXème siècle. Peau de phoque et cuir teint. Galerie Flak.

Manteau d’enfant.
Yup’ik (eskimo) Alaska, début du XXème siècle.
Peau de phoque et cuir teint.
Galerie Flak.

On retrouve ce souci de perfection et d’équilibre à la galerie Kitsune qui présente de superbes boîtes à thé aux formes variées. Ces petits objets sont d’une rare beauté. Enfin chez Martin Doustar, on découvre un grand guerrier haniwa, une superbe terre cuite japonaise de la période Kofun (Vème-VIème siècle).

Miroir en bronze avec la figure de Semar. Indonésie, Java, XIVème siècle (bronze). Michael Woerner.

Miroir en bronze avec la figure de Semar.
Indonésie, Java, XIVème siècle (bronze).
Michael Woerner.

Julien Flak, qui défend avec passion l’art eskimo, présente trois merveilles de l’art Yup’ik. Tout d’abord un masque de l’île de Nunivak. Le visage est expressif, une moustache et une barbichette accentuant son air étonné. Sur le côté, comme en suspension on voit ses mains et ses pieds. Ensuite une dent de morse sculptée de Sibérie. Longue de 6,5cm, elle figure un jeune phoque les pattes avant repliées sur le museau comme pour se protéger des agressions. C’est une image tendre et douce de l’animal comme un hommage rendu par les eskimos à la nature dans laquelle ils vivent. Enfin, la galerie Flak expose un manteau d’enfant en peau de phoque et cuir teint du début du XXème siècle. Il est en parfait état et on imagine très bien une jeune mère protégeant ainsi son enfant du froid mordant de l’Alaska.

Manche du miroir en bronze indonésien. Représentation de Semar. Michael Werner.

Manche du miroir en bronze indonésien.
Représentation de Semar.
Michael Werner.

En matière d’archéologie, on découvre de pures merveilles. Grâce à la galerie Merrin accueillie par Harmakhis, on s’extasie devant une figure en bronze de cheval, œuvre grecque du VIème siècle avant J-C alors que chez Costermans, on contemple la beauté sans âge d’un masque funéraire égyptien d’époque romaine proposé par Roswitha Eberwein.

Masque de l'île de Nunivak. Yup'ik, Alaska (1920-1930), bois sculpté, piments et plumes. Galerie Flak.

Masque de l’île de Nunivak.
Yup’ik, Alaska (1920-1930), bois sculpté, piments et plumes.
Galerie Flak.

Quant aux arts d’Asie il faut impérativement pousser la porte du 21 rue Ernest Allard pour découvrir les objets proposés par Michael Werner. Il y a tout d’abord une superbe exposition de tapis tibétains du XIXème siècle aux couleurs subtiles provenant d’une collection privée.

Tête de Dieu Hindou Pre-Angkor, Prasat Andet, VIIème siècle. Michael Werner.

Tête de Dieu Hindou
Pre-Angkor, Prasat Andet, VIIème siècle.
Michael Werner.

Puis il y a la sélection d’acquisitions récentes de Michael Werner. On y découvre un objet rare, unique : un miroir en bronze indonésien du XIVème siècle de l’empire Majapahit. En dehors de sa dimension inhabituelle (32cm), son originalité tient à la sculpture du manche. Elle représente le Dieu Semar, un gnome difforme et paillard qui préférait rester sur terre pour y jouir des plaisirs de la vie.

Masque funéraire. Egypte, époque Romaine. Roswitha Eberwein antike kunst.

Masque funéraire.
Egypte, époque Romaine.
Roswitha Eberwein antike kunst.

Plus classiquement on reste pantois devant la perfection d’une tête de Dieu hindou du 7e siècle ou devant le torse d’une divinité khmère, Baphuon XIème siècle, dont le nœud du pagne, dans le dos, fait penser à un papillon délicat.

Torse de divinité Khmère. Baphuon, XIème siècle. Michael Werner.

Torse de divinité Khmère.
Baphuon, XIème siècle.
Michael Werner.

Un week-end à Bruxelles s’impose. Bonne balade au Sablon !

Torse de la divinité Khmère, vue de dos. Michael Werner.

Torse de la divinité Khmère, vue de dos.
Michael Werner.

Cultures, The World Arts Fair, Bruxelles, quartier du Sablon, jusqu’au 12 juin de 11h à 19h, 17h le dimanche 12 juin.

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Robin Massonnaud

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